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Immunothérapie : tout savoir sur les inhibiteurs de checkpoint anti-PD1 et PDL1

{{ config.mag.article.published }} 20 juin 2019

{{ config.mag.article.modified }} 22 octobre 2026

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Les immunothérapies ont révolutionné la prise en charge des cancer en stimulant le système immunitaire et en aidant le corps à lutter par lui-même contre la maladie. Les anti-PD1 et les anti-PDL1 sont les molécules phares de cette nouvelle classe thérapeutique. Qu'est-ce que c'est, comment ça fonctionne, qui peut en bénéficier... On fait le point.

PD1, PDL1, késako ?

Pour comprendre ce qui se cache derrière ces acronymes barbares, il faut comprendre comment fonctionne le système immunitaire. Notre organisme est parcouru de cellules dont le rôle est d’éliminer les bactéries, les cellules infectées par des virus ou encore des cellules anormales comme les cellules tumorales. Ces cellules, ce sont les lymphocytes T. Quand ils rencontrent leur cible, ils s’activent et la détruisent.

Pour éviter qu’ils ne s’activent à tout bout de champs – et qu’ils ne provoquent des maladies auto-immunes par exemple – les lymphocytes sont munis d’un cadenas qui sert de « point de contrôle » (« checkpoint » en Anglais). Quand celui-ci est verrouillé par la bonne clé, le lymphocyte ne peut pas s’activer.

Malheureusement, cette clé, certaines cellules tumorales la possèdent. Quel rapport avec PD1 et PDL1 ? Et bien, PD1, c’est le cadenas et PDL1, c’est la clé.

Pour empêcher que les cellules tumorales ne cadenassent les lymphocytes, les chercheurs ont développé des anticorps capables de se fixer spécifiquement sur PD1 (anti-PD1, comme le nivolumab/Opdivo®) ou le pembrolizumab/Keytruda®) ou PDL1 (anti-PDL1, comme l’atezolizumab/Tecentriq® ou le durvalumab/Imfinzi®). La clé ne peut ainsi plus rentrer dans la serrure et les lymphocytes peuvent à nouveau s’activer contre la tumeur et la détruire. On appelle ces anticorps, des inhibiteurs de checkpoint.

L’immunothérapie marque donc un changement de paradigme dans le traitement du cancer : on ne cherche plus à détruire directement les cellules tumorales mais à donner des armes au système immunitaire pour lui permettre de lutter contre la maladie par lui-même.

L’immunothérapie fonctionne-t-elle contre tous les cancers ?

Non, malheureusement. La proportion de malades « répondeurs » – c’est-à-dire chez qui le traitement est efficace – varie considérablement d’un cancer à l’autre comme le précise le Dr Jean-Marie Michot : « Il peut atteindre 40% dans le mélanome, il se situe entre 20 et 30% dans le poumon mais il est seulement de 1% dans le pancréas.» 

Pourquoi une telle disparité ? Parce que, pour que l’immunothérapie fonctionne, il faut que le système immunitaire reconnaisse la tumeur comme un corps étranger à éliminer. Donc, plus elle est mutée, plus le système immunitaire s’attaquera à elle. L’immunothérapie est ainsi davantage efficace dans les cancers du poumons et les mélanomes car ils sont, en majorité, causés par des agents mutagènes : la fumée de cigarette et les ultra-violets. Elle fonctionne également bien contre les tumeurs dites MSI, présentant une instabilité des microsatellites.

Le séquençage de l'ADN permet de proposer des traitements contre le cancer plus adaptés - roseupassociation - rosemagazine

À LIRE AUSSI : L’instabilité microsatellitaire est une anomalie génétique retrouvée principalement dans les cancers colorectaux et de l’endomètres. Sa détection permet d’orienter les traitements comme l’immunothérapie. On vous explique comment.

 

Quels sont les effets secondaires de l’immunothérapie ?

De manière générale, les immunothérapies par anti-PD1 ou anti-PDL1 sont mieux tolérées que la chimiothérapie : elles ne provoquent pas de perte de cheveux et causent moins de nausées et de fatigue.

