« Le jeune ne s’autorise plus à affronter ses parents »

Face au cancer de sa mère, l’adolescent a besoin d’un adulte référent dans son entourage avec qui il pourra parler de la maladie. C'est l'avis de la psychanalyste Nicole Landry-Dattée.

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Illustration : Nazario Graziano

Qu’est-ce qui se joue au moment de l’adolescence ?

L’enfant se métamorphose. Physiquement, bien sûr, avec la puberté et les transformations physiques qu’elle entraîne, mais aussi par la découverte de nouvelles sensations, qui l’amène à une quête identitaire. Le jeune ayant résolu son complexe d’œdipe va être obligé d’explorer l’extérieur pour vivre ses pulsions, avec parfois un sentiment de culpabilité, celui d’abandonner ses parents. Pour ne pas se sentir coupable, il a besoin de déconsidérer ses parents, de les juger has been ou complètement ringards.
En les désidéalisant, il s’autorise à investir d’autres adultes.

En quoi le cancer du parent peut-il affecter cette métamorphose ?

Lorsque la maladie survient, toute la difficulté est d’investir d’autres lieux et d’autres personnes. Le jeune sait qu’on a besoin de lui à la maison et ne s’autorise plus à affronter ses parents pour s’autonomiser. Il ne peut le faire que s’il sent ses parents suffisamment solides pour supporter la tension qu’il engendre.
Il est prisonnier de désirs contradictoires, la nécessité de protéger son parent malade et son besoin d’investir l’extérieur. C’est d’ailleurs encore plus difficile lorsque la famille lui demande d’être présent. Il se sent obligé d’aider et ne peut rejoindre son groupe d’amis. Peut alors naître le sentiment d’être différent des autres.

En même temps il vit des choses difficiles dans le cercle familial…

Absolument. La maladie les fait mûrir. Les adolescents expriment souvent leur difficulté à rire de broutilles, de choses sans importance comme ils le faisaient avant.
Ils sont confrontés à des questions existentielles : la mort de leur parent, bien sûr, mais aussi la leur. Or il est très difficile de partager son angoisse de mort, de perte
du parent et ses propres bouleversements internes avec le groupe. Il est donc important de s’assurer que l’adolescent a dans son entourage un adulte référent avec qui il peut parler.

Propose recueillis par Juliette Viatte

* Créatrice, en 1994, et coanimatrice avec un médecin, pendant dix-huit ans, du premier groupe de soutien aux enfants de parents malades au sein de l’unité de psycho-oncologie de Gustave-Roussy.