Les CAR-T cells

Les « Chimeric antigen receptor T cells » sont de nouvelles venues dans la famille des immunothérapies, ces traitements qui aident notre système immunitaire à combattre les cellules cancéreuses.

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Si les tumeurs prolifèrent dans notre corps, c’est parce que nos globules blancs ne parviennent pas à les reconnaître. Alors les chercheurs ont eu l’idée de leur donner un coup de pouce en leur fournissant un détecteur de cellules cancéreuses.
Concrètement, ils isolent les globules blancs du patient, plus précisément ses lymphocytes T, à partir d’un prélèvement sanguin. Ensuite, ils manipulent leur ADN en laboratoire pour les doter de ce fameux détecteur. Les lymphocytes ainsi armés, les « CAR-T cells », sont enfin multipliés in vitro avant d’être réinjectés au patient. Une fois dans l’organisme, ils passent au crible les cellules qu’ils croisent sur leur chemin. Quand ils entrent en contact avec une cellule cancéreuse, leur détecteur s’active et leur envoie le message qu’il faut la détruire.
Évidemment, il n’existe pas de détecteur universel qui reconnaîtrait tous les types de cancer. Ce serait trop simple. Actuellement, les deux seuls types de CAR-T cells à être autorisés en France sont équipés pour détecter le CD19, présent sur les lymphocytes B, dont la prolifération anarchique est responsable des lymphomes B et des leucémies aiguës lymphoblastiques à cellules B. Ce traitement est indiqué pour des patients réfractaires aux autres thérapies ou en rechute.

Une ATU en France

Déjà autorisés aux Etats-Unis depuis 2017, ces traitements répondant aux doux noms de Yescarta (Gilead) et Kymriah (Novartis) viennent d’obtenir en France une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) de cohorte de l’Agence nationale de sécurité du médicament. L’autorisation de mise sur le marché devrait bientôt suivre puisqu’en juin dernier le comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne du médicament a rendu un avis positif pour leur homologation.
Les premiers patients français bénéficient normalement de l’ATU depuis août. Mais à condition pour eux d’être suivis dans un centre habilité. Pour le moment, seuls Saint-Louis (Paris), Robert-Debré (Paris) et Lyon Sud le sont. Ces trois hôpitaux ont en effet participé à des essais cliniques impliquant ces immunothérapies et donc les connaissent bien. L’Inca réfléchit actuellement aux conditions que devront remplir les autres établissements pour pouvoir administrer ces traitements. La raison ? Les CAR-T cells peuvent avoir des effets indésirables. Comme notamment le « syndrome de libération des cytokines », dont les symptômes sont plus ou moins sévères : depuis une forte fièvre pour les cas bénins jusqu’à une insuffisance respiratoire pour les plus graves. Heureusement, un traitement existe. Des moyens importants devront donc être mis en œuvre par les hôpitaux pour assurer le suivi des patients pendant quelques semaines après l’injection.

Le coût d’une injection pourrait avoisiner 300 000 € ou 400 000 €

Autre problème : l’attente pour avoir accès au traitement. Pour le moment, les CAR-T cells sont uniquement développées aux Etats-Unis. Leur production et leur acheminement prennent jusqu’à trois mois. Un délai susceptible de mettre en péril la vie des patients.
Enfin reste la question cruciale du prix. Même si le traitement par CAR-T cells ne nécessite qu’une seule injection, son coût pourrait avoisiner les 300 000 ou 400 000 euros. Qui pourra en bénéficier ? Tout cela reste encore à définir.

Emilie Groyer