Régime Cétogène : vive le gras ?

Attaquer les cellules cancéreuses à coups d’avocat et d’huile de coco ? C’est l’objectif du régime cétogène, auquel l’institut Gustave-Roussy vient de consacrer un colloque. Enquête.

Régime Cétogène / Rose Magazine @Régime Cétogène

Le régime cétogène serait-il le dernier régime miracle ?

En tout cas, cette diète très riche en gras et  pauvre en sucre – carburant des cellules cancéreuses – suscite beaucoup d’intérêt. Au point que le Pr Ulrike Kämmerer, du CHU de Würtzburg, en Allemagne, a coécrit avec les Drs Christina Schlatterer et Gerd Knoll Le Régime cétogène contre le cancer (Thierry Souccar Éditions).

Magali Walkowicz, nutritionniste près de Toulouse et auteure de Céto Cuisine, en explique l’idée : comme les cellules cancéreuses consommeraient dix fois plus de glucose qu’un tissu sain, on leur « ferme le robinet ». Mais, en contrepartie, on fournit à l’organisme 80 % de lipides. Pourquoi des lipides ? Parce que, s’il est privé de sucre, le corps se tourne naturellement vers la graisse, que le foie transforme en corps cétoniques, une source d’énergie transportée par le sang.

Un pari qui se veut gagnant-gagnant : les cellules cancéreuses seraient privées de leur alimentation préférée et le patient ne manquerait pas d’énergies. «Comme le jeûne, la diète cétogène diminue la croissance des cellules cancéreuses et potentialise les effets de la chimiothérapie, confirme Magali Walkowicz. Mais elle n’engendre ni fonte musculaire, ni fatigue car il y a une prise alimentaire intégrant un apport de protéines, nécessaires au maintien de la masse maigre. »

« Associée à une activité physique régulière, c’est même aujourd’hui l’une des meilleures stratégies contre le cancer, ajoute carrément le Pr Ulrike Kämmerer. En Allemagne, de nombreux patients suivent déjà ce type de régime en accompagnement de leurs traitements médicaux. »

En France, certains hôpitaux, comme le CHU de Hautepierre, à Strasbourg, et l’hôpital Necker-Enfants Malades, à Paris, y ont également recours, mais pour soigner les enfants épileptiques. « Ce pourrait aussi être une approche en cancérologie, reconnaît le Dr Suzette Delaloge, responsable du comité de pathologie mammaire à l’institut Gustave-Roussy. Mais dans quels cas, on ne sait pas encore bien. Pour l’instant, les données dont nous disposons ne suffisent pas pour évaluer l’impact de ce régime sur la maladie et sur la qualité de vie. »

Encadrement médical

Néanmoins, la piste du régime cétogène semble suffisamment sérieuse pour avoir fait l’objet d’un colloque à Gustave-Roussy en septembre.

À l’origine de cette grand-messe de la nutrition, un patient, Jean-Jacques Trochon. Soigné pour un cancer du rein très agressif en 2003, puis victime d’une récidive en 2012 (avec 26 nodules dans les poumons), ce pilote d’Airbus s’estime « rescapé du cancer ». Refusant un traitement de fond pourtant recommandé par son médecin, le Dr Escudier, oncologue à Gustave-Roussy, il a été traité par chirurgie. « Mais après m’être beaucoup documenté, ajoute-t-il, j’ai aussi alterné régime cétogène et jeûne, et pris de la spiruline sous forme liquide, une algue naturellement riche en vitamines et minéraux. »

Aujourd’hui guéri, Jean-Jacques Trochon a souhaité que des chercheurs internationaux, travaillant tous sur la diète cétogène, viennent exposer leurs résultats cliniques. Car, pour l’instant, la communauté médicale, plutôt réservée, met en avant le manque de preuves. Rappelant que « 40 % des patients sont dénutris », le Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition de Gustave-Roussy, estime ainsi que « ce régime n’est pas dénué de risques. En attendant les résultats des études en cours, il faut vrai- ment qu’il soit très encadré ». Ce que conforme également le Dr Delaloge.

Lorsque ses patients envisagent de le suivre, elle ne les en dissuade pas, mais les met en garde : « Exigeant et assez difficile à tenir sur le long terme, ce régime peut poser quelques problèmes sur le plan social et, surtout, nécessite un encadrement médical. » 

Pour l’instant, on dénombre une trentaine d’études sur le sujet. Parmi les plus avancées, Kolibri, menée à Bad Kissingen, en Allemagne, chez des femmes ayant eu un cancer du sein, et Ergo, en cours à Francfort chez des patients atteints d’une tumeur cérébrale.

