« Entre le cancer et la misère, que choisir ? »

Stéphanie et Christophe sont tous deux salariés. Et tous deux sont diagnostiqués d’un cancer à quelques semaines d’intervalle. Commence alors un chemin de croix où la précarité le dispute à la peur de la maladie.

Le cancer peut mener à une grande précarité - roseup association

Stéphanie a 43 ans. Elle est « auxiliaire de vie sociale » en Vendée. En CDI, elle s’occupe de personnes âgées et en position de handicap pour une association ; un métier de passion, elle qui « aime se soucier des autres, de leur bien-être ». Un métier qui demande aussi beaucoup d’engagement physique : porter les moins valides, les tenir sur les toilettes, faire du ménage….

Son compagnon, Christophe, a 52 ans. Il est menuisier. Il adore ce nouveau métier pour lequel il s’est formé après une première carrière de chauffeur routier, brisée net par un AVC. Nouveau travail en intérim pour Christophe, le couple déménage et s’installe en octobre 2018 dans un village de la campagne vendéenne. Une vie sans histoires.

Un couple au bord du gouffre

Mais ça c’était avant. Aujourd’hui, Stéphanie et Christophe sont au bord du gouffre. À quelques semaines d’intervalle, tous deux ont été diagnostiqués d’un cancer. Et sont « passés de l’autre côté du miroir. Du côté où, même si on a bossé toute sa vie d’adulte et cotisé, on est réduit à recevoir des dons de la banque alimentaire pour se nourrir », confie Stéphanie, la voix tremblante .

Stéphanie vit dans la précarité depuis qu’elle et son compagnon sont atteints d’un cancer

Christophe est le premier touché par le cancer, en novembre dernier. Un cancer du poumon, diagnostiqué avec retard : le quinquagénaire toussait depuis plus de trois ans. Sur les conseils de Stéphanie, il réclame à son médecin traitant de lui prescrire un scanner. Ce dernier refuse supposant que la toux récurrente est dû à une « bronchique chronique ». Finalement, en aout 2018, Christophe obtient gain de cause et se rend à l’hôpital: « En radiologie, on nous annonce que le résultat sera envoyé au généraliste. Rien de plus. Le médecin, de son côté, ne nous appelle pas. Du coup, on se dit que ce n’était rien. Et puis en novembre, 3 mois plus tard, Christophe va chez le généraliste pour un renouvellement d’ordonnance. Il tousse toujours et l’interroge sur le contenu du scan. Et là, sous ses yeux, le médecin sort du dossier la lettre de l’hôpital qu’il n’avait même pas ouverte ! Il la décachète et découvre en direct le diagnostic de cancer du poumon ». Avec, donc, trois mois de retard.

« Je ne pense pas à moi, je pense à la fin du mois ! Mon proprio, s’en fout de mon cancer »

Tout de suite, Christophe se retrouve en arrêt maladie et ne reçoit que peu d’indemnités du fait de sa situation d’intérimaire. Le couple doit affronter les difficultés à boucler les fins de mois et la gravité de la situation médicale de Christophe. Mais Stéphanie travaille les week-end, ne se ménage pas pour joindre les deux bouts.

En février dernier, Stéphanie est, à son tour, diagnostiquée d’un cancer du sein. Elle doit cesser de travailler. Le couple vit désormais avec moins de 900 euros par mois. « Une fois payé le loyer de 500 euros, il reste 400 euros pour manger, payer toutes les factures, le chauffage, l’essence… ». Une réalité qui la mine : « Mon inquiétude, elle est financière : tout le monde me dit “pensez à votre santé”, mais je ne peux pas  “penser à moi”, je pense à la fin du mois !  Mon proprio, il s’en fout que j’aie un cancer. Il veut être réglé en temps et en heure ».

Plus de voiture, la banque alimentaire, le potager…

Alors, Stéphanie et Christophe font des choix. Premier budget impacté, la voiture : le couple habite à quelques kilomètres du centre du village. Pour aller travailler chacun possédait un véhicule. Celui de Christophe est garé, désormais immobilisé. Pas les moyens de payer le contrôle technique. Le véhicule de Stéphanie sert au minimum, pour aller à l’hôpital, se rendre au village récupérer les colis alimentaires. « À part ça, je marche beaucoup. Parfois c’est dur, il fait froid dans la campagne et je fatigue vite, mais je ne dépense pas d’essence, et puis il parait que le sport c’est bien contre la maladie » plaisante-t-elle. Une élégance dans l’adversité pour cette femme qui avoue « vérifier l’état de son compte 400 fois par semaine » de peur de se retrouver trop tôt dans le rouge et qui attend aussi avec impatience les beaux jours « que les légumes de mon petit jardin potager m’aident à mieux nous nourrir« . Mais qui s’interroge sérieusement sur la poursuite de cette chimiothérapie qui lui interdit de travailler : « Peut-être vais-je cesser les traitements contre le cancer. Pour pouvoir reprendre le travail. Entre le cancer et la misère, que choisir ? ».

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Céline Lis-Raoux