Lion’s mane, reishi, chaga, cordyceps… les champignons dits “adaptogènes” sont partout : des rayons de parapharmacie jusque dans nos tasses à café. En agissant aussi bien sur notre mémoire, l’inflammation ou nos défenses immunitaires, ils seraient capables de s’ajuster aux besoins de notre organisme.
Si pour beaucoup il s’agit d’une simple mode, pour Catalina Fernández de Ana Portela, c’est une histoire de famille. Sensibilisée dès le plus jeune âge à la richesse de la nature et formée à la rigueur scientifique, elle a fait de Hifas da Terra1, son entreprise, une référence mondiale de la mycothérapie. Au-delà de ses compléments alimentaires destinés au grand public, elle propose aujourd’hui une nouvelle gamme, Mico-Onco 2.0©, dédiée aux personnes touchées par le cancer, grâce à laquelle elle entend bien améliorer leur qualité de vie.
Votre histoire avec les champignons semble prendre racine bien avant la création de Hifas da Terra. Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Catalina Fernández de Ana Portela : Mon père était phytopathologiste et l’un des plus grands mycologues d’Europe. Il a notamment étudié comment les champignons pouvaient affecter la croissance des plantes.
J’ai donc grandi au milieu des champignons. Ils faisaient partie de notre quotidien, même pendant les vacances : j’ai encore des photos de moi enfant, posant devant des arbres, des champignons à la main.
Et vous avez suivi les pas de votre père en devenant vous-même scientifique.
Oui, après un doctorat en médecine, j’ai fait de la recherche clinique dans le département d’oncologie de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne.
Pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers l’entrepreneuriat ?
À l’époque, dans mon université, on incitait les scientifiques à créer leur propre entreprise plutôt que de laisser leurs découvertes aux mains de businessmen.
Les chiffres c’est important bien sûr, sans quoi une entreprise n’est pas viable. Mais on nous a appris que le plus important était de développer des produits innovants basés sur des résultats scientifiques et au service des patients.
C’est avec cette philosophie qu’il y a 26 ans j’ai créé Hifas da Terra.
Quelle était votre idée à l’époque ?
Les champignons étaient déjà utilisés en médecine traditionnelle chinoise et il y avait énormément d’études publiées. Mais elles étaient éparses et ne respectaient pas le “gold standard” de la médecine occidentale.
L’idée était donc de relier les points et combler les vides avec des données scientifiquement robustes.
Nous avons commencé par étudier comment cultiver les différentes espèces de champignons, comment extraire leurs principes actifs et comment les doser. Nous avons ainsi développé des procédés précis, reproductibles et sûrs. En 2017, notre expertise dans ce domaine a d’ailleurs été reconnue par l’Académie royale de pharmacie d’Espagne.
Nous avons ensuite produit des compléments alimentaires à base de ces extraits dont nous avons testé les effets sur des cellules, puis sur des modèles animaux et enfin chez l’être humain.
Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans les champignons ?
Ils sont arrivés bien avant nous sur Terre et, comme ils ne peuvent pas se déplacer pour trouver un environnement favorable, ils ont dû s’y adapter.
Ce qui est incroyable aussi c’est leur effet sur le corps humain. Ils peuvent améliorer la cognition, l’immunité, la digestion…
Pourquoi avoir décidé d’orienter vos recherches vers les patients atteints de cancer ?
C’est un domaine que je connaissais puisque j’ai réalisé ma thèse dans ce domaine.
Mais je n’ai compris la réalité de cette maladie qu’en 2001 quand j’y ai été confrontée personnellement. Mon oncle, qui vivait à New York, avait été diagnostiqué d’un mélanome à 47 ans. Les médecins ont fait tout ce qu’ils pouvaient mais il en est décédé dans de grandes souffrances.
C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que les champignons pourraient aider les malades à mieux supporter la maladie.
À condition de fournir des preuves scientifiques de leur efficacité…
Et de leur innocuité. Avant que les oncologues n’acceptent de tester nos produits chez des personnes touchées par le cancer, il fallait d’abord prouver qu’ils n’interagiraient pas avec leurs traitements. Chose que nous avons faite avec l’aide de la Fundacion Medina, un centre de recherche à but non lucratif spécialisé dans les molécules innovantes. À notre connaissance, nous sommes les seuls à produire des compléments alimentaires à base de champignons qui offrent ce niveau de sécurité aux patients.
À LIRE AUSSI : Les compléments alimentaires à base de champignons ou de plantes ne sont pas sans danger lorsque l’on est sous traitement. Pour savoir pourquoi, jetez un oeil à l’encadré en bas de notre article sur les compléments alimentaires à base de curcuma, millepertuis, ginseng ou desmodium.
C’est ce qui vous a permis ensuite de conduire ces essais cliniques sur des patients atteints de cancer ?
En effet, nous avons développé une gamme de compléments alimentaires spécialement conçus pour les personnes touchées par un cancer, Mico-Onco©. Nous sommes en train de les évaluer dans le cadre d’essais cliniques respectant le “gold standard” de la médecine : une étude en double aveugle contre placebo. C’est une première.
Sur quoi portent ces études ?
Notre première étude a été conduite sur 47 patients atteints d’un cancer colorectal opérable. Ils ont été répartis dans 2 groupes. Pendant 3 à 4 semaines avant leur opération :
- un groupe a reçu un placebo ;
- l’autre groupe a pris notre complément Mico-Digest 2.0©.
Chez les patients ayant pris le complément, nous avons observé deux changements importants :
- une réduction de l’inflammation et,
- une modification du microbiote.
Les patients opérés par chirurgie classique, c’est-à-dire non assistée par robot, avaient aussi tendance à avoir moins de complications post-opératoires. Ces résultats n’étaient toutefois pas statistiquement significatifs.
Une étude complémentaire avec un plus grand nombre de patients serait nécessaire pour le confirmer et vérifier l’impact de notre complément sur l’évolution de l’état de santé des patients à long terme.
Vous avez également une étude en cours dans le cancer du sein ?
Tout à fait, cette fois avec notre complément Mico-Mama 2.0©. Nous avons réalisé 36 000 analyses biologiques pour comprendre ce qui se passe chez les patientes au niveau de leur système immunitaire, de leurs facteurs sanguins, de leur microbiote… Les résultats seront publiés prochainement.
1. Les hyphes de la terre. Les hyphes sont des structures du champignon essentielles à sa survie.