Un carrelage brillant, des vitres sans traces, des vêtements qui sentent bon les fleurs de printemps… On rêve toutes d’une maison qui respire la propreté à tous les étages ! Sans compter qu’une bonne hygiène de vie passe aussi par un intérieur net et sain. Mais, lorsque l’on suit une chimiothérapie ou une radiothérapie, l’utilisation de certains produits ménagers peut provoquer des réactions cutanées et même aggraver certains effets secondaires des traitements contre le cancer.
« Sous l’effet des traitements, la peau a tendance à s’assécher et à moins jouer son rôle de barrière. Elle est de fait plus sensible aux produits agressifs tels que les détergents », explique Hédi Chabanol, experte des effets secondaires cutanés à l’Institut Curie.
L’exposition à ce type de produits peut augmenter la xérose, autrement dit la sécheresse cutanée, mais aussi « provoquer des irritations et des urticaires », souligne Prescilia Wrobel, socio-esthéticienne à la Maison RoseUp Paris et sur la plateforme M@maison RoseUp.
Par ailleurs, les substances chimiques qui entrent dans ces compositions ont tendance à agresser les ongles, déjà fragilisés par les produits de chimiothérapie : « Les ongles vont devenir encore plus cassants, ce qui favorise le risque d’infection », précise encore Prescilia.
Gare au marketing des produits ménagers
La potentielle toxicité de ces substances sur l’environnement et notre santé a notamment été relevée par les travaux de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), laquelle affirme que : « Outre leurs effets immédiats (vertiges, nausées, irritations cutanées…), les produits ménagers pourraient exposer, à long terme, à d’autres risques plus sérieux : cancer, difficultés respiratoires, troubles de la reproduction… »
En cause ? La présence de substances réputées génotoxiques, neurotoxiques ou irritantes. Certaines sont aussi soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens : chlore, phosphates, ammoniacs, composés organiques volatils (COV), parfums chimiques, biocides, parabènes…
Depuis quelques années, les fabricants ont élaboré une offre de produits prétendus « propres », qui trônent en bonne place dans les rayons des supermarchés. Mais derrière un marketing bien rodé se cachent des formulations qui font encore beaucoup appel à la chimie de synthèse.
Méfiance notamment face aux étiquettes rétro qui donnent l’impression d’un produit authentique ou celles qui montrent des montagnes et de jolies petites fleurs ! « Les codes visuels laissent à penser qu’un produit ne présente aucun problème pour l’environnement et la santé, mais la réalité peut être tout autre, alerte Emmanuel Chevalier, ingénieur au centre d’essais comparatifs de l’Institut national de la consommation. Rien ne garantit qu’il n’y a pas de substances controversées dans sa composition. »
ADOPTEZ LES BONS RÉFLEXES !
1. Portez systématiquement des gants de ménage.
2. Rincez les surfaces nettoyées.
3. Aérez pendant et après le ménage.
4. Nettoyez le plus souvent possible à la vapeur d’eau ou avec des chiffons humides.
5. Évitez les sprays, même naturels, qui créent des microgouttelettes atteignant facilement les alvéoles pulmonaires.
Du « naturel » pas vraiment naturel
Les industriels sont passés maîtres dans l’art de nous tromper… sans nous mentir. Ainsi, ledit naturel qu’ils mettent en avant n’est pas l’assurance d’avoir affaire à un produit sain, loin de là. Sans doute avez-vous déjà repéré en rayon des produits qui annoncent en caractères gras et grand format du bicarbonate, du savon noir ou encore du savon de Marseille, comme s’il s’agissait d’uniques ingrédients, ou tout au moins d’ingrédients principaux.
En réalité, ils sont parfois incorporés en quantité dérisoire. « Lorsqu’on étudie de façon poussée la liste des ingrédients d’un produit annonçant “Savon de marseille” par exemple, on se rend compte qu’il y a peut-être 0,9 % de sa composition qui correspondrait à cet élément, affirme Emmanuel Chevalier. Si le pourcentage n’est pas indiqué, dites-vous bien qu’il n’y en a pas beaucoup ! »
Prudence enfin avec les mentions du type « 98 % d’ingrédients naturels » ou « à base de produits naturels », qui ne sont pas le gage d’une absence de substances potentiellement nocives. Et consulter le détail de la composition ne vous aidera pas à y voir plus clair. D’abord « parce qu’une substance chimique entrant dans la composition d’un produit nettoyant peut avoir jusqu’à 28 noms ou synonymes différents ! » rapporte Sylvie Metzelard, rédactrice en chef du magazine 60 millions de consommateurs.
Ensuite parce que, contrairement à celle de produits cosmétiques par exemple, la vente de produits ménagers n’est pas soumise à l’obligation réglementaire d’afficher la liste complète des ingrédients qui entrent dans leur composition. Généralement, seules trois ou quatre substances sont citées. Quid du reste de la composition ?
Quand ça sent trop bon, ce n’est pas bon
Demeure l’idée reçue selon laquelle un logement propre doit sentir bon. « Une maison saine, c’est une maison qui ne sent rien ! avertit Florence Clément, responsable de la mobilisation du grand public, des jeunes et de l’éducation à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il faut se méfier des produits au parfum intense. »
Car les parfums de synthèse, très utilisés dans les produits industriels, notamment dans les lessives et assouplissants, ne sont pas sans impact sur notre santé. « Pour obtenir des odeurs tenaces, les quantités et les concentrations sont très importantes. Sinon, le parfum ne resterait pas sur les surfaces rincées à l’eau claire ou les vêtements lavés. »
Or, ces substances sont souvent très allergisantes et peuvent provoquer des réactions cutanées importantes, d’autant plus lorsque l’on est sensibilisé par un traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie.
