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Les pharmaciens : un maillon fort dans l’accompagnement des malades de cancer enfin reconnu

Avec l’augmentation des prescriptions de thérapies orales, les pharmaciens deviennent des interlocuteurs privilégiés pour les malades de cancer. Un statut enfin reconnu et valorisé.

Depuis quelques années, les traitements anti-cancéreux par voie orale se multiplient : thérapies ciblées, hormonothérapies, chimiothérapies… Si cette forme de traitement améliore le confort des patients en leur évitant des allées et venues à l’hôpital, elle rend également leur suivi plus compliqué pour les oncologues. Ces derniers se reposent alors sur les pharmaciens de ville qui voient leurs patients à chaque renouvellement d’ordonnance.

Une mission d’accompagnement enfin reconnue

Depuis cet été, cette mission, de haute importance, est enfin valorisée grâce à la signature d’un avenant à la convention nationale pharmaceutique. Une reconnaissance – accompagnée d’une rémunération supplémentaire pour l’officine – que les pharmaciens attendaient depuis longtemps. « Nous accompagnons les malades de cancer depuis longtemps. Nous avons un rôle central car nous sommes leur premier relai. Malgré cela, notre travail n’était pas toujours considéré » explique Margaux Mensier, pharmacienne à la pharmacie du Manoir à Halluin (59). C’est désormais chose faite.

Un premier entretien de recueil d’information

Que va changer cet avenant ? Tout d’abord, il encadre cette mission d’accompagnement. Dorénavant, les malades de cancer sous traitements oraux pourront bénéficier gratuitement de 3 entretiens avec leur pharmacien. Le premier sera destiné au « recueil d’information ». « Pendant cette prise de contact, on écoute le malade. On lui demande de nous raconter son parcours de soin, dans quel établissement il est suivi… » précise la pharmacienne. C’est aussi à cette occasion que le pharmacien collectera les coordonnées de l’oncologue, du médecin traitant… « On vérifie aussi les connaissances que le patient a de son traitement et son état psychologique. Si je sens qu’il est stressé, je ne vais pas tout de suite lui parler des effets indésirables de son traitement. Je vais y aller petit à petit et attendre le deuxième entretien » reconnaît Margaux Mensier.

Deux entretiens complémentaires pour détecter les effets indésirables et prévenir l’inobservance

Le deuxième entretien a lieu en général 1 mois après le début du traitement. Et c’est là que le rôle du pharmacien devient crucial : le suivi des effets indésirables. « On interroge les malades sur leurs symptômes et leur grade. Si un patient nous dit souffrir de diarrhée par exemple, comme cela peut arriver avec les thérapies ciblées, on lui fera préciser à quelle fréquence et avec quelle intensité. On pourra ainsi le diriger si besoin vers son médecin traitant. On est là pour trouver une solution et faire en sorte qu’il suive convenablement son traitement » explique Margaux Mensier.

Car les pharmaciens sont confrontés à une autre problématique liée aux traitements oraux : la mauvaise observance voire l’inobservance. Là encore, leur proximité avec les patients est un avantage considérable. « Les patients nous font confiance, reconnaît la pharmacienne. Ils avoueront plus facilement à leur pharmacien qu’ils ne suivent pas leurs traitements qu’à l’oncologue qui leur a prescrit. » Si l’arrêt du traitement est fréquent, notamment quand il s’agit d’hormonothérapie, des augmentations de doses sont également constatées. « C’est moins courant mais il arrive que les malades qui ont des médicaments à prendre 5 jours sur 7 décident de les prendre en continu. Ils pensent que ce sera plus efficace. C’est à nous de leur expliquer que cela peut être dangereux pour leur foie notamment. En fait, on s’aperçoit que, souvent, les malades ne prennent pas bien leur traitement parce qu’ils ont été mal renseignés au début. C’est là que nous avons un rôle à jouer. »

Le troisième entretien sera programmé selon les problèmes rencontrés par le malade. « Bien évidemment, même si la convention prévoit 3 entretiens, on ne va pas s’y limiter si on pense que notre patient en a besoin » confie la pharmacienne.

Une incitation à mieux se former

Il y a un an, Margaux Mensier a obtenu un diplôme universitaire de pharmacie clinique oncologique. « Pendant notre formation initiale, nous avons évidemment des cours sur les traitements contre le cancer mais, dans la pratique, je me suis aperçue que ce n’était pas suffisant » admet la pharmacienne. Dans sa pharmacie, comptant 8 employés, elle est la seule à détenir ce diplôme. La nouvelle mission des officines incitera certainement davantage de pharmaciens à se former aux traitements anti-cancéreux oraux dont les prescriptions n’iront qu’en augmentant.

Emilie Groyer

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