La Réunion au secours des patientes de Mayotte et des Comores

À la Réunion, les médecins voient arriver des patientes en provenance de Mayotte et des Comores avec 
des cancers à un stade souvent 
très avancé.

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©Jérôme Meyer-Bisch

« Sur le plan administratif, Mayotte est bien sûr un territoire national. Mais, quand on voit l’état du système de santé local, on n’a vraiment pas l’impression que cela soit le cas. Sans remettre en cause la compétence et le dévouement des soignants locaux, on est vraiment face à une médecine française à deux vitesses. » Gynécologue-obstétricien et cancérologue, le Dr Pierre Kouchner a travaillé de novembre 2014 à mars 2017 sur l’île de La Réunion.

« Elles arrivent à un stade tellement avancé qu’il est bien souvent trop tard pour les opérer »

Et, comme ses confrères, il a soigné de nombreuses femmes en provenance de Mayotte. Là-bas, les patientes atteintes d’un cancer ne peuvent bénéficier que de la seule chimiothérapie. Pour recevoir d’autres traitements, elles sont « évasanées » (verbe créé à partir de la locution « évacuation sanitaire », ndlr) à La Réunion. Souvent à des stades avancés de la maladie. « C’est très frappant dans le cas du cancer du col de l’utérus, une pathologie extrêmement révélatrice des inégalités sociales, explique le Dr Kouchner. Le plus souvent, ces femmes n’ont jamais eu de frottis de leur vie, ni tellement fait usage de préservatifs, et elles ont très peu recours à la vaccination. Résultat, elles arrivent à un stade tellement avancé qu’il est bien souvent trop tard pour les opérer. »

Dans leur grande majorité, les femmes envoyées à La Réunion ne sont même pas originaires de Mayotte. « à près de 70 %, elles viennent des Comores, souligne le Dr Malik Boukerrou, chef adjoint du pôle femme-mère-enfant du CHU de La Réunion. Il s’agit de femmes en situation de très grande précarité, avec des cancers à un stade parfois difficile à imaginer dans un hôpital français, et qui ne parlent pas français. Pour les prendre en charge au mieux, nous avons recours à un traducteur, mais cela n’est pas toujours facile de les soigner dans de telles conditions. »

Une sous-mortalité du cancer du sein

  • Une moindre 
mortalité du cancer du sein : sur la période 2005-2010, le taux de mortalité a été de 23,2 décès pour 100 000 malades outre-mer contre 35,4 en métropole. Raison avancée par le Dr Escarmant (CHU de Fort-de-France) : aux Antilles, « Les femmes ont leur premier enfant plus tôt, elles ont plus 
d’enfants et elles allaitent davantage 
que les femmes de métropole. Autant de facteurs protecteurs contre ce cancer ».
  • Un grand nombre 
de cancers du col 
de l’utérus : une 
réalité qui s’explique par un moindre 
recours à la vaccination et au dépistage 
(un frottis tous les 
trois ans). En France métropolitaine, 
environ 60 % des femmes font ce dépistage, contre 50 % outre-mer. Une étude (2010-2012) a montré que seules 41 % 
des Martiniquaises 
se faisaient dépister.

Pierre Bienvault