Deux cancers en 4 mois, c’est possible !

Floriane a 52 ans quand on lui diagnostique un cancer du sein... et un cancer du poumon. Ça fait beaucoup pour une même personne. Mais cette concomitance lui a peut-être sauvé la vie.

Floriane a été diagnostiquée d'un cancer du sein... et du poumon. Elle témoigne. Roseup association - face aux cancers osons la vie

Je m’appelle Floriane, j’ai 52 ans. En juillet dernier, on m’a diagnostiqué un cancer du sein. J’étais suivie depuis plus de 25 ans à la suite d’une tumorectomie pour une pathologie bénigne et une mère qui a eu un cancer du sein. Une mastose, des seins denses, de nombreuses « alertes » sur plusieurs années (classée de très nombreuses fois « ACR4 »). Cette fois-ci je n’y ai pas échappé. J’ai eu la chance que mon radiologue soit très compétent et « voit » derrière une pathologie a priori bénigne (cicatrice radiaire), le cancer…. Lésion minuscule de 4 mm. Cancer infiltrant. Passée la période de sidération, je l’ai finalement pas trop « mal pris ». Pas de chimio à prévoir, juste une opération pour une tumorectomie et des rayons. Un KI 67 très très faible, de très bon pronostic. Je me disais que j’avais de la chance. J’ai ouvert un blog qui m’a permis de prendre beaucoup de distance et d’informer aussi les patientes et les personnes en général (avec quelques coups de gueule aussi sur les violences médicales entre autres !)

« Ça fait beaucoup pour la même personne en si peu de temps »

Opérée le 5 septembre, je devais commencer la radiothérapie pour le sein 1 mois et demi après. Lors de la séance de repérage, le scanner thoracique a révélé une tâche au poumon. Enfin, cela ne m’a pas été annoncé vraiment comme ça ! Le 15 octobre, mon radiothérapeute me téléphone et me demande d’aller voir un pneumologue pour un traitement antibiotique avant les rayons. Le lendemain, je suis devant le pneumologue qui n’ose pas vraiment parler de cancer ! Et pour cause ! Avoir en face de soi une patiente qui a déjà un cancer du sein, et une tache au poumon qui laisse penser à une lésion primitive d’un autre cancer, comme l’équipe m’a dit : « Ça fait beaucoup pour la même personne en si peu de temps ! » L’opacité était bien une tumeur de 2,5 cm. Le pneumologue m’annonce qu’il y a 2 possibilités : soit une tuberculose, soit un cancer du poumon. Je n’avais absolument aucun symptômes, rien. Donc, la tuberculose, j’y croyais moyen et en même temps je me disais « mais ce n’est pas possible d’avoir 2 cancers en même temps ! » (puisque nous étions quasiment certains que ça ne pouvait pas être le cancer du sein qui avait migré, je n’avais eu aucun ganglion touché !).

Un cancer opérable

Et tout s’est enchaîné. L’équipe a tout fait pour que je passe tous les examens le plus vite possible. Scanner avec injection, Pet Scan, IRM cérébrale, tests respiratoires, cardiaques…. Le lendemain, j’ai su que c’était bien un cancer du poumon. Le scanner avec injection révélait « une masse spiculée de 3,3 cm » ne laissant aucun doute possible. J’ai buggé, réellement. J’ai même « engueulé » mon pneumologue : « Vous êtes en train de m’annoncer qu’en plus du cancer du sein, je me tape le cancer du poumon, un des plus meurtriers !!!!« Je n’entendais même pas les « bonnes nouvelles » que le pneumologue annonçait. Heureusement ma sœur jumelle qui m’accompagnait, elle, entendait. Tumeur de moins de 4 cm (donc pas de chimio), bien placée, ganglions a priori non atteints, donc cancer opérable ! Deux possibilités : on retire le lobe supérieur droit (soit un tiers du poumon) en chirurgie traditionnelle mais les suites opératoires sont complexes, très : on écarte les côtes, on « pète » les muscles pour atteindre le poumon et on reste longtemps en soins derrière. Avec des douleurs horribles. Ou alors, on peut utiliser le Robot Da Vinci (vous trouverez toutes les infos à ce sujet sur mon blog) en moins invasif : 4 cicatrices, 3 de 3 à 5 cm et une d’environ 8 à 10 cm, intercostales, pour retirer le lobe. La réunion de concertation pluridisciplinaire devait décider si j’étais apte après toute la série d’examens.

