Cancers ORL : trop peu de chirurgiens experts

Faute de bénéficier d’un service de chirurgie maxillo-faciale non loin de chez eux, certains patients sortent de l’hôpital défigurés et mutilés.

Cancers ORL :Faute de bénéficier d’un service de chirurgie maxillo-faciale non loin de chez eux, certains patients sortent de l’hôpital défigurés et mutilés. Roseup association
Photos Zoé Leclerc pour Corasso

Cent ans après les gueules cassées de la Grande Guerre, les chirurgiens maxillo-faciaux sont toujours confrontés au même défi : enlever tous les tissus et reconstruire aussitôt la zone opérée pour réparer une fonction comme la déglutition. En clair, ils pratiquent d’abord une chirurgie franche, « souvent mutilante car nous devons respecter une marge de 1 cm autour de la tumeur pour que son exérèse soit efficace », selon le Pr Chloé Bertolus, chirurgienne maxillo-faciale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Et ensuite, grâce aux techniques de microchirurgie et à la 3D, ils restituent la fonction disparue.

Pour la mâchoire ou la langue, les médecins prélèvent des tissus le plus souvent sur le patient lui-même avant de pratiquer une reconstruction immédiate qui peut au total durer une dizaine d’heures. Ce délicat travail de « défiguration-refiguration » relève d’une spécialité de la chirurgie fonctionnelle et réparatrice qui fait appel à des compétences techniques très pointues. Résultat : on ne compte que 1 100 praticiens en France, inégalement répartis sur le territoire. « Certains malades de cancer, opérés de leur tumeur de la face, sortent donc de l’hôpital sans reconstruction », s’indigne
le Pr Bertolus.

Faute de bénéficier d’un accès à une chirurgie maxillo-faciale près de chez eux, ils perdent ainsi une chance de réinsertion sociale, voire familiale. À moins de pouvoir s’adresser au privé. C’est par exemple le cas à Rennes, commune dépourvue de service hospitalier universitaire, où seule une clinique de ville dispose d’une bonne équipe de chirurgie maxillo-faciale. « Aujourd’hui, on ne devrait plus laisser un patient touché par une tumeur avec un trou dans la face », insiste le Pr Bertolus. La reconstruction chirurgicale fonctionnelle immédiate s’impose d’autant plus que le patient doit enchaîner un double traitement antitumoral, généralement à base de radiothérapie et /ou chimiothérapie, dans la foulée de cette opération. Or, « reconstruire sur une zone irradiée est beaucoup plus difficile car les tissus se nécrosent », précise Chloé Bertolus. De plus, les études montrent une meilleure survie lorsque la reconstruction est pratiquée avant la radiothérapie.

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Céline Dufranc