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Osons la vie – L’annonce du cancer. Stéphanie : « Là, l’épée de Damoclès que tu avais sur la tête tombe »

{{ config.mag.article.published }} 29 janvier 2024

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Osons la vie – L’annonce du cancer. Stéphanie : « Là, l’épée de Damoclès que tu avais sur la tête tombe »

Chaque année en France, plus de 380 000 personnes reçoivent un diagnostic de cancer. L’annonce de la maladie est toujours un moment de bascule qui laisse une trace dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécu. Dans cet épisode, découvrez l’histoire de Stéphanie. Stéphanie aimerait avoir un deuxième enfant. Parce qu’elle est atteinte d’une maladie génétique, elle doit recourir à une fécondation in vitro. Et parce qu’elle a la quarantaine, on lui demande de passer une mammo. Une première pour elle.

INFO+ : Osons la vie est un podcast créé par RoseUp, l’association qui informe et accompagne les femmes touchées par tout type de cancer. Produit par Louie Créative, l’agence de création de contenu de Louie Média, il est co-écrit et animé par Emilie Groyer et Sandrine Mouchet. Bénédicte Schmitt en a fait la réalisation et le mix, sur une musique de Marine Quéméré. La production est supervisée par Eloïse Normand. L’illustration est signée Alice Dès.

Vous pouvez écouter Osons la Vie sur notre site et sur toutes les plateformes comme ApplePodcast, Spotify et Deezer

Mon prénom est Stéphanie, j’ai 43 ans, je vis en Belgique, à Mons, et j’ai été diagnostiquée en septembre 2020 d’un cancer du sein.

En 2020, mon mari et moi décidons d’avoir un deuxième enfant. Ce n’est pas une chose facile pour nous parce que je porte une maladie génétique rare aux yeux. On n’a évidemment pas envie que notre petit bout porte cette maladie. Comme on l’avait déjà fait par le passé pour notre premier enfant, on passe donc par une sélection d’embryons et par une FIV pour avoir ce deuxième petit bout.

« J’ai le trouillomètre à zéro »

Je vais chez le gynéco. Elle me prescrit une série d’examens dont une mammo. J’ai 41 ans, c’est ma première mammo. Je me retrouve avec les seins coincés, je passe pas spécialement un bon moment. Et puis, l’infirmière s’attarde quand même beaucoup sur le sein gauche. Comme c’est une première pour moi, je me dis qu’il y a peut-être un problème, je ne sais pas. À la fin de l’examen, elle me dit :

– Attendez, vous devez voir la médecin pour faire un contrôle par échographie. C’est rien, mais est-ce que vous pourriez rester un peu ?

– Oui, OK, pas de souci, je reste.

La médecin, de nouveau, m’ausculte particulièrement le sein gauche. Elle prend beaucoup de clichés, d’une zone bien particulière. Là, tout doucement, le trouillomètre commence à descendre.

Pendant toute la durée de l’échographie, j’ai l’esprit qui vagabonde mais sans plus. Je commence surtout  à me poser des questions quand la dame arrête son examen, et qu’elle me dit : « Il y a quelque chose, on ne sait pas trop bien ce que c’est, mais comme vous voulez avoir un deuxième enfant, on veut être sûr. Est-ce que jeudi, vous pourriez venir pour une biopsie ? » Dans la même phrase, il y a deux mots bizarres. Il y a d’abord « jeudi ». On est dans le domaine médical, habituellement, il faut des semaines pour avoir un rendez-vous. Et là, on vous parle de trois jours plus tard. Et après, il y a ce mot que je rencontre pour la première fois : « biopsie« . Là, mon trouillomètre tombe au plus bas. Je quitte la pièce, un peu hagarde, je ne suis même pas sûre d’avoir dit au revoir aux infirmières. Je pense que si j’avais mis mon soutien gorge à l’envers, je ne l’aurais même pas vu. Je me suis retrouvée dans le couloir, à téléphoner à mon mari, pour lui annoncer qu’il y avait un truc bizarre.

« Le compte à rebours commence »

Pour moi, le terme « biopsie », c’est « cancer ». Si on fait une biopsie, c’est qu’il y a un truc malsain. Évidemment, j’appelle des copines qui me rassurent : « Mais non, Stéphanie, t’inquiète pas ! Il y a plein de trucs dans le sein. Moi, j’ai déjà vécu ça. » Donc jusqu’au rendez-vous suivant, je réussis à mettre ça dans une petite boîte et j’attends.

Je garde un souvenir assez flou de la biopsie. Ce qui me reste le plus précisément en mémoire, c’est le « clac » de cette sorte d’aiguille qui va aller récupérer un peu de matière. Ce « clac » résonne 7 ou 8 fois… Ce n’est pas un super souvenir. Quand je sors de la biopsie, je m’effondre en pleurs à cause  de ce « clac » qui résonne dans tous les sens, à cause de cet énorme sparadrap sur mon corps. je dois attendre les résultats une dizaine de jours. J’ai l’impression d’avoir cette sorte d’épée de Damoclès au-dessus de la tête et le compte à rebours commence. Tic-Tac. J’essaie d’y penser le moins possible. Je mets ça dans une petite boîte. Je n’en parle à presque personne. Quand ça me revient à l’esprit, j’essaie de l’éloigner en me disant que ce n’est rien, qu’il y a des masses qui sont bénignes. C’est un examen parmi tant d’autres, que je pourrais raconter aux copines plus tard.

« À ce moment-là, je sais »

Le jour de l’annonce, je suis à la maison en télétravail. Je reçois un appel de la secrétaire du gynécologue : « Madame, est-ce que dans une demi-heure, vous pouvez venir à l’hôpital ? Le docteur veut vous parler. » À ce moment-là, je sais. Je sais qu’il y a un problème. Je sais que c’est un cancer.  Le médecin ne t’appelle pas en rush pour te voir dans une demi-heure rien que pour le plaisir.

Là, c’est bien simple, le monde s’écroule. L’épée de Damoclès que j’avais au-dessus de la tête tombe.

C’est dur parce que je suis toute seule à la maison. Ma première réaction, c’est de téléphoner à Gauthier, mon mari, pour lui demander de venir avec moi. Je pense que j’aurais été incapable de conduire de toute manière. Ma deuxième réaction, c’est de téléphoner à mes parents pour qu’ils s’occupent de ma fille, Noélie. J’essaie de donner une excuse plausible et surtout en ayant un ton voix correct alors que j’étais au 36ème dessous.

Pour l’annonce, je suis avec mon mari. Le médecin rentre dans le vif du sujet. Il sait que j’ai compris. Il commence à nous expliquer en utilisant un vocabulaire que nous ne maîtrisons absolument pas. Il parle de « carcinome infiltrant », de « métastases », de « stade 2 ». S’abat sur moi une sorte de chape de chagrin, comme celui qu’on a quand on apprend le décès de quelqu’un, sauf que la grosse différence, c’est que c’est de moi dont on parle.

« La routine de la chimio a quelque chose d’apaisant »

Les examens ne sont pas finis. Ma tumeur passe à la détection génétique et le résultat revient avec un grade 2 à haut risque. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que bingo, j’ai droit à la chimio. Gauthier et moi, on s’attend à avoir une petite chimio. Bah oui, j’ai un petit cancer donc, logiquement, j‘aurai une petite chimio. Mais non, on n’avait pas compris. Comme je suis jeune – à 41 ans, quand on vous dit que vous êtes jeune, ça fait toujours plaisir, et dans le domaine du cancer, c’est le cas – j’ai la plus forte ! On découvre que j’en ai pour 6 mois de traitement. On est tous les 2 à terre parce qu’on a tous cette image d’une personne sous chimio qui vomit ses tripes, qui perd ses cheveux. Sauf que là, cette personne c’est moi. Avec cette annonce, j’ai l’impression que ma vie va être entre parenthèses et que Gauthier et Noélie devront vivre sans moi pendant 6 mois. Alors je commence à nettoyer la maison de fond en comble, à faire de la cuisine à tort et à travers, comme si j’allais partir 6 mois en voyage. Je me suis rendu compte à un moment de ma bêtise : je n’avais pas assez de place dans mon frigo pour 6 mois de nourriture,  ce n’était pas possible.

Le premier abord que j’ai de cette chimio est hyper négatif. Heureusement pour moi, une copine d’un groupe de soutien me dit « Stéphanie, ce n’est pas la bonne approche ça. La chimio, c’est ton alliée, elle est là pour t’aider à te battre contre cette maladie. » Je ne la remercierai jamais assez parce qu’après ça je change totalement de cap. Je considère la chimio comme une sorte d’arme de guerre et je me dis que je vais foncer, advienne que pourra.

On est là pour se battre contre cette saloperie. Ce combat devient alors quelque chose de très routinier. Je dois dire que le début de la chimio, c’est quelque part rassurant. C’est horrible parce qu’évidemment, votre corps prend dans la figure des produits toxiques et dangereux. Mais d’un autre côté, par rapport à tous les examens quand on ne sait pas, d’une semaine à l’autre, ce qui va se passer, là je rentre dans une routine, avec du personnel soignant vraiment super attentif, qui est apaisante.

« On a dit adieu à notre deuxième petit bout »

Tous mes traitements sont finis : rayons, chimio… Il ne me reste « que » 10 ans d’hormonothérapie. Mon cancer est hormonodépendant, ce qui veut dire que ce « petit crabe » se nourrit d’hormones telles que la progestérone et les œstrogènes. Donc pendant les 10 prochaines années, pour éviter que ce “monsieur crabe” puisse se développer à nouveau, on coupe toute production de progestérone et d’œstrogènes. Évidemment, notre deuxième petit bout, on a dû lui dire au revoir parce que sans progestérone et sans œstrogène, c’est un peu compliqué pour faire des bébés.

C’est plein de symboles parce que c’est grâce à ce petit bout qu’on l’a découvert mon cancer. Si j’avais attendu de retourner chez un gynécologue, 2 ans plus tard, le cancer aurait  probablement été diagnostiqué à un stade beaucoup plus avancé donc quelque part, ce petit bout, il m’a sauvée. D’un autre côté, il est évident que le choix est fait : je préfère être une maman d’une petite fille de 7 ans que j’adore plutôt que d’avoir 2 orphelins.


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Emilie Groyer

Docteur en biologie, journaliste scientifique et rédactrice en chef du site web de Rose magazine

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