Ma vie sans cancérigène dans ma salle de bain

Est-il encore possible de se laver les dents, se faire un shampoing ou de se maquiller sans mettre en péril sa santé ?

Ma vie sans cancerigene dans ma salle de bain © Shutterstock

Après avoir essayé la semaine de se nourrir sainement, notre courageuse reporter a poursuivi sa croisade anti-cancérigène dans sa salle de bains.

JEUDI

Je ne sais pas vous mais, moi, j’ai la fâcheuse habitude de me laver les dents tous les matins. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai entamé le 1er jour de ma croisade anti-cancer dans la salle de bains. J’avais déjà enduit ma brosse à dents d’une pâte au fluor effet visible, lorsqu’une alerte sur mon smartphone m’avertit de la parution de la nouvelle étude de l’association UFC Que choisir, portant sur la nocivité de 400 cosmétiques vendus en France. C’est donc la bouche pleine et l’œil rivé au portable que je découvris la mention de mon dentif’ fluoré sur la liste noire de l’UFC.

Quoi ? Du Triclosan ? Du Triclosan sur mes dents ! Je recrachais illico la chose en réalisant avoir exposé, depuis des années, ma thyroïde et mes œstrogènes à ce satané perturbateur endocrinien. Je me rinçais la bouche et composais fissa le numéro de téléphone du chimiste, lanceur d’alerte et mon nouveau meilleur ami, André Cicolella.

–       C’est grave docteur ? questionnais-je, fébrile.
–        Ingrid, on fait actuellement face à une épidémie de cancers du sein et, plus globalement, de cancers hormono-dépendants. Or on sait que les perturbateurs endocriniens agissent comme des stimulateurs d’hormones. Et que l’exposition à ces perturbateurs est de plus en plus généralisée. Je vous laisse deviner le lien…  

Sentir des pieds ou avoir un cancer ? Le choix est vite fait !

J’entrepris donc derechef de me débarrasser de tout le Triclosan qui traînait dans ma salle de bains : Adieu mon Eau nettoyant purifiant visage et corps peaux grasses, Adieu lingettes intimes pour muqueuses sensibles, que j’utilise après la gym, adieu poudre asséchante anti-transpirante pour pieds. Sentir des pieds ou avoir le cancer du sein ? Mon choix fut assez vite fait. Tant pis pour mes voisines de bureau !

Après avoir passé deux heures à m’user les yeux sur les étiquettes de ces différents cosmétiques – toutes rédigées en « pattes de mouches corps moins 8 » –  je décidai de télécharger sur mon portable l’application CLEAN BEAUTY super appli qui décode d’un simple scan le contenu de vos cosmétiques. Hésitant entre mon Gel de douche (à l’huile d’argan bio) et celui de mon homme, qui ne jure que par son Savon pour le corps au jasmin immortel d’une marque qui fleure bon la Provence, je me résolus à prendre les deux étiquettes concurrentes en photo. La peste ou le choléra ? J’avais le choix de me laver avec un gel au Propylparaben ou un produit contenant de l’ethylhexyl methoxycinnamate. Je ne vous ferai pas croire que mon cœur a hésité longtemps entre ces deux perturbateurs endocriniens : je me suis lavée à l’eau tout court avant de regagner mon bureau, bien décidée à faire le point sur la (beaucoup trop) grande familles des parabens.

Pas les fesses mais les dents !

Alors que je croyais naïvement que les industries de la cosmétique avaient cessé d’utilise des parabens dans leurs produits, je découvris que le Propylparaben et le Butylparaben – leurs initiales sont P et B, comme dans « Pas Bons » pour votre santé –étaient exclusivement interdits dans « les produits sans rinçage destinés aux enfants de moins de 3 ans et devant être appliqués sur la zone du siège ». Bref, pas le droit d’enduire les féfesses des enfants avec du paraben ; en revanche aucun problème pour leur en tartiner quotidiennement les dents (divers dentifrices pour kids en regorgent). Et, puisque dans le merveilleux monde de la chimie, même l’origine du monde se frotte aux cancérigènes, on trouve des parabens dans bon nombre de lingettes intimes, mais aussi de lotions, crème et autres onguents.

VENDREDI

Depuis que je me lave le corps et les dents à l’eau, je passe moins de temps dans la salle de bains. A défaut de sentir bon, j’ai envisagé un instant d’être jolie à regarder. Un peu de fond de teint, du mascara, et un rouge vif déposé sur mes lèvres ? L’idée m’a fait rêver 10 secondes mais l’appli Clean beauty a tranché : CIRC. Les industriels ont donc remplacé cette substance par du BHT dans la plupart des cosmétiques. Mais comme l’histoire se répète souvent et que les familles partagent fréquemment les mêmes tares, le BHT, ce proche parent du BHA, est également suspecté par l’ANSES d’être un perturbateur endocrinien. Mes envies de Mascara Volume Beauty ‘full – BHT included – ont fondu comme neige au soleil et j’ai même dû balancer mon déodorant à la pierre d’alun et beurre de karité…et BHT par la fenêtre.

Bien décidée à vivre sans mascara, je me suis séparée de mon démaquillant, avant même de découvrir qu’il contenait de la cyclopentasiloxane, énième substance chimique aux propriétés de perturbation endocrinienne (mais rien à voir avec le vélo).

« Le cancer ne passera par moi », ai-je ensuite théâtralement écrit en rouge sang sur le miroir de ma salle de bains, avec mon vernis à ongle, contaminé au cyclomachinchos.

Oui je sais, c’est stupide. Mais ça m’a fait du bien.

Ingrid Seyman

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