Huîtres, méduses, or : les découvertes anticancer inspirées par la nature

Vous vous demandez de quoi est fait votre traitement ? Souvent d’un bout d’écorce d’arbre, d’éponge, voire d’une protéine de méduse ! Petit florilège des étonnantes découvertes anticancer inspirées ou nourries de la faune et la flore qui nous entourent.

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La faune et la flore sont précieuses pour les chercheurs. De nombreuses découvertes anticancer sont issues de la nature. Des éponges aux huîtres, en passant par les méduses, découvrez les propriétés inattendues de notre environnement naturel (Lire aussi « La nature : une ressource d’anti-cancéreux menacée »)

Fatal If

Saviez-vous que le paclitaxel et le docétaxel, deux molécules utilisées dans des chimiothérapies parmi les plus prescrites, sont issus de l’if ? Cet élégant conifère, si familier de nos parcs et jardins, renferme de puissantes toxines. Les Grecs de l’Antiquité évitaient de dormir sous son ombre pensant que cela pouvait leur être fatal, tandis que les Gaulois se servaient de sa sève pour empoisonner leurs flèches. C’est dans les années 1960 que furent isolées de son bois ses molécules toxiques : les taxanes. Il fallait alors 10 kg d’écorce pour produire un gramme de médicament. Aujourd’hui, leur synthèse se fait par voie chimique.

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Le pouvoir des fleurs

Bois de Crève-Cœur, Bois de Nèfle et Bois de Natte… On trouve ces fleurs partout sur l’île Maurice. Sous leurs noms exotiques se cachent des espèces aux propriétés anticancer. On les utilise notamment dans des traitements visant à empêcher les cellules tumorales de proliférer. Considérant qu’un tiers des espèces de plantes de l’île, pour la plupart endémiques, sont utilisées traditionnellement par les Mauriciens pour se soigner, il se pourrait que les chercheurs découvrent parmi elles de nouveaux anticancéreux naturels.

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Éponges tueuses

Parfois, la nature a besoin d’être un peu manipulée pour que se révèlent ses incroyables pouvoirs. En s’inspirant d’un lipide connu pour son activité anticancéreuse et extrait d’une éponge des Caraïbes, des chercheurs ont synthétisé une molécule 700 fois plus efficace pour tuer les cellules cancéreuses que le lipide naturel.

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Cadeau des étoiles

Les œufs des étoiles de mer sont un exemple idéal pour étudier la prolifération cellulaire : leurs cellules se divisent en effet dans une synchronisation parfaite. Leur observation a permis aux chercheurs de mettre en évidence des enzymes clés dans la régulation de ce phénomène : les kinases, qui sont aujourd’hui la cible de nombreux traitements anticancéreux.

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Mine d’or

Voici un précieux allié dans la lutte contre le cancer ! Réduit à une taille nanométrique – soit un million de fois plus petite que celle d’un grain de sable –, l’or peut être injecté dans la circulation sanguine pour aller s’agréger aux cellules tumorales. Il suffit alors de l’« éclairer » par un rayonnement infrarouge pour qu’il chauffe et détruise les cellules cancéreuses environnantes. Cette technique, appelée photothermie, est encore expérimentale.

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Éclairantes méduses

Elles répugnent les nageurs, mais fascinent les biologistes marins. En particulier pour leur faculté à luire à la nuit tombée. Ce phénomène, dit de bioluminescence, est rendu possible grâce à la production de protéines fluorescentes, dont la green fluorescent protein, ou GFP. En manipulant génétiquement des cellules pour qu’elles expriment cette protéine luminescente, les chercheurs en cancérologie ont pu les suivre et – enfin – voir comment les tumeurs prolifèrent et se propagent dans l’organisme. La GFP pourrait également aider à détecter plus précocement les tumeurs.

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Fines huîtres

On moque leur QI… On a tort. Ce mollusque démontre un certain génie pour s’adapter aux variations de son milieu. Comment ? En activant ou en désactivant un processus métabolique appelé effet Warburg. Or, c’est ce même processus qui permet aux cellules cancéreuses de survivre dans un environnement défavorable. En comprenant mieux ce mécanisme mis en place par les huîtres, les chercheurs espèrent un jour être en mesure de reprogrammer les cellules cancéreuses pour qu’elles redeviennent saines.

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Émilie Groyer