L’INCa présente son plan décennal de lutte contre le cancer et invite les Français à y participer

Le Pr Ifrah, président de l'INCa, présentait aujourd'hui le plan décennal de lutte contre le cancer selon 3 axes : la prévention, les séquelles et les cancers de mauvais pronostic. Nouveauté cette année : les malades, comme les non-malades, peuvent donner leur avis.

L'INCa a présenté aujourd'hui son plan décennal de lutte contre le cancer. Roseupassociation. Rosemagazine
L'INCa a présenté aujourd'hui son plan décennal de lutte contre le cancer. De gauche à droite : Thierry Breton, directeur de l'INCa, Norbert Ifrah, président, et Emmanuel Colin, responsable de la communication.

Ce matin, l’Institut National du Cancer (INCa) a dévoilé son nouveau plan de lutte contre le cancer. Cette fois, celui-ci s’étalera sur 10 ans (au lieu de 5 ans précédemment), « ce qui permet d’avoir un objectif ambitieux : 60 000 cancers de moins par an à l’horizon 2040 » explique le Pr Ifrah, président de l’INCa. Pour atteindre ce but, 220 mesures sont proposées (détaillées sur le site https://consultation-cancer.fr/) autour de 3 axes stratégiques : améliorer la prévention, limiter les séquelles et améliorer la qualité de vie, et lutter contre les cancers de mauvais pronostic.

Prévention

Le Pr Ifrah a commencé par rappeler ce chiffre martelé depuis maintenant plusieurs mois : 40% des cancers sont évitables par un changement de comportement individuel. Pour l’Institut, la prévention passera donc obligatoirement par un « virage » collectif. Premier facteur de risque pointé du doigt : le tabagisme, responsable de 45 000 décès par cancer par an. « Aux États-Unis, la mise en place d’une politique agressive de lutte contre le tabagisme a permis de réduire le risque de cancer du poumon chez l’homme de 6%. » Parmi les mesures proposées : la poursuite de l’augmentation du prix des cigarettes.

« Notre objectif : 60 000 cancers de moins par an d’ici 2040. » Pr Ifrah, président de l’INCa

L’Institut ferait-il porter la responsabilité du développement d’un cancer aux seuls malades ? « Non mais il est de notre responsabilité d’informer les Français sur les risques avérés, répond le Pr Ifrah. Nous ne voulons ni avoir un discours hygiéniste, ni culpabilisant. Il est évident qu’aucun cancer n’est mérité. Mais la prévention est un objectif important sur lequel il ne faut pas lâcher. »


Pour autant, la prise en compte des risques environnementaux n’a pas été écartée du plan de lutte. « Aujourd’hui nous estimons que 1 à 1,5% des cancers sont causés par des expositions environnementales. Ce chiffre est sans doute sous-estimé mais nous manquons de données scientifiques » reconnaît le président de l’INCa. « Parfois, la démonstration scientifique d’un risque peut prendre du temps, ajoute Thierry Breton, directeur général de l’INCa. Mais on ne reste pas l’arme aux pieds. Nous allons mettre en place des mesures pour réduire certaines expositions même s’il n’est pas encore prouvé qu’elles sont cancérigènes. » Le plan prévoit par exemple une amélioration de la qualité de l’air et un travail avec les collectivités locales pour que l’école ne soit la source d’aucune exposition, notamment aux perturbateurs endocriniens. La France participera également au programme de recherche sur l’exposome destiné à étudier l’impact de « l’ensemble des expositions combinées au cours de la vie, et ses conséquences sur la santé humaines (tous types de maladies, baisse de la fertilité,…) » peut-on lire sur le site consultation-cancer.fr.

« Aucun cancer n’est mérité. » Pr Ifrah

L’amélioration de la prévention passera également par une simplification de l’accès au dépistage. « L’adhésion aux programmes de dépistage organisé est insuffisant. Dans le cancer colorectal, il est seulement de 30 % alors qu’on sait que la prise en charge précoce de ce cancer permet d’améliorer son pronostic » indique Thierry Breton.

Les séquelles

Deuxième axe du nouveau plan décennal : la qualité de vie et les séquelles. Selon le rapport « La vie 5 ans après un diagnostic de cancer », 44,4% des malades estiment que leur qualité de vie est dégradée et 63,5% souffrent de séquelles. « Aujourd’hui, les répercussions sur la qualité de vie d’un médicament ne sont souvent pas étudiées. Il faudra dorénavant qu’elles soient évaluées au même titre que l’efficacité du produit» explique Thierry Breton. Les mesures proposées soutiennent ainsi la recherche dans la désescalade thérapeutique et le recours à une médecine de précision pour adapter au mieux les traitements et les dosages.

« On sait aussi que le cancer a un impact sur l’emploi. Nous avons donc réfléchi à des dispositifs qui permettent que davantage de malades continuent de travailler car cela a un effet bénéfique sur leur santé. Nous proposons par exemple une évolution du mi-temps thérapeutique » mentionne Thierry Breton.

Les cancers de mauvais pronostic

Dernier axe de la stratégie de lutte contre le cancer : les cancers de mauvais pronostic. « Il s’agit des cancers pour lesquels les chances de survie à 5 ans sont inférieures à 20%, et pour lequel, malgré les progrès de la recherche, le pronostic évolue peu. C’est le cas pour les cancers du pancréas, du foie mais aussi pour le cancer du sein triple négatif. » Offrir la possibilité de participer à des essais cliniques – notamment en Outre-mer-, assurer l’accès précoce aux médicaments innovants, développer la recherche, sont autant de mesures proposées par l’INCa.

Une consultation citoyenne

Nouveauté cette année : les propositions faites par l’INCa sont soumises à la consultation citoyenne. « Nous vous avons présenté nos propositions. Maintenant, c’est à vous de nous dire ce que vous priorisez, ce à quoi vous adhérez ou vous opposez » a déclaré le Pr Ifrah. Pour chaque mesure, tous les Français peuvent ainsi dire s’ils sont d’accord, mitigés ou pas d’accord avec le fait que la proposition permettra d’atteindre l’objectif fixé.

La plateforme laisse aussi la possibilité à tout un chacun – malade et non-malade – de soumettre de nouvelles idées. « Les participations seront prises en compte dans le plan que nous prévoyons de soumettre au gouvernement d’ici la fin de l’année ou en début d’année prochaine » précise le Pr Ifrah. Les contributions sont possibles jusqu’au 15 octobre.

Emilie Groyer