Quand Stéphanie chausse ses skis de fond et s’élance sur une piste, elle a « l’impression de danser ». Glissant d’un pied sur l’autre avec grâce, elle essaie de faire durer chaque appui sur la neige. Ses gestes créent une chorégraphie aérienne dans un décor souvent immaculé. Avant de commencer ce sport – à 32 ans –, elle en avait pratiqué bien d’autres, mais elle se souvient d’avoir tout de suite été séduite.
Philippe Denneulin, coach de ski santé à Bellevaux (Haute-Savoie), partage la même passion. Dès qu’on le lance sur le sujet, il ne tarit pas d’arguments pour vanter cette discipline, fondée sur la glisse et l’équilibre, et qui fait aussi beaucoup travailler la coordination. « Le risque de blessure y est moindre que dans le ski alpin. C’est aussi un sport qui se pratique au cœur de la nature, indépendamment des remontées mécaniques. En plus du décor, il y a les odeurs, les traces d’animaux, les sons… c’est magique ! »

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Une activité physique adaptée après un cancer
Paradoxalement, Stéphanie apprécie plutôt « le silence » qui accompagne ses sorties, elle qui vit à côté de la grouillante station de ski de Chamonix. « Entre ma vie de maman, ma double activité professionnelle et le cancer, c’est mon moment à moi. »
L’Anglaise, Haut-Savoyarde d’adoption, a 47 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer du sein. Les opérations et les traitements l’éloignent des pistes de ski pendant deux ans. Le retour n’est pas simple. Il lui faut du temps pour s’adapter à son nouveau corps, à ses capacités physiques amoindries. Ses sensations sont également différentes.
Mais le ski de fond l’aide à remonter la pente : « Tu peux facilement adapter tes séances en fonction de ta forme physique, de ton emploi du temps… Et t’arrêter quand tu veux, explique-t-elle. En ski de fond, une heure suffit. Pas besoin d’y passer la journée. »

Des cours sur mesure
Du côté de Grenoble, Rachel Ruelle a fondé l’association Flocon rose, il y a quatre ans. Si le ski alpin reste l’activité principale proposée à ses adhérents, le ski de fond y a aussi sa place : « Nous avons des personnes avec tous les types de cancer, parfois en plein protocole de soins, parfois en rémission. Le seul prérequis pour accéder à ce sport au sein de Flocon rose est de présenter un certificat médical autorisant la pratique sportive. »
Pour le reste, les coachs comme Rachel ou Philippe, formés par la Fédération française de ski, s’adaptent. « L’idée est avant tout de créer du lien pour des personnes isolées, et qu’elles retrouvent confiance. Le ski de fond est idéal pour ça, beaucoup n’auraient jamais essayé sans l’effet de groupe », poursuit Rachel.
Travaillant l’équilibre, ce sport de glisse peut intimider de prime abord, mais pour Philippe Denneulin, touché par un cancer de la vessie en 2017, tout le monde peut s’y mettre : « Une ou deux séances d’une heure suffisent pour intégrer les bases. On ne vise pas tout de suite les pistes rouges, on y va petit à petit. »
INFO +
Dans sa rubrique « Trouver un club », la Fédération française de ski répertorie tous les clubs de ski de France. N’hésitez pas à contacter ceux qui vous intéressent pour savoir s’ils proposent une section de ski adapté.
Un sport pour tous
Quand on est coaché par ce fan de glisse en tous genres, la progression se fait naturellement. On commence par marcher avec les skis sur du plat, avec et sans bâtons. Puis on apprend à chausser, à tomber et à se relever.
« La dynamique de groupe, la bienveillance jouent un rôle important dans l’apprentissage », souligne celui qui est aussi psychologue. Il met un point d’honneur à ce que tout le monde fasse la sortie ensemble, quelles que soient les différences de niveau. Il n’hésite d’ailleurs pas à lester les plus rapides, à leur ajouter des handicaps, afin d’harmoniser les rythmes. Il lui arrive même de tracter, à l’aide d’un élastique, ceux qui, épuisés par les traitements et leur quotidien, viennent quand même à la séance alors qu’ils ont peu d’énergie.
« En fait, en ski de fond, tout s’adapte. Même après une opération – avec l’aval du médecin –, on peut faire une sortie sans bâtons, ou avec un seul. Parfois, ça devient même un exercice pour tous les autres ! »
TROIS PISTES POUR PROFITER DE LA MONTAGNE SANS FORFAIT
- La + accessible : la marche nordique
Idéale pour reprendre une activité physique sans forcer. Grâce à l’utilisation des bâtons, elle soulage les articulations tout en faisant travailler l’ensemble du corps.
- La + douce : la raquette à neige
Elle ne demande pas de technique particulière et permet de s’échapper des coins fréquentés et tracés, en mode tranquille.
- La + complète : le biathlon
Dans ce sport où les Français brillent régulièrement au niveau international, le tir à la carabine est associé au ski de fond. L’un demande à la fois de la précision, de la concentration et du relâchement ; l’autre, de la vitesse. « Un sport extraordinaire, assure Philippe Denneulin, coach de ski santé et psychologue. Il permet de travailler sur la gestion des émotions, le souffle et la concentration. »
Quand le jeu dépasse l’enjeu
Avec Philippe, une séance doit toujours être ludique. Alors il invente sans cesse des petits jeux, des circuits originaux… « Un adulte, c’est juste un enfant qui a vieilli. Aller chercher cet enfant intérieur, c’est passionnant ! » s’exclame-t-il.
Surtout lorsque la partie de rigolade répare les corps abîmés. Après sa mastectomie bilatérale, le ski de fond a aidé Stéphanie à retrouver une mobilité au niveau des épaules, mais aussi à apaiser ses douleurs articulaires, apparues au niveau des pieds et des chevilles. « Il y a un vrai travail de proprioception qui se fait sans y penser », relève le coach.
Jérôme Lepage, kinésithérapeute et ostéopathe en station de ski, approuve : « C’est un sport fantastique pour la mobilité générale, le cardio et le bon fonctionnement des chaînes musculaires croisées, lesquelles vont stimuler les parties opérées et l’allongement des fibres, grâce aux bâtons. »
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Une façon de voyager
S’il fait travailler le corps symétriquement, le ski de fond, à l’image du vélo ou de la natation, présente aussi l’avantage d’être un sport « porté », donc sans chocs. En balade ou en mode sportif, il permet de se sentir léger.
Une sensation addictive qui a poussé Stéphanie à agrandir son terrain de jeux : elle voyage désormais de massif en massif avec ses skis, en quête de douceur et de nouveaux horizons…
Retrouvez cet article dans Rose magazine n°29