L’univers coloré de Mélody Larcher

Mélody, atteinte d'un cancer métastatique, a trouvé refuge dans l’art-thérapie. Voyage dans son monde coloré à travers "la galerie de Dody".

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Mélody a 31 ans, de grands yeux marron foncé et transporte avec elle six années de maladie. C’est en février 2014, à l’âge de 25 ans, qu’on lui découvre un cancer à chaque sein : l’un est métastatique, l’autre, in situ. C’est la douche froide. Elle ne peut plus exercer son métier de coiffeuse qu’elle aime tant. Avec la maladie s’envolent ses ambitions de working girl. Chimiothérapie, ablation complète, radiothérapie ou encore, hormonothérapie, la jeune femme passe par des étapes difficiles. Deux ans plus tard, alors qu’elle est en rémission, les examens montrent des métastases osseuses dans le bassin et les vertèbres du dos. « Je ne pouvais presque plus marcher. Heureusement, la radiothérapie a calmé la douleur et ça m’a permis de remarcher. J’ai vraiment eu un moment de galère car j’ai compris que c’était irréversible, que j’allais devoir vivre avec. », raconte-t-elle. Depuis, la chimio est devenue son quotidien. Elle alterne entre 21 jours de traitement et une semaine de repos.

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Malgré tout ça, Mélody est une guerrière (voir « nos pubs de malades »), et c’est avec des éclats de rire contagieux qu’elle dévoile sa nouvelle passion : la peinture. À l’origine très créative, la jeune femme, est pourtant tombée sur cet art, un peu par hasard. Un jour de mars 2019, alors qu’elle s’ennuie chez elle, elle s’attarde, quelques instants, sur une vidéo d’acrylique pouring – procédé qui consiste à verser de la peinture fluide et de l’huile de silicone sur une toile – sur Facebook. Séduite, elle décide immédiatement d’acheter une toile vierge, de la peinture et des pinceaux. Elle débute, en s’inspirant de différents tutoriels qu’elle trouve sur internet. Petit à petit, elle s’améliore et découvre des nouvelles techniques pour donner vie à des toiles abstraites et colorées.

La peinture pour plonger dans un autre monde

Aujourd’hui, elle a installé un petit atelier dans sa maison près de Poitiers. Dans cette pièce lumineuse aux murs orangés et au parquet foncé, des dizaines de tubes de peinture accompagnés de pinceau et d’huiles en tous genres, s’accumulent sur les étagères Ikea. À l’entrée, un chevalet expose fièrement une toile aux couleurs naturelles. Marron, vert et ocre se rencontrent pour donner vie à l’imagination de cette artiste en herbe. Au centre, trône une planche posée sur des tréteaux et tout autour, gravitent des toiles déjà terminées, qui n’attendent plus qu’un propriétaire. C’est dans ce petit cocon hors du temps que Mélody s’isole : « je peux passer trois à quatre heures par jour ». Accompagnée de musique relaxante, elle plonge dans un autre monde : « quand je peins, c’est comme de la méditation. Il y a des choses qui sortent, qui viennent toutes seules. Parfois, je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça mais au final, en regardant la toile, tout prend sens ». Sans vraiment s’en rendre compte, la jeune femme s’essaie à l’art-thérapie maison.

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L’atelier de Mélody Larcher

Elle accumule désormais une cinquantaine de tableaux. Mais, ces petits bouts d’elle-même ne sont pas destinés à être entassés dans un grenier. D’ailleurs, il y a quelques semaines, elle a inauguré ses premières expositions. Ses toiles sont accrochées sur les murs d’un restaurant à Vivonne, près de Poitiers, mais également dans le bar tabac de celui qu’elle surnomme amoureusement son « chéri ». Mais, la jeune femme voit encore plus loin. En mai 2020, le CHU de Poitiers va s’égayer en accueillant, sur ses murs blancs, certains de ses tableaux.

Un moyen pour aider les autres

Sur son compte Instagram, la jeune femme expose son projet dans une série de publication. Elle explique qu’elle aimerait « aider ses semblables » en vendant ses toiles. Elle pourrait ainsi contribuer au financement de tout ce qui n’est pas entièrement pris en charge : « sur une perruque à 1 000 euros, la CPAM m’avait remboursé 125 euros et ma mutuelle, 93 euros. Il me restait énormément à charge, j’ai dû faire un crédit. Imaginez les personnes qui ne peuvent même pas faire ça ! ». Pour l’instant, le projet n’en est qu’à ses débuts : « Avec 720 euros de pension par mois, je suis vite au chômage technique », rigole-t-elle. Elle doit encore trouver un moyen de mettre tout cela en marche. Avec une vie rythmée par les traitements, Mélody prend son temps. Dans un futur proche, elle aimerait aider le plus de femmes possible et, pourquoi pas, créer une association : « je dirais que j’ai peut-être trouvé une nouvelle vocation pendant mon cancer » conclut-t-elle.

Pour suivre l’aventure de Mélody, rendez-vous sur son compte Instagram

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Chloé Cenard