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Camille Cerf, une Miss France engagée contre le cancer : « Mon père nous a beaucoup protégées »

{{ config.mag.article.published }} 14 juin 2015

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Pestellini/Panoramic, SIPA

Élue Miss France le 6 décembre 2014, Camille Cerf a d'emblée déclaré vouloir s'engager contre le cancer. En hommage à son père, disparu un an plus tôt.

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Difficile d’interroger une aussi jeune fille sur la mort trop récente de son père… Mais Camille Cerf est plus solide que sa voix douce et ses yeux de miel ne le laissent supposer. Sans doute la Miss puise-t-elle sa force dans sa spontanéité, son étrange absence d’affectation. Mais aussi dans l’amour qu’elle porte à sa famille, l’impression d’avoir fait au mieux pour son père et l’objectif qu’elle s’est fixé, pendant son « règne », d’aider les malades de cancer.

Rose magazine. Votre père est décédé d’un cancer en septembre 2013. Comment avez-vous découvert sa maladie ?

Camille Cerf. Tardivement… Il se plaignait depuis longtemps d’une douleur à l’épaule et au thorax, mais le médecin évoquait une bronchite, ou les éventuelles conséquences d’une pleurésie qu’il avait contractée quelque temps plus tôt. Finalement, comme les antibiotiques ne faisaient aucun effet, mon père a réclamé des examens complémentaires.

C’est lui qui a insisté ?

Oui. Au début de l’année 2013, il a demandé un scanner. L’imagerie a alors révélé une grosse masse au niveau du poumon. Les médecins ont d’abord cru à un abcès lié à sa pleurésie. Puis ils ont fini par nous dire que c’était un cancer à petites cellules, autrement dit un cancer qui se développe très vite. C’était déjà quasiment trop tard, mais on a quand même décidé de tenter la chimiothérapie.

Vous dites « on », comme si la maladie et son cortège de décisions étaient également les vôtres…

C’est un peu le cas. Mon père ne voulait pas se soigner. C’est nous – ma mère, ma sœur et moi – qui l’avons poussé.

Vous connaissiez donc dès le départ la gravité de la situation ?

À vrai dire, non. Ce que je vous raconte là, je l’ai compris après. Au début, nous avons insisté pour qu’il fasse une chimio, c’est vrai, mais mes parents nous ont beaucoup protégées, ma sœur et moi. Du coup, nous n’avons pas compris que c’était si grave. Une de nos voisines vivait avec un cancer depuis des années. On s’était dit qu’il se passerait la même chose avec notre père.

Quand vous êtes-vous rendu compte que c’était plus grave que ce que vous imaginiez ?

Quand il est parti… La veille de son décès, il a été placé en coma artificiel, mais moi, j’ai cru que ça ne durerait pas, que les médecins le réveilleraient. Avec ma mère et ma sœur, on a compris que non quand mon père n’a pas reçu ses poches nutritives. Les soignants nous ont dit qu’il n’en avait pas besoin… Bon, je n’en veux pas aux équipes médicales, ça n’aurait rien changé. Mais j’aurais préféré qu’on nous expose les choses clairement, dans un langage simple.

Avez-vous souffert d’un manque de dialogue avec les soignants ?

Disons que, d’une manière générale, on se sentait assez seuls. On pouvait aller voir le psychologue de l’hôpital de Lille, mais c’est à une heure et quart de chez nous. Mon père était fatigué et avait des nausées sans même bouger. Alors vous imaginez en voiture… Du coup, c’est nous qui avons décidé de faire appel à des professionnels du bien-être.

Comment l’idée vous est-elle venue ?

Tout naturellement. Pendant cette année 2013, j’allais en cours le matin. L’après-midi, j’étais donc à la maison et je voyais mon père se refermer peu à peu sur lui-même. Au début, parfois, on sortait tous les deux à la plage, promener les chiens, faire un tour dans les jardineries de la région.

Mais après, je me suis dit qu’il lui faudrait des trucs qui le relaxent et le soulagent. Je lui faisais des massages, parce qu’il avait la peau très sèche à cause de la chimio, mais je ne suis pas professionnelle. On a donc décidé d’appeler une réflexologue. Puis des amis kinés sont venus, très régulièrement, et mon père a aussi fait appel à un acupuncteur.

Au départ, il n’avait pas très envie, mais après, c’est lui qui réclamait ces soins. Il était clair que ça lui faisait du bien. Voir d’autres personnes, déjà, ça l’aérait. Parce qu’avec la maladie il ne voulait plus sortir. Il avait beaucoup maigri, ses cheveux étaient devenus gris et rares et c’est moi qui les lui tondais parce qu’il ne voulait plus aller chez le coiffeur.

J’ai lu que vous vouliez aussi vous pencher sur le bien-être des aidants. Est-ce toujours d’actualité ?

Oui, mais je pense qu’on peut associer soutien aux malades et soutien aux aidants, par exemple en favorisant les activités en famille. Les massages et la réflexologie, ça peut être drôle à faire ensemble, en couple, notamment. Installer deux tables de massage côte à côte, ça n’est pas compliqué ! Pour les malades, on pourrait aussi organiser des balades sur la plage. Se retrouver entre soi, se raconter, s’échanger des astuces pour faire face à la douleur, à la solitude, ça peut faire du bien…

Avez-vous un message à faire passer aux malades et à leurs proches ?

Oui. J’aimerais d’abord dire aux malades de ne pas se refermer sur eux-mêmes, parce que les gens qui les entourent, même s’ils sont parfois maladroits, sont là pour eux, pour les aider. Et je voudrais aussi dire aux aidants que l’important est de passer du temps avec le malade. Sans pour autant l’étouffer car il a parfois besoin d’être seul, ne serait-ce que pour « craquer »… C’est normal. On peut se battre, être fort, et avoir des moments de faiblesse. C’est aussi la vie.

Et aujourd’hui, votre mère, votre sœur et vous, comment vous sentez-vous, au-delà bien sûr du chagrin et de la blessure ?

Plutôt assez bien et très soudées.

MINIBIO

> 1994 Elle naît le 9 décembre à Calais (Pas-de-Calais), avec sa jumelle, Mathilde.
> 2009 Finaliste du concours Elite Model Look, elle devient mannequin pour l’agence Elite.
> 2013 Elle est étudiante en école de commerce et de gestion à Lille quand on découvre un cancer du poumon à son père. Il en décédera en septembre de la même année.

 


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Béatrice Lorant

Ancienne rédactrice en chef de Rose magazine

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