Patientes et actrices avec Fabrice Luchini et Patrick Bruel

Pour le tournage du film "Le meilleur reste à venir", Sabine et Annie, deux anciennes patientes, ont joué leur propre rôle et conseillé le réalisateur sur les groupes de parole. Elles racontent à RoseUp cette incroyable aventure.

Affiche du film Meilleur reste à venir.

Annie Sicard n’en revient toujours pas. En octobre 2018, de l’année dernière, elle ouvre la boite mail de « Choix Vital »*, association qui organise des groupes de paroles pour les malades de cancer et leurs proches. Là, elle tombe sur ce message émanant d’une directrice de casting de cinéma :

« Je travaille au casting du nouveau long-métrage de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, « Le Meilleur reste à venir », avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini. L’une de nos héroïnes, interprétée par Zineb Triki, anime des groupes de parole pour des malades atteints de cancer. Je suis à la recherche d’une personne pour figurer dans notre long-métrage, pouvant co-animer ses réunions. Nous préférons faire appel à quelqu’un qui ait cette expérience pour plus de véracité et de justesse, et pour nous conseiller. Par ailleurs, si des personnes malades ont envie de participer, s’en sentent l’envie et la force, cela pourrait être bien. Dans l’attente de votre retour, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’expression de mes meilleures salutations. »

Surprise et enthousiasmée par cette demande, Annie Sicard se porte volontaire et entraîne Sabine dans cette aventure. Les deux amies se prêtent au jeu du conseil et de la figuration pour deux journées de tournage. « C’était une très belle expérience, se souvient Sabine, membre de l’association depuis douze ans, avec malice. On s’est bien marrée ! »

Maquillage, coiffure et… ça tourne!

C’est donc un matin de novembre 2018 que les deux amies font leur entrée dans le monde du cinéma. Elles sont convoquées à 7h30, pour un tournage à 14h30. « Il faisait un froid glacial », avouent les deux actrices d’un jour.  La première journée de tournage a lieu à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Une fois sur place, elles sont rapidement maquillées et coiffées par deux membres de l’équipe. « J’ai bien aimé le rendu, surtout la coiffure », plaisante Annie. Pour ce qui est du costume : elles restent en « civil ». Une seule consigne : s’habiller le plus naturellement possible.

« Pour la scène, on tournait avec Patrick Bruel, qui participait à un groupe de parole », raconte Annie. Toute la journée, elles voient défiler les assitantes, cadreurs et réalisateurs. « C’était la première fois que j’assistais à cela », confie Annie. « On comprend beaucoup de choses sur la façon dont est tourné un film, ajoute Sabine. On a refait la prise au moins une quinzaine de fois ! » Autour d’elles, d’autres figurants, plus familiers avec l’univers des plateaux, se fondent dans l’effervescence du tournage. « Ils ont fait venir une vingtaine de personnes, mais on ne les voit même pas dans le film », s’étonne encore Sabine. Elles découvrent également les règles de vie sur le tournage. « Nous n’avions pas le droit de faire des photos avec nos téléphones », se souvient Annie.

Leurs missions : jouer les figurantes dans un groupe de parole, et, pour Annie, conseiller les réalisateurs et l’actrice Zineb Triki, jouant Randa dans le film. Une ancienne malade, abandonnée par son mari, qui devient patiente-experte auprès de César et d’Arthur. Pile le profil d’Annie Sicard, touchée il y a plus de dix ans par deux cancers du sein. Conseillée par son chirurgien, elle entre dans l’association Choix Vital, d’abord comme bénéficiaire puis animatrice des groupes de parole – avant de devenir membre du bureau. « Mon médecin m’avait dit : Annie vous êtes rigolote, allez mettre un peu d’animation ! », raconte-t-elle. Une activité qui trouve sa conclusion avec la formation de patiente experte que suit aujourd’hui Annie à l’université de la Sorbonne. (Lire aussi notre article 24 heures dans la vie d’une patiente experte).

