Elle se bat contre le cancer et l’administration

Clémentine a subi en mars dernier une mastectomie. Bloquée à l’hôpital, intransportable, elle ne peut se déplacer et récupérer des documents administratifs en préfecture. Et perd tous ses droits. Histoire d’une femme tombée dans la machine à broyer administrative.

Clémentine souffre d’un cancer du sein. Et a subi, il y a quelques semaines, une mastectomie. Cette francilienne était pourtant entrée à l’hôpital pour une toute autre pathologie : elle devait y bénéficier d’une greffe de rein. Pourtant ni son cancer, ni sa lourde maladie rénale ne sont actuellement son principal problème. Le principal problème de Clémentine, c’est de s’extirper de l’imbroglio administratif dans lequel elle est tombée.

À l’origine, la quadragénaire active qui a travaillé toute sa vie (notamment chez Véolia), vit dans le Val d’Oise et est soignée à Paris pour une pathologie du rein et du pancréas. Lorsqu’elle apprend, l’année dernière, qu’elle est éligible à une greffe, elle choisit de se faire opérer à l’Hôpital de Perpignan – où vit sa mère. Clémentine élève seule une petite Mathilde de 12 ans et, comme la plupart des mères solos confrontées à la maladie, désire se rapprocher de sa famille pour mieux passer le cap des traitements. Mais en changeant de département, la francilienne a, sans le savoir, mis en marche un terrible engrenage.

Arrivée à l’hôpital de Perpignan, elle commence les séries de tests médicaux en vue de la greffe. Hélas, durant les vérifications d’usage, les médecins diagnostiquent un cancer du sein. Le projet de greffe est donc abandonné et un lourd protocole de dialyse est aussitôt mis en place. Puis, une mastectomie est programmée. Clémentine est intransportable. Lorsque la préfecture du Val d’Oise lui signifie le renouvellement de sa carte de séjour pour dix nouvelles années, elle ne peut donc se rendre à Cergy pour récupérer le précieux sésame.

Car Clémentine est d’origine congolaise… Arrivée en France à l’âge 3 ans, elle a étudié, travaillé, payé ses impôts en France durant vingt ans, mais a gardé la nationalité de ses parents. Depuis son lit d’hôpital, elle informe la préfecture du Val d’Oise de son impossibilité de venir en personne récupérer le titre de séjour – pourtant déjà édité et disponible. La préfecture répond que, légalement, c’est au titulaire du titre de venir chercher le sésame. Clémentine fournit alors des certificats médicaux de l’hôpital. Mais la préfecture répond par l’application de la loi et exige sa présence pour tout retrait.

Le personnel du CHU de Perpignan prend alors fait et cause pour cette patiente « intelligente et impliquée » : certificats médicaux, lettre de recours, messages d’explication… Une centaine de mails ont été échangés entre les préfectures de Perpignan, du Val d’Oise, le CH de Perpignan et Clémentine. Qui envoie même, depuis son lit d’hôpital, une photographie de sa mastectomie et de ses pansements pour prouver qu’elle n’est pas transportable. Aucune réponse. Les messageries sont automatisées, les réponses sont des réponses « type » et le dossier reste en souffrance. Clémentine n’entre dans aucune « case ». Et la situation s’enlise.

Bloquée à l'hôpital, Clémentine n'a pas pu récupérer ses papiers et a perdu ses droitq - roseup association
Clémentine s’est fait photographier sur son lit d’hôpital pour prouver à l’administration qu’elle n’était pas transportable

Au mois de mars dernier, Clémentine découvre que ses ressources sont coupées: elle ne perçoit plus l’allocation adulte handicapée (AAH), ni les allocations familiales. Rien. Pourquoi ? Pour l’administration, si elle ne s’est pas présentée à la préfecture du Val d’Oise pour récupérer sa carte de séjour c’est qu’elle a quitté le territoire national. Donc, n’est plus éligible aux aides sociales. Clémentine et sa fille de 12 ans restent sans le sou. « Avec toute la bonne volonté du monde, j’ai envie d’arrêter. Je ne me bats plus. Je vais me laisser mourir. J’ai l’impression que je ne parle à personne. J’ai envoyé des dizaines de mails, d’appels, de messages. En vain. Là on va me couper l’électricité pour impayé. Je suis face à une chose qui me dépasse. Qui n’existe pas », nous confiait, désespérée, la malade.

Les soignants de Clémentine se démènent pour trouver une solution, saisissent la CIMAD, le Défenseur des droits. En vain. Ce sont ses médecins qui, à présent, se battent pour convaincre leur patiente de ne pas « lâcher » et arrêter les soins. Rachel Rouyre, son onco-psychologue, témoigne: « Cette patiente est usée psychiquement : depuis dix mois, elle explique, argumente et tombe sur des réponses automatiques, des boites vocales. La seule chose qui la fasse tenir, c’est sa fille. »

« Avec toute la bonne volonté du monde, j’ai envie d’arrêter. Je ne me bats plus. Je vais me laisser mourir »

Ce sont aussi les soignants qui ont sollicité notre association, Rose Up, pour débloquer cette situation mortifère. Nous nous sommes donc adressés directement au cabinet du Préfet du Val d’Oise qui, après une semaine, a fini par répondre favorablement à notre requête et a permis « à titre exceptionnel qu’un tiers de confiance » vienne retirer le titre de séjour de Clémentine. Nous remercions chaleureusement le cabinet du Préfet du Val d’Oise pour ce geste humain.

Mais, en même temps que tombait la bonne nouvelle de la mise à disposition de la carte de séjour, Clémentine recevait une nouvelle notification : pour récupérer le précieux document elle doit s’acquitter de 444 euros (la somme normale 269 euros, majorée de 175 euros de retard). Somme dont elle ne dispose évidemment pas demeurant sans ressources depuis fin février. Un nouvel obstacle à franchir dans un long chemin de croix…

Céline Lis Raoux