Guyane : Portraits de malades de cancer

Le département français d’Amérique du Sud est un océan vert de 84 000 km2 – mais aussi un désert médical. Manque de médecins, isolement des villages, absence de routes : comment les patients, les soignants et l’état français s’organisent-ils pour répondre aux défis de ce territoire hors norme ?

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Afini vient de Maripasoula, une commune sur le Maroni. C'est une infirmière du centre hospitalier de Cayenne qui assure la traduction pour cette patiente ne parlant pas français. Photo : Guillaume Bret/REA

Etienne

« J’ai un cancer de la prostate et j’habite à Kourou – mais je viens à Cayenne pour voir le Dr Fayette. Je n’ai pas confiance dans les médecins africains ou sud-américains qui exercent dans les autres hôpitaux. En métropole, vous exigez des médecins diplômés en France – finalement, en Guyane on prend n’importe qui ! (Une ordonnance de 2005 permet à la Guyane d’accepter des médecins diplômés de facultés hors Union européenne, notamment des médecins issus de pays africains, mais aussi d’Amérique du Sud, ndlr.) Moi, le Dr Fayette m’a sauvé : j’avais des métastases, et finalement je vais tenir plus longtemps que Mitterrand ! »

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Photo : Guillaume Bret/REA

Chantal

« Je vis depuis 1986 en Guyane, où j’ai suivi mon mari, qui est douanier. Je souffre d’un cancer du côlon qui a mis beaucoup de temps à être diagnostiqué ici. J’étais épuisée, je tremblais de partout, et mon médecin pensait que je manquais de magnésium. C’est mon fils qui a pris les choses en main et m’a emmenée aux urgences, où on m’a trouvé une tumeur au colon. C’était une semaine que le Dr Fayette était là. Je l’ai vu le vendredi. Le mercredi, j’étais à Lyon pour me faire opérer d’urgence ! Je suis revenue à Cayenne pour la chimio, et là : des douleurs insupportables. C’était la vésicule, il fallait m’opérer de suite. Un chirurgien a dû venir en urgence de Kourou en hélico. J’ai eu chaud ! »

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Photo : Guillaume Bret/REA

Etyanna

« Je suis de Kourou et on m’a diagnostiqué à 37 ans une tumeur dans le ventre. Le scanner a été envoyé au Dr Fayette, et c’est lui qui a trouvé une solution avec un traitement qui m’évite une chirurgie invalidante. Je suis soulagée car en général, en Guyane, on est toujours les derniers et les plus mal servis. Durant la grève générale, il y a deux ans, une des revendications principales était l’accès à la santé. Et il y en a des choses à faire ! Je suis coordinatrice d’une mission contre le décrochage scolaire. J’explique aux jeunes filles qu’il ne faut pas quitter l’école à 16 ans pour se marier. La santé des femmes vient par l’éducation, mais le message n’est pas simple à faire passer. »

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Photo : Guillaume Bret/REA

Propos recueillis par Céline Lis-Raoux