Ma vie sans cancérigène au quotidien

Après avoir testé alimentation et cosmétiques, c’est notre vie quotidienne que notre journaliste a mis au banc d’essai. Boire de l’eau, prendre le métro, respirer ou travailler : et si nos conditions de vie étaient devenues cancérigènes ?

Ma vie sans cancerigene au quotidien © Shutterstock

SAMEDI

Ah j’ai ri ! J’avoue avoir ri en découvrant ce matin que 7 personnalités du monde écologique – dont Nicolas Hulot Himself – avaient accepté de passer leurs cheveux au détecteur de perturbateurs endocriniens.  Les résultats, communiqués par l’ONG Générations Futures  sont sans appel : 100% de ces 7 personnalités présentent des traces de biphenols, phtalates, pesticides et autres PCB dans leur cuir chevelu…alors qu’on peut aisément supposer que ces 7 hommes et femmes là surveillent, plus que d’autres – et que moi, en tout cas ! – leur alimentation comme leur hygiène de vie au quotidien. J’ai ri…et tout de suite après j’ai envisagé de cesser de boire, respirer, marcher dans la rue ou prendre les transports en commun, en réalisant que l’environnement dans lequel j’évolue tous les jours – que je mange et me lave bio ou pas – était devenu dangereux !  

J’ai donc commencé par fermer les fenêtres de mon appartement, puisque 6 à 11% des décès par cancer du poumon seraient attribuables à une exposition chronique aux particules fines (selon Clean Air for Europe Programme)…et que je vis en plein cœur de Paris.  J’ai ensuite été me servir un verre d’eau du robinet, en me pinçant le nez même si cela ne sert à rien contre les pesticides. Car oui, selon un autre rapport publié par l’ONG Générations futures en janvier dernier, l’eau de nos canalisations, comme des rivières et de nos nappes phréatiques serait aujourd’hui considérablement polluée…et notamment au glyphosate, un herbicide communément utilisé en Europe, classé cancérigène probable par le CIRC. Mais que fait la police de l’eau, me demanderez-vous ? Et bien elle laisse faire de plus en plus, comme l’explique François Veillerette, de générations futures, dans un article publié par Libération : « Avant 2010, dès qu’on atteignait 20% de la valeur sanitaire maximale autorisée, une interdiction temporaire de consommation était décidée par le préfet. Depuis 2010, il faut atteindre 100% de la valeur maximale autorisée ».

Tout ça m’a évidemment fait grincer des dents et par conséquent remonter comme un goût de bisphénol A dans la bouche…ce qui n’est même pas une métaphore puisque j’ai découvert dans l’ouvrage dédié à l’épidémie de cancer du sein, écrit par le lanceur d’alerte André Cicolella que les résines dentaires – et moi j’en ai eu un paquet car j’ai la carie très facile – comportent toujours ce perturbateur endocrinien là dans leur processus de fabrication. Si vous avez mal à la tête rien que d’y penser : ne faites surtout pas comme moi qui ai essayé d’avaler un doliprane sans eau pour réduire mes apports en pesticides. En effet pas moins de 4000 médicaments – dont le doliprane –comportent dans leur formule le colorant E171 (également utilisé pour donner bonne mine aux chewing gum et autres confiseries pour enfants), connu pour déclencher, après seulement 100 jours d’ingestion, des lésions précancéreuses sur nos amis les rats. 

Je me suis couchée groggy en oubliant d’avaler ma pilule. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose puisque je la prends depuis que j’ai 17 ans. Et que le CIRC a classé cancérogène chez l’humain la contraception orale prise avant l’âge de 20 ans. J’ai donc passé la nuit à rêver de ma future ménopause…et d’une vie sans tampons, dans lesquels une étude de 60 millions de consommateurs a retrouvé l’an dernier des traces de dioxines et autres résidus de dérivés halogénés.

DIMANCHE

Je me suis réveillée avec une furieuse envie de propre. J’ai donc attrapé du bout de mes mains gantées 2 grands sacs poubelles – la plupart étant contaminés au Triclosan…un puissant perturbateur endocrinien – avant de faire le ménage. J’ai jeté mes vielles poêles Téflon, toutes revêtues d’acide perfluorooctanoïque, ce perturbateur endocrinien qui migre dans les aliments pendant la cuisson…et qui est aujourd’hui la 3ème substance synthétique la plus présente dans les tissus humains ! Pour éviter de contaminer mon appartement avec des doses supplémentaires de Triclosan ou d’Alkyphénols (un autre perturbateur endocrinien) fréquemment contenus dans les produits ménagers classiques, j’ai lavé mon intérieur au vinaigre blanc, façon 19ème siècle. 

Après, je suis sortie rendre visite à une amie hôtesse de l’air, qui habite en banlieue. J’ai pris ma respiration juste avant de pénétrer dans la gare RER de la station Saint Michel, me bouchant le nez pour éviter de respirer les 90 à 120 microgrammes de particules fines qui y polluent l’air en permanence, selon une étude d’Airparif. Quand on sait que la circulation alternée est rendue obligatoire dans les rues de la capitale lorsque le seuil de 50 microgrammes – de particules fines dans l’air – est atteint 2 jours consécutifs…on se dit que l’air extérieur est finalement bien plus pur que celui qu’on respire dans le RER !

J’avoue ne pas avoir osé confier à mon amie Céline que, comme la plupart des professionnels fréquemment privés de la lumière du jour – et notamment le personnel hospitalier – elle était bien plus exposée au cancer du sein que les actifs de jour. En 2007, le Circ a en effet classé le travail de nuit comme cancérogène probable et évalué l’augmentation du risque de 14 à 109%, en fonction des professions. Le mécanisme impliqué met en œuvre la mélatonine, qui est une hormone sécrétée en réponse à la diminution de la lumière ambiante. En même temps mon amie Céline aurait certainement pu me répondre que les journalistes ont 4 fois plus de chance de développer un cancer du sein que les autres femmes. Ce qui constitue une excellente raison de mettre le point final à ce papier…et de préserver ma santé.

Ingrid Seyman

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Dans mon assiette
Dans ma salle de bain