Le cancer ? Je suis contre !

    Aujourd'hui, 4 février, c'est la Journée mondiale contre le cancer. On va donc entendre des non-malades nous expliquer pourquoi on a un cancer (alcool, malbouffe, sédentarité), nous exposer des "traitements miraculeux" à 1 million d'euros et encore en essais cliniques, sans parler des pipoles qui exposent leur poils pubiens pour la "cause". Grosse fatigue.

    Céline Lis-Raoux, directrice de Rose-Up association

    Alors, bien sûr, aujourd’hui c’est « la journée mondiale contre le cancer ». Une évidence : le cancer tout le monde est « contre ». Pour parodier la célèbre citation de Sacha Guitry concernant les femmes*, le cancer, nous les malades, on est contre… tout contre. À vrai dire, c’est d’ailleurs plutôt le cancer qui est tout contre nous. Niché dans notre sein, caché dans notre rein, nos ovaires, notre utérus… Et lorsqu’on l’y déloge, à grands coups de chimio-napalm, de radio-karcher, d’opérations en tout genre, il reste dans notre tête. Empoisonne nos neurones. Nos hormones. Parfois notre capacité à entrevoir un avenir.

    Le cancer, tout le monde est contre, mais nous les malades sans doute plus que les autres.

    Poils pubiens, roteuse, saucisson et responsabilité individuelle

    C’est pour cela que ces grands messes récurrentes avec leur cortège de célébrités qui s’exposent (dernier avatar, des semi-peoples qui se mettent à nu sur TF1 « pour la bonne cause » – je ne sais pas quelle cause, mais pas la mienne, merci ! Je ne vois pas en quoi subir la vision des poils pubiens de Philippe Candeloro aide qui que ce soit) ; de médecins qui signent des tribunes satisfaites en nous expliquant que telle technique de pointe à 1 million d’euros va demain « révolutionner » le traitement du cancer (alors que le sport sur ordonnance qui limite, de manière avérée et pour quelques dizaines d’euros la séance, le risque de rechute, n’est toujours pas remboursé); des associations et des politiques qui nous expliquent que les cancers sont en grande majorité générés par nos mauvais comportements individuels, sans se demander si ce que l’on est contraint de manger (pour peu que l’on ne possède pas un potager bio sur sa terrasse ni un chef à domicile pour concocter des plats maison), de respirer, de boire est vraiment de notre fait. Je n’évoque même pas les multiples voix qui, sans aucune preuve scientifique, répètent que le cancer est dû au stress. C’est tellement pratique la responsabilité individuelle, non ?

    C’est bien connu le cancer ne touche que les fumeurs, buveurs de roteuse et de gros rouge qui tâche, mangeurs de saucisson industriel qui matent Hanouna, avachis sur le canapé, comme unique sport.

    Une journée off…

    Aujourd’hui, comme c’est la journée mondiale contre le cancer et que cela me fatigue déjà d’entendre pourquoi j’ai un cancer ou ce que je devrais faire pour ne pas en choper un autre fissa – je vais m’offrir une journée off.

    Finalement, il y a tellement de jours fériés que la journée mondiale du cancer ne pourrait-elle pas être, précisément, celle où on fiche la paix aux cancéreux ? Sans injonction, explication culpabilisante ou conseil de Tartuffe. Ce serait une bonne journée non ?

    Céline Lis-Raoux

    « Les femmes? Je suis contre. Tout contre » Sacha Guitry