Aucune info sur la lobectomie

Hospitalisation : 8 jours environ dont 5 en soins continus contre 15 jours généralement. 2ème bonne nouvelle : aucune métastase retrouvée, ça a juste « clignoté » au Pet-Scan pour un problème à l’œsophage mais bénin au final. Très grosse opération, elle a duré 5 heures. Il faut le dire : j’étais terrifiée. Et quand je dis terrifiée, je n’exagère pas. Je ne trouvais aucune info pratique sur les douleurs, aucun témoignage sur cette intervention. J’ai eu la chance d’être opérée par Jean-François Levi, un expert dans le domaine qui exerce à la clinique Ermont Eaubonne. Peu de chirurgiens sont aujourd’hui formés à cette technique. C’est privé, oui, mais comme il adhère à l’Optam, tout est pris en charge.

Je me réveille comme prévu avec le drain au poumon, une loco régionale dans le dos et magique une pompe à morphine !!!! Honnêtement c’est douloureux mais les douleurs sont bien prises en charge aujourd’hui. J’ai  encore de la chance : je réagis très bien. Le drain ne donne rien, pas d’accumulation de lymphe (on m’a retiré toute la chaîne ganglionnaire), l’air entré dans le poumon pendant l’opération s’évacue rapidement. Les constantes vitales sont au top. On me laisse le choix : soit je reste à l’hôpital, soit je sors. Je rentre chez moi évidemment. Opérée le jeudi 14 novembre à 8 heures, je sors donc contre toute attente le samedi 16 à midi après le retrait du drain ! Mon chirurgien et toute l’équipe me dise que je suis un record en terme de sortie. Alors évidemment je n’avais pas mesuré complètement les suites… Puisque je suis restée allongée pendant 2 jours, impossible de marcher et parler en même temps la première semaine (et ça fait drôle je vous assure). Et des douleurs dans le poumon fantôme très aigus : l’impression qu’on vous écrase le poumon entre deux plaques de ciment, des décharges électriques hyper intenses qui m’empêchent de dormir, de tout en fait…

« Je recommence à vivre »

Mais aujourd’hui, un mois après, je recommence à revivre ! Plus de douleurs (disons, supportables !). L’impression de revenir de loin quand même….. J’aimerais que mon témoignage serve à dire que le cancer du poumon en stade 1 et 2 peut être opéré (Je suis passée en stade 2 après les résultats anapath car ma tumeur avait envahi la plèvre mais tout a été retiré donc nous sommes confiants). Que cette opération permet de guérir ! Que les patients doivent s’informer et choisir leur équipe quand c’est possible. Que la lobectomie par robot est la meilleure chirurgie quand elle est possible.

« C’est mon cancer du sein qui m’a sauvée »

Désormais, c’est surveillance à vie pour moi. finalement c’est le cancer du sein qui m’a sauvée en quelque sorte… Sans le sein, on n’aurait pas su pour le poumon. Pas de symptômes avant. J’étais fumeuse, je ne regrette rien, pas de culpabilité inutile : 1 fumeur sur 10 développera un cancer du poumon et la moyenne d’âge est de 60 ans avec un pic à 65 ans. Mais évidemment je ne fume plus. Moi, je l’ai eu à 52 ans, en même temps que le sein, ce qui est très jeune. J’ai eu de la chance… sans en avoir en fait. Je les ai un peu cumulés !

Aujourd’hui mon poumon droit a repris l’espace manquant ! Je trouve ça très beau. Restent les rayons pour le sein à partir de début janvier et après ça suffit… j’espère.

Floriane