Cancer de l’ovaire : la prise précoce d’olaparib réduit de 70% les risques de rechute

Une étude internationale vient de montrer que la prise d’olaparib, un médicament prescrit depuis quelques années lors d’une rechute du cancer de l’ovaire, réduit de 70% les risques de décès et de reprogression s’il est administré juste après la chirurgie et la chimiothérapie à des femmes porteuses d’une mutation BRCA.

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«  Les patientes nous disent souvent : “ on ne s’occupe pas de nous, la recherche n’avance pas ” » constate le Dr Anne Floquet, oncologue médicale à l’institut Bergonié de Bordeaux. Il est vrai que le cancer de l’ovaire (Lire notre article « Ovaires : sortir ce cancer de l’ombre » ) est une « petite pathologie » selon les terme de la cancérologue : elle touche environ 4500 nouvelles femmes par an en France, c’est 10 fois moins que le cancer du sein. Grâce à l’étude SOLO1, les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire se sentiront un peu moins mises à la marge.

Une diminution de 70% des risques de progression et de décès

Cette étude, publiée le mois dernier dans le prestigieux New England Journal of Medicine, a fait grand bruit lors de sa présentation au congrès d’oncologie ESMO. Certains parlent même de « révolution ». Il faut dire que les résultats ont de quoi impressionner : les chercheurs ont réussi à réduire de 70% les risques de décès et de progression du cancer de l’ovaire à 3 ans. «  On n’a jamais vu un gain aussi important de mémoire de cancérologue » s’enthousiasme le Dr Anne Floquet, co-auteur de l’article.

L’étude s’est déroulée sur 3 ans et a recruté 391 patientes dans 15 pays. Ces femmes devaient respecter certains critères : présenter des tumeurs épithéliales1 de haut grade2 et des mutations dans les gènes BRCA 1 ou 2 (voir l’encadré). Deux tiers d’entre elles ont reçu des comprimés d’olaparib, le tiers restant, un placebo. « Ce médicament est normalement prescrit lors de rechutes, ce qui arrive dans 70% des cas 3 ans après les traitements. Dans notre étude, le traitement a été donné tout de suite après la chirurgie et la chimiothérapie » précise Anne Floquet.

Résultat : 60% des patientes traitées n’ont pas vu leur tumeur reprogresser (contre 27% des femmes du groupe placebo) au bout de 3 ans.

Autre petite nouveauté : le changement de forme du médicament. « Les patientes prennent habituellement 8 gélules matin et soir. Grâce à la nouvelle galénique sous forme de comprimés et au nouveau dosage, les femmes ne prendront plus que 2 comprimés 2 fois par jour. » Une bénéfice non négligeable pour la qualité de vie.

Une ATU attendue pour la fin de l’année

Avec des résultats aussi impressionnants, le Dr Anne Floquet espère une ATU3 avant la fin de l’année. L’autorisation de mise sur le marché dans cette nouvelle application et avec cette nouvelle galénique peut en revanche prendre plus de temps. « La prescription du traitement est aussi conditionnée au statut BRCA des patientes, explique le Dr Floquet. Dans notre étude, les femmes étaient suivies dans des centres experts dans lesquels l’analyse génétique est faite en routine. Ce n’est pas le cas de toutes les structures. Pour que le traitement soit lancé à grande échelle, cela va demander une certaine organisation. »

 Une étude à venir pour les femmes non mutées

« Pour l’instant, ces résultats s’appliquent à la sous-population des patientes présentant des mutations BRCA1/2 et qui présentent environ 20 % des cancers de l’ovaire de haut grade » précise dans un communiqué le Dr Thibault De La Motte Rouge, oncologue au Centre Eugène Marquis à Rennes. Mais une étude, PAOLA1, cherche actuellement à déterminer si l’olaparib ne pourrait pas être également bénéfique aux patientes non porteuses de mutations BRCA si celui-ci est associé un anti-angiogénique (l’avastin). Les résultats sont attendus pour 2019.

Pourquoi l’olaparib est indiqué uniquement pour les femmes mutées dans les gènes BRCA ?

Lorsqu’une cellule se divise, elle doit dupliquer son ADN. Lorsque les divisions se font de façon rapide et anarchique, comme c’est le cas pour les cellules tumorales, il peut se produire des « erreurs », notamment des cassures dans l’ADN.

Il existe un mécanisme de réparation, impliquant les protéines PARP, qui va « recoller » l’ADN. L’olaparib empêche ce processus de réparation. Mais comme la nature est bien faite, elle a prévu un plan B dans le cas où le premier ne fonctionnerait pas : les protéines BRCA.

Chez les malades avec une mutation dans les gènes BRCA, ce « plan B » n’est pas opérationnel. La cellule tumorale ne parvient donc pas à réparer son ADN et « se suicide ».

C’est pour cette raison que l’olaparib n’est efficace seul que chez les personnes mutées dans les gènes BRCA.

Emilie Groyer

  1. Les tumeurs épithéliales touchent la surface externe de l’ovaire. Ce sont les plus fréquentes avec 90% des cas.
  2. Le grade rend compte de l’agressivité de la tumeur
  3. Autorisation temporaire d’utilisation