En 2026, recevoir un diagnostic de cancer en France est une épreuve de santé, mais c’est aussi, trop souvent, le point de départ d’un déclassement social. Chaque année, 190 000 femmes entrent dans ce tunnel. Si le cancer du sein reste le plus fréquent (61 000 cas), nous observons une mutation profonde de l’épidémiologie : une augmentation alarmante des cancers du poumon et des cancers gynécologiques, mais surtout, un rajeunissement des patientes.
Le paradoxe du progrès : guérir, mais à quel prix ?
Nous nous réjouissons des victoires de la science : le taux de survie à 5 ans pour le cancer du sein frôle désormais les 88%. Pourtant, cette vie « rendue » est immédiatement mise à l’épreuve par un système qui n’a pas encore intégré les impacts à long terme de la maladie.
Le choc est d’autant plus brutal quand le diagnostic frappe des femmes jeunes, dont l’horizon devrait être celui de tous les possibles : celui de construire sa carrière, de fonder une famille, d’accéder à la propriété ou, tout simplement, de profiter d’une vie en bonne santé.
Le coût de l’inaction : une dépense publique déplacée, pas économisée.
Nous avons conscience des contraintes budgétaires qui pèsent sur chaque PLFSS. Cependant, l’analyse de RoseUp est pragmatique : ne pas investir dans l’accompagnement personnel, professionnel, social et dans la santé des femmes touchées par le cancer n’économise rien à l’État. Cela déplace simplement la dépense.
- Une femme que l’on ne soutient pas dans son maintien en emploi, c’est une compétence qui quitte le marché du travail pour basculer vers les indemnités chômage ou le RSA.
- Une patiente à qui l’on ferme l’accès à l’emprunt, c’est un projet immobilier qui s’écroule et une dynamique de consommation qui s’éteint.
- Une femme que l’on laisse seule face aux séquelles de la maladie, c’est une vulnérabilité accrue aux séquelles lourdes et aux récidives, dont le coût pour la solidarité nationale est infiniment supérieur à celui de la prévention.
Investir sur le parcours « hors hôpital », c’est économiser sur la précarité.
L’allongement de la vie avec ou après un cancer, combiné au rajeunissement de l’âge au diagnostic, change l’équation économique. En 2026, l’enjeu n’est plus seulement de financer l’innovation thérapeutique, mais de sécuriser les trajectoires de vie. En protégeant ces parcours, nous sécurisons par extension notre système social et notre économie.
Nous proposons au législateur une vision de « santé globale » : l’accompagnement des femmes touchées par la maladie ne doit pas être vu comme un coût pour la société. Au contraire : chaque euro dépensé est un euro investi dans leur avenir et épargné sur les budgets de l’État.
Cette approche globale garantit non seulement la dignité des patientes mais sert aussi l’intérêt général :
- faciliter le retour à l’emploi, c’est maintenir des cotisations et de la croissance ;
- garantir l’accès à l’emprunt, c’est soutenir la consommation et l’investissement des ménages ;
- investir dans une prise en charge globale, au-delà des traitements hospitaliers, c’est éviter des rechutes ou des dépressions lourdes, bien plus coûteuses pour l’Assurance Maladie.
Sortir de l’invisibilité : nos combats pour des droits fondamentaux
Chez RoseUp, notre plaidoyer est clair : nous ne demandons pas de la charité, mais de l’équité. Garantir l’accès effectif aux droits fondamentaux, aujourd’hui entravés par le cancer, doit devenir une priorité législative
- Droit au maintien et au retour à l’emploi : le monde du travail doit s’adapter à ces trajectoires de vie hachées. Le cancer est un phénomène de société, l’entreprise doit en être le partenaire, mais il faut accompagner cette transition. Cela passe par une information claire, accessible et systématique sur les dispositifs existants dont les rouages restent aujourd’hui trop souvent flous pour les malades comme pour les managers.
- Droit l’emprunt et à l’oubli : un antécédent médical ne doit plus être une condamnation à vie auprès des banques et des assureurs, particulièrement pour les jeunes femmes qui ont toute leur vie devant elles. Si la réduction du droit à l’oubli à 5 ans est une victoire historique de RoseUp, elle reste trop souvent contournée. Nous demandons un contrôle réel de cette loi.
- Droit à une santé globale : la prise en charge du cancer doit cesser de se focaliser sur le traitement de la tumeur pour considérer le patient dans sa globalité. Soulager ses douleurs, remobiliser son corps et calmer son mental n’est pas un luxe, mais une condition de sa santé durable. À ce titre, nous demandons que les soins de support, dont le but est justement de faire face aux conséquences de la maladie et de ses traitements, soient enfin intégralement pris en charge.
Un appel aux législateurs : transformons l’expertise en loi
Depuis 15 ans, RoseUp accumule une expertise de terrain unique. Nous connaissons les failles du système car nous les réparons quotidiennement : en informant les femmes sur leurs droits grâce à Rose magazine, en les accompagnant dans leurs démarches et en leur offrant un accès aux soins de support dans nos Maisons RoseUp partout en France.
Aujourd’hui, nous interpellons les pouvoirs publics : ne nous laissons pas enfermer dans une vision purement hospitalière du cancer. Le parcours de soin continue dans le foyer, dans l’entreprise, dans les familles, parce qu’une femme malade reste une mère, une sœur, une amie, une collègue.
Mesdames et Messieurs les décideurs, la maturité de notre association nous permet aujourd’hui d’être votre interlocuteur privilégié pour traduire ces besoins en textes de loi concrets. Pour nos 15 ans, et pour la communauté des 140 000 femmes que nous représentons, faisons en sorte qu’en France, le droit à la santé rime enfin avec le droit à une vie normale.
Parce que soigner est une victoire, mais vivre est un droit.