« De manière générale, pour le linge, nous conseillons aux personnes en cours de traitement de ne pas utiliser d’assouplissant et de choisir une lessive hypoallergénique sans parfum, comme pour les bébés, explique Prescilia Wrobel. Les lessives classiques peuvent augmenter l’irritation de la peau et provoquer des démangeaisons insupportables. Leur usage est encore plus risqué en cas de radiodermite. »
Autre ombre au tableau : les produits d’entretien parfumés émettent des composés organiques volatils qui polluent l’air intérieur et pénètrent dans les voies respiratoires. « Méfiez-vous aussi des sprays assainissants, même ceux aux huiles essentielles vendus en pharmacie, insiste Florence Clément. Ils ne sont jamais 100 % naturels et ne retirent in fine rien à l’air ambiant. Au contraire, ils y ajoutent des substances qui peuvent être délétères pour votre santé. »
4 BASIQUES 100% NATURELS
Avec ces ingrédients sains et efficaces, vous pourrez tout faire, ou presque, en y ajoutant une bonne dose d’huile de coude !
• Vinaigre blanc ou acide citrique : détartrant, assouplissant, adoucissant, assainissant.
• Bicarbonate de soude : dégraissant, détartrant, désodorisant, antiseptique léger. Les cristaux de soude ont les mêmes propriétés, mais sont plus puissants et plus irritants.
• Percarbonate de soude : assainissant, détachant, blanchissant.
• Savon noir : nettoyant, dégraissant, antiseptique. Le savon de Marseille est une option plus douce.
Bientôt un label Toxi-score ?
Comment choisir ? En gardant toujours en tête que santé et environnement sont souvent liés et qu’« un produit pas très écolo n’est généralement pas terrible pour la santé non plus », résume Florence Clément. Peut-on pour autant se fier les yeux fermés aux labels écologiques ?
Si pour la spécialiste de l’Ademe ils sont ce qui se fait de « moins pénalisant possible pour l’environnement et la santé humaine », la vigilance reste de mise, car tous les labels ne se valent pas. Le logo Cleanright, par exemple, a été créé par le syndicat professionnel européen des industriels de la détergence et repose sur un cahier des charges peu contraignant…
Trois labels garantissent un niveau d’exigence rassurant pour le consommateur : Ecolabel, Ecocert Ecodétergents et Nature & Progrès. Un projet de Toxi-score est également à l’étude à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Il permettrait d’évaluer la toxicité des produits nettoyants et désinfectants sur le modèle du Nutri-score dans l’alimentaire.
« En raison de la complexité du sujet et de la nécessité d’étudier différentes méthodes de calcul, les résultats de ce travail ne sont pas encore disponibles, nous indiquait en octobre 2024 la direction générale de la Santé. Santé Publique France sera mandatée le cas échéant pour proposer un étiquetage illustratif associé, par exemple sous forme de score ou de code couleur. » À suivre donc.

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Privilégier les produits bio 100% naturels
En attendant, dans ce paysage finalement moins vert qu’il n’y paraît, les produits bio et 100 % naturels (sans pétrochimie) distribués en circuit spécialisé ou sur internet font la différence ; leur composition y est d’ailleurs souvent plus transparente.
Attention toutefois de les choisir non parfumés, car les huiles essentielles, aussi naturelles soient-elles, peuvent être allergisantes, voire toxiques. « Moi qui suis très pro-huiles essentielles, je conseille de ne pas les utiliser pour le ménage, surtout lorsque l’on est sensibilisé par des traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie, parce que s’y exposer à répétition peut avoir une incidence sur la santé et provoquer allergie, irritation, maux de tête… » explique Sylvie Hampikian, experte pharmaco-toxicologue.
Ces options moins risquées présentent cependant un inconvénient de taille : leur prix, souvent élevé. Dès lors, pourquoi ne pas choisir des ingrédients bruts, peu coûteux, et revenir aux bonnes vieilles recettes de grand-mère ?
Dans Avec cinq ingrédients je fais tout, Sylvie Hampikian en a compilé une soixantaine, pour tout nettoyer dans la maison. Elle nous en a sélectionné trois, simples et faciles à comprendre, à retrouver dans cet article.
Mais gardez en tête que, à partir du moment où un produit est destiné à décaper, dégraisser ou nettoyer, il ne peut pas être totalement doux pour vous ! « Le savon de Marseille est par exemple connu pour assécher la peau, rappelle Hédi Chabanol. Quel que soit le produit, aussi naturel soit-il, la prévention n°1 consiste à se protéger avec des gants lorsque l’on fait son ménage. Dans tous les cas, pensez à bien hydrater vos mains pour les aider à mieux tolérer les agressions extérieures. » La crème des conseils !
Retrouvez cet article dans le Rose magazine n°28
Par Cécile Blaize et Laure Marescaux

• Je nettoie tout ! Avec trois fois rien, de Bruno Ginesty, éd. Marabout
• Ménage écolo, efficace et économe. Recettes et conseils antigaspi, d’Anke Schmidt, éd. Terre vivante