La belle rencontre avec Fabrice Luchini

Si Patrick Bruel reste malheureusement inaccessible pendant cette journée, les bénévoles gardent un très bon souvenir de l’actrice Zineb Triki. « Elle était très sympathique et jouait très bien », relate Sabine. Au niveau du contenu, cette première scène laisse un peu Annie sur sa faim : « C’était un peu brouillon, on ne comprenait pas bien que c’était un groupe de parole », se souvient-elle. Les personnages étaient assis sur des chaises : une erreur pour l’animatrice de groupe. « Il faut que les gens soient assis autour d’une table, avec de la documentation, et ils doivent pouvoir écrire« , énumère-t-elle. Elle se permet de donner son avis à l’équipe technique, pour apporter plus de véracité au scénario. A la fin de la journée, les deux actrices se servent du cachet gagné dans la journée pour « s’offrir » un taxi.

En janvier, quelques mois plus tard, Annie participe à une deuxième scène tournée à l’Institut Pasteur avec Fabrice Luchini. Son personnage, Arthur, se confie dans un groupe de parole animée par Randa. Dès son arrivée sur le plateau, le comédien lui fait une forte impression. Il salue toute l’équipe, figurants compris, et remercie chacun pour sa présence. « Il a demandé qui était Annie. Alors je me suis avancée, et là il m’a dit ‘Je vous admire pour tout ce que vous faites pour ces malades’. Je ne savais plus où me mettre ! », se souvient Annie avec plaisir. D’autant plus que ses conseils ont été entendus. Pour cette nouvelle scène, les personnages sont assis autour d’une table agrémentée de documentation. « Les scénaristes avaient même ajouté l’intervention d’une des patientes, explique Annie. Elle ne parle que pendant quelques instants mais c’est super ! Je leur ai dit : « là ça me plaît, vous avez tout compris » ! » Il ne manquait que les Rose Magazines qu’Annie distribue à chaque groupe de parole dans la vraie vie !

Avant-première au Grand Rex

« J’étais tellement émue de participer à ce film », confie Annie. Cette première expérience a marqué les deux amies. « Je ne pensais pas qu’un jour je pourrais vivre une telle expérience », témoigne Sabine. Invitées au Grand Rex pour la grande première, début décembre, elles sont impatientes de voir le résultat final. « On se demandait comment nous allions nous voir », avoue Annie. Elles se découvrent sur écran géant : on peut apercevoir les trois amies quelques secondes, dans la première scène tournée avec Patrick Bruel. Un instant trop furtif pour les deux figurantes qui décident tout de suite de retourner au cinéma. « Mon mari m’a dit : ‘tu es parfaite’ », rit Annie. « Je ne l’avais pas dit à ma famille, ni à mes amis pour leur faire la surprise », explique Sabine. Depuis, elle prévient ses amis avant leur séance dans les salles obscures. « Je leur indique la scène, sinon ça passe trop vite et on ne fait pas attention ».

Les comédiennes d’un jour ne tarissent pas d’éloges sur le long-métrage. « On rit, on pleure, l’écriture est très précise. Il faut aller le voir ! », assure Annie. « C’est un film tellement vrai pour les gens qui ont vécu l’expérience de cette maladie. Et il permet de comprendre l’importance d’un groupe de parole », conclut Sabine. (Lire aussi notre article : Cancer : les mots pour le dire).

Choix Vital : Parole et cancer

L’association, Choix Vital : Parole et cancer, créée en 2001, organise des groupes de paroles animés par des médecins et des anciens patients à destination des malades de cancer et de leurs proches. Elle est reconnue « d’intérêt général » en 2014. Les groupes de paroles sont organisés dans plusieurs hôpitaux de la région parisienne et plus récemment à Marseille. L’association a été fondée par Claude-Alain Planchon, docteur à l’hôpital Américain, après sa rencontre avec Selma Schimmel, fondatrice d’une association aux Etats-Unis de communication sur le cancer, qui pratique les groupes de parole.

Mathilde Durand