Vingt-cinq consultations par an. Cinquante boîtes de médicaments. Pour le gouvernement, ces chiffres sont la preuve d’un excès à corriger. Pour une personne atteinte d’un cancer, ce sont simplement les chiffres de son bien-être, voire de sa survie.
Après les annonces du gouvernement sur le doublement du plafond des franchises médicales et participations forfaitaires (passant de 50 à 100 €), et les récentes déclarations du premier ministre Sébastien Lecornu appelant à un « effort » de la part de ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments ou consultent plus de 25 fois par an, RoseUp association alerte sur un présupposé dangereux.
Lors de sa création, la franchise médicale avait été présentée comme un outil pédagogique, destiné à responsabiliser les citoyens face à une consommation de soins jugée superflue. Mais cette logique suppose une chose : que dépasser les seuils relève d’un choix. Or pour les personnes touchées par un cancer, ce n’est pas le cas.
Pour une personne atteinte d’un cancer, consulter 25 fois dans l’année et acheter 50 boîtes de médicaments n’est ni un choix, ni un luxe. C’est le seul moyen d’atténuer des effets secondaires souvent lourds. Ce sont des anti-nauséeux pour gérer la toxicité de la chimiothérapie, des antidouleurs pour soulager les neuropathies induites par les traitements, des hormonothérapies pour garder le cancer à distance, des séances chez le kiné pour récupérer la mobilité de son bras après une chirurgie du sein, des rendez-vous obligatoires chez le dentiste en préparation d’une opération, des soins infirmiers pour refaire le bandage qui empêche son lymphoedème d’évoluer…
Ce sont ces médicaments qui rendent leur vie tout simplement supportable.
Quant à leur demander de faire un « effort », ces patients en font déjà au quotidien. En plus du reste-à-charge résultant des dépassements d’honoraires des médecins, des franchises et des participations forfaitaires (pouvant aller de 750 à 1700€ par an1), les personnes malades supportent un reste à charge invisible de plus 1400 euros par an 2. Ces dépenses servent à financer ce qui n’est pas remboursé mais demeure indispensable :
- Les crèmes apaisantes pour supporter les brûlures de la radiothérapie,
- Les vernis au silicium pour empêcher les ongles de tomber sous chimiothérapie,
- Les dépassements d’honoraires pour celles qui souhaitent faire reconstruire leur poitrine après une mastectomie…
Pensons aussi aux personnes atteintes d’un cancer métastatique : pour elles, le cancer est une maladie chronique, avec laquelle il faut vivre toute sa vie. Les traitements, les examens et les rendez-vous sont continus. Leur imposer cette augmentation des franchises, année après année, serait une double peine.
Ne nous trompons pas de combat. On ne « responsabilise » pas des patients qui luttent pour leur vie. RoseUp demande fermement l’exonération du doublement du plafond des franchises médicales pour l’ensemble des personnes en ALD.
1. Source : Rapport Revue de dépenses relative aux affections de longue durée de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (Igas) de 2024
2. Source : Enquête nationale France Assos Santé.