Des effets indésirables rares (moins de 1% des cas) mais potentiellement graves ont toutefois été rapportés : il s’agit principalement de complications neurologiques (neuropathies, troubles neuromusculaires, encéphalopathies) ou hématologiques (neutropénie, anémie, thrombocytopénie3).

« Les effets indésirables induits par les anticorps anti-PD1/PDL1 sont plus variés, moins prévisibles et moins classiques. Ils sont plus complexes à appréhender par le personnel soignant car il est moins entraîné : les immunothérapies sont relativement récentes. C’est pourquoi il est important que les équipes incluent non seulement des oncologues mais aussi d’autres spécialistes : des cardiologues, des néphrologues…» explique le Dr Michot, oncologue médical au département d’innovation thérapeutique et d’essais précoces à Gustave Roussy. Ces complications étant d’origine immunitaire – c’est-à-dire qu’elles sont causées par un dérèglement du système immunitaire qui se met à attaquer ses propres cellules -, les médecins disposent d’antidotes pour les contrer.

Combien de temps dure le traitement par immunothérapie ?

Selon une étude menée sur 182 patients sous nivolumab ou pembrolizumab et présentée à l’ASCO en 2018, le délai moyen de traitement est de 16 mois dans le cas du mélanome.

L’immunothérapie peut-elle être dangereuse ?

Si l’immunothérapie n’est pas efficace chez certains patients, elle peut être mortelle pour d’autres. C’est le cas des patients dits « hyperprogresseurs ». Chez ces malades, les anticorps provoquent une accélération de la croissance tumorale pouvant conduire au décès. Selon le type de cancer, ce phénomène est observé dans 9 à 29% des cas. Dans le cancer du poumon non à petites cellules, une hyperprogression a été montrée chez 1 patient sur 7, c’est deux fois plus qu’avec une chimiothérapie2.

Les chercheurs ont également observé des cas de pseudoprogression : la tumeur commence par grossir – sous l’effet de l’infiltration des cellules du système immunitaire – avant de régresser.

À ce jour, les oncologues sont incapables de prédire si l’augmentation de la taille de la tumeur est annonciatrice d’une hyperprogression ou d’une pseudoprogression. Sauf à interroger les patients eux-mêmes. Il apparaît  en effet que leur ressenti diffère : alors que les pseudoprogresseurs se sentent mieux, les hyperprogresseurs éprouvent une aggravation de leur état.

Comment identifier les patients qui tireront un bénéfice de l’immunothérapie ?

Face au faible taux de « répondeurs » et au coût élevé des injections, le principal enjeu des immunothérapies sera de parvenir à sélectionner les patients chez qui le traitement est susceptible d’être efficace. À ce jour, il n’existe pas de marqueur fiable permettant de discriminer les « bons répondeurs » même si, on l’a vu, les tumeurs fortement mutées, et dans lesquelles des cellules du système immunitaire se sont infiltrées, semblent mieux répondre à l’immunothérapie. La présence du PDL1 dans la tumeur et de PD1 sur les cellules immunitaires peut également prédire la réponse au traitement.

Le Dr Frédérique Penault-Llorca, directrice générale du Centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand, coordonne actuellement l’étude Check’up pour répondre à cette question. Les résultats sont attendus en 2025.

Source : Rapport de l’INCa « Les immunothérapies spécifiques dans le traitement des cancers » – juin 2018

1. Étude menée par l’Institut Curie, en collaboration avec l’INSERM et Gustave Roussy, et publiée dans JCO Precision Oncology en 2019
2. Étude menée par Gustave Roussy et publiée dans JAMA Oncology en 2018
3. Respectivement, baisse des neutrophiles, des globules rouges et des plaquettes


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Emilie Groyer

Rédactrice en chef du site web de Rose magazine. Titulaire d'un doctorat en biologie, Emilie a travaillé 10 ans dans le domaine des brevets en biotechnologie avant d'opérer une reconversion dans le journalisme. Elle intègre la rédaction de Rose magazine en 2018. Sa spécialité : vulgariser des sujets scientifiques pointus pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

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