« Il est urgent de mener des études cliniques de grande ampleur, en double aveugle, pour que ce mode d’alimentation puisse se faire admettre en cancérologie, indique Jean-Jacques Trochon. C’est ce que l’on voudrait initier à Gustave-Roussy. » 

Chantilly, mascarpone…

En France, certains patients n’ont pas attendu d’être inclus dans une étude pour s’y mettre.

C’est le cas de Patricia, 68 ans, qui alterne jeûne intermittent et diète cétogène. Opérée en 2015, aujourd’hui sous hormonothérapie, elle est suivie par Magali Walkowicz.

« Au début, c’est assez déroutant, reconnaît-elle. Pour que le corps entre en cétose, il a fallu que je change radicalement mes habitudes alimentaires : mettre de l’huile de coco dans mon café, manger beaucoup de viandes grasses, très peu de glucides… Mais on s’habitue ! Je me régale maintenant avec une salade de tomates et de haricots verts, des sardines et du saumon. J’ajoute des herbes, du curcuma… En faisant attention à ce que je mange, je deviens proactive. Je le fais pour moi, en plus des traitements, pour lutter contre la maladie et contre la douleur. Car depuis que je suis ce régime, ma tendinite me fait beaucoup moins souffrir. »

Seul bémol : « Mon mari ne s’est pas du tout céto-adapté ! » Et son équipe médicale reste vigilante. « À un moment, j’avais perdu trop de poids et mon médecin est intervenu pour que j’en reprenne, ce qui a été possible en cadrant bien le régime cétogène dans ma consultation diététique. » 

Même démarche pour Michèle, 70 ans, suivie à la clinique Labrouste, à Paris. « J’ai eu un double cancer du sein en 2003, raconte-t-elle. Et une récidive il y a cinq ans, avec de nombreuses métastases. En cherchant ce que je pouvais faire, je suis tombée sur le livre du Dr Schwartz, Cancer. Un traitement simple et non toxique (Thierry Souccar Éditions). J’ai commencé le régime cétogène et mes marqueurs sont passés de 411 à 35 après quatre mois de chimio. Mon cancérologue était stupéfait. Je ne me suis jamais sentie mal, bien au contraire. J’ai arrêté ma chimio il y a quatre mois et je fais six heures de jardinage par jour. Alors que j’avais un léger surpoids, ce régime m’a permis de perdre 11 kg. Mes triglycérides et mon cholestérol ont baissé, alors que je mange beaucoup de chantilly et de mascarpone ! ».

Marie, 41 ans, en rémission d’un cancer du sein hormonodépendant et elle-même médecin, suit un régime cétogène depuis quatorze mois et n’envisage pas d’arrêter. « D’autant que mon mari suit le mouvement, pour que je sois moins tentée ! En hiver, il est facile d’organiser une raclette avec des amis : pour moi, les champignons remplacent juste les pommes de terre ! Plutôt bec sucré, j’adorais croquer dans une poire, un abricot ou une nectarine. Alors, parfois, je me l’autorise. L’objectif est de tenir sur le long terme et je sais que, s’il y a trop de frustration, je tiendrai moins longtemps. ».

Déterminée à ne pas nourrir le crabe, et convaincue du lien entre index de masse corporelle et risque de cancer du sein, Marie souhaite rester dans la maîtrise de sa maladie.

« Si le fait de renoncer à quelques gourmandises peut m’aider à voir grandir mes enfants, je n’ai aucune hésitation ».

Mais pour ceux qui trouveraient quand même le régime 100 % cétogène difficile à mettre en œuvre, il existe une alternative, le régime low-carb high- fat (faible en glucides et riche en gras), plus bénéfique que l’alimentation dite saine, qui limite la plupart des graisses et fait la part belle aux glucides. C’est le credo de Catherine Malpas, naturopathe, auteure de Faites la paix avec votre assiette (Éditions de La Martinière).

Pour le Dr Laurent Schwartz, qui poursuit les travaux du Prix Nobel de médecine Otto Warburg, « le cancer est une maladie métabolique, liée à un dysfonctionnement de la digestion cellulaire, et à la fermentation du sucre ». Actuellement, il existe plus de 30 000 publications sur le thème « métabolisme et cancer ». Autant dire qu’il n’est pas le seul à plancher sur le sujet.

LA JOURNÉE TYPE DE MARIE
Petit déjeuner : 1 petit avocat, 1 tisane avec 1c.à café d’huile de noix de coco, 1 yaourt grec avec des graines de sésame, quelques amandes
Déjeuner : entrée (champignons à la crème par exemple) et plat chaud (viande blanche avec sauce au roquefort, par exemple, et légumes verts)
Collation : 1 carré de chocolat à 90 % et quelques amandes ou 1c. à café de pâte d’arachide
Dîner : légumes agrémentés de lipides (par exemple soupe de courgettes au curry et à la crème de coco), et de la vitamine c

Céline Dufranc