Les perturbateurs endocriniens

Ils sont partout et la liste de leurs méfaits supposés fait froid dans le dos : cancers hormonodépendants, diabète, troubles de la fertilité… Qui sont-ils  ? Éléments de réponses.

Muesli

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques qui altèrent le système hormonal, impliqué dans le contrôle de diverses fonctions de l’organisme (le métabolisme, le développement, la croissance, la reproduction…). Bien qu’il n’existe pas de liste officielle, on soupçonne plus de 800 substances d’être des perturbateurs endocriniens. La plus connue est certainement le bisphénol A.

« Certains sont nocifs à des doses élevées, et à nouveau à plus faible dose. »

Présent dans les plastiques en polycarbonate, ce produit chimique et industriel favoriserait la puberté précoce, altérerait la fonction thyroïdienne, augmenterait le risque de diabète et de fausses couches et serait associé aux cancers hormonodépendants (ovaires, sein et prostate). Son utilisation dans la fabrication des biberons est interdite par l’Europe depuis 2011. Et, en 2015, la France a encore élargi la mesure à l’ensemble des contenants alimentaires. Également présents dans les plastiques, les phtalates sont, eux, associés aux cancers du sein, des testicules et du foie. Les dioxines favoriseraient les cancers du sein, les lymphomes non hodgkiniens et les myélomes multiples (chez l’homme uniquement), tandis que le chlordécone augmenterait le risque de cancer de la prostate et altérerait la production de spermatozoïdes. Quant aux parabènes (utilisés dans les cosmétiques et les médicaments), des doutes subsistent sur leurs effets cancérigènes…

Des travaux de recherche complexes…

Il existe, depuis 2005, un Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE), soutenu par le ministère de l’Environnement. Mais les travaux se heurtent à la difficulté d’établir leurs effets supposés sur la santé. En cause, des caractéristiques propres à ces substances et au fonctionnement du système hormonal : « Certaines substances sont par exemple nocives à des doses élevées, puis sans effet notable à une dose intermédiaire, et à nouveau nocives à une dose plus faible, explique Rémy Slama, épidémiologiste à l’Inserm et président du comité scientifique du PNRPE. De telles situations rendent peu pertinente la définition d’une dose limite. » À cela s’ajoute l’« effet cocktail » : la toxicité de certains PE découlerait de leur interaction avec d’autres PE ou de l’addition des effets délétères de chacun. De même, leur nocivité dépend de la période d’exposition, la vie fœtale apparaissant souvent comme la plus à risques. Autant de paramètres qui rendent les recherches compliquées.

Et les dernières propositions de la Commission européenne ne vont pas simplifier les choses : le 15 juin dernier, l’institution a rendu un rapport visant à mieux définir les perturbateurs endocriniens pour mieux les encadrer. Si ce texte est adopté, le fait qu’une substance ait un effet sur une fonction animale qui n’existe pas chez l’humain ne suffirait pas à la classer comme PE pour l’homme, ce qui « pourrait remettre en cause le principe de l’effet sentinelle de la faune jusque-là utilisé », déplore Rémy Slama. Du coup, les PE « présumés » n’existeraient tout simplement plus. Seuls les PE « avérés » (dont les effets ont été observés sur une fonction animale partagée par l’homme) seraient reconnus.

Amélie Pelletier

Retrouvez le dossier sur les perturbateurs endocriniens de L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles)