Veuves de l’amiante : le combat sans fin

Ils travaillaient au chantier naval, dans les usines sidérurgiques de Dunkerque et de sa région. Exposés sans protections à l’amiante, ils en sont morts. Depuis vingt-cinq ans, leurs veuves se battent pour obtenir un procès pénal…

Les veues de l'amiante se battent pour obtenir la vérité - roseupassociation - rosemagazine

Son nom figure encore sous la sonnette de sa maison, achetée il y a trente-sept ans dans le paisible quartier balnéaire de Dunkerque pour y vivre avec son épouse, Yvette, et leurs enfants. Mais Jean Loyer n’ouvrira pas la porte. Sa place en bout de table reste vide quand grands et petits-enfants se retrouvent à Malo-les-Bains. Le fauteuil du salon où il avait ses habitudes, aussi. Même Jacno, le petit chien plein d’audace que les enfants ont offert à Yvette il y a sept ans, ne s’y hasarde pas. Ni Jacno ni les trois chats qui se prélassent dans la petite cour fleurie ne peuvent combler l’absence de Jean.

En 2014, le Dunkerquois « pure souche », qui ne ratait ni un carnaval ni un match du club de foot, qu’il avait d’ailleurs entraîné, et qui occupait sa retraite entre balades à vélo et pêche aux moules, a été fauché par un cancer de la plèvre. Le crabe avait déjà essaimé au cerveau quand il est allé à l’hôpital. Il se plaignait de maux de tête, perdait des mots. On lui a fait passer une série d’examens, on craignait un AVC. Quelques jours plus tard, le verdict est tombé : « Vous avez un cancer de l’amiante. » Un mésothéliome. « Et j’ai attrapé ça où ? » a demandé Jean. « Là où vous avez travaillé, Monsieur. » Élégante sous ses courts cheveux blancs, s’excusant des larmes qui lui montent, Yvette, 73 ans, se souvient « comme si c’était hier de la dégringolade. La maladie a été diagnostiquée fin avril. Six mois après, il n’était plus là. Tout ça parce qu’il avait changé de travail pour nous offrir une maison, du confort, et des études pour les enfants ! ».

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Chaque premier mercredi du mois, les « veuves de l’amiante » se rejoignent dans les locaux de l’Ardeva. Un moment de partage autour d’un café. Un exutoire aussi pour évacuer leur colère.

Des hommes sans protections

Ex-imprimeur, Jean s’était fait embaucher à l’usine des Dunes (Ascometal), à Leffrin­ckoucke, au nord du grand port. Première grosse aciérie implantée dans le Dunkerquois, au début du XXe  siècle, elle a compté jusqu’à 3 300 salariés, en plein boom industriel. « Mon mari y a travaillé entre 1973 et 1988… Assez pour attraper ce qu’il ne fallait pas », souffle Yvette. Dans le département du Nord, le taux d’incidence du cancer broncho-pulmonaire est supérieur de 24 % à la moyenne nationale, officiellement à cause du tabac, selon Santé publique France. Jamais l’amiante n’est mentionné dans les facteurs de risque. Ça, Yvette ne s’y résout pas.

Un an après le décès de Jean, elle a rejoint l’Ardeva, l’Association régionale de défense des victimes de l’amiante du Nord - Pas-de-Calais. Depuis sa création, en 1996, cette structure aide les familles à faire valoir leurs droits, et se bat pour obtenir un procès pénal de l’amiante en France : pour rendre justice à « ceux qui travaillaient pour gagner leur vie, pas pour la perdre ». Jean n’est pas le seul à avoir attrapé l’amiante, comme on dit ici. Combien de victimes ? « On ne sait pas exactement », se désole Pierre Pluta, président et fondateur de l’Ardeva. Ouvrier à Dunkerque aux Chantiers navals du Nord et de la Méditerranée (Normed) pendant vingt-cinq ans, le mince septuagénaire souffre lui-même d’une fibrose des poumons, surveillée de près. L’association, dont le téléphone ne cesse de sonner, compte 2 000 adhérents, « parmi lesquels 791 femmes, dont il a été reconnu par la Sécurité sociale que le décès de leurs maris est consécutif à l’inhalation d’amiante. On en est à 5 000 dossiers montés pour aider des familles à faire reconnaître la maladie professionnelle et à obtenir une indemnisation », recense Pierre. Les archives, qui occupent trois pans de mur à la cave, bien serrées du sol au plafond, donnent un sinistre aperçu du désastre.

Dans chaque maison de la rue ouvrière où Ginette Handschoewercker vit, à Leffrinckoucke, « il y a des “morts du poumon”. Ils travaillaient tous à l’usine », soupire la veuve de 83 ans. Son mari, Lucien, y était pontonnier depuis l’âge de 14 ans. Il en avait 58 quand il est mort d’un carcinome bronchique, en 1994. Il avait été opéré quatorze ans plus tôt : « On nous avait dit que c’était pour une bulle d’air dans le poumon. Quand il a eu mal dans le bras, le médecin a dit : “C’est de l’arthrose, ce n’est pas mortel.” Puis il a eu des bronchites à répétition. Il maigrissait, ne mangeait plus. Il avait droit à des piqûres. Finalement, un médecin remplaçant s’est opposé à ce qu’il reprenne le travail avant d’avoir passé une radio. Il y a vu quelque chose et l’a envoyé à l’hôpital. » Ginette soupire : « Quinze ans d’enfer. Mais à ce moment on ne savait pas… » L’amiante, elle n’en a entendu parler qu’un an et demi après le décès de Lucien : « L’hôpital m’a appelée pour que je vienne chercher des papiers, là on m’a annoncé que la mort de mon mari n’était pas naturelle, que c’était sans doute à cause de l’amiante ! C’était la première fois que j’entendais ce mot. »

« Je me battrai jusqu’à ce que je n’en puisse plus, pour qu’on reconnaisse que la mort de
Daniel n’était pas naturelle » Bernadette.

Les ouvriers côtoyaient pourtant l’amiante tous les jours. Il y en avait dans les plaques de métal que Serge Le Veziel découpait pour faire des coffrets de panneaux électriques. Entre 1975 et 1986, avant de monter un commerce avec sa femme, à Gravelines, il était électricien au chantier naval. « Au moindre coup de scie, ça dégageait de la poussière. Dès qu’il balayait, ça remontait. Mais il travaillait comme les autres, sans protections. Seuls les peintres avaient droit à un masque », se souvient sa veuve, Marjorie, qui était alors aussi à la Normed, mais côté bureaux. Pierre Pluta confirme : lui aussi n’avait que son bleu de travail, un casque et des gants. « Ouvrier ajusteur, je n’étais pas censé être au contact de l’amiante. Mon travail, c’était de mettre des moteurs dans les compartiments moteurs des navires, aussi hauts que des immeubles. Dans les ateliers, tous les corps de métier travaillaient ensemble. Il y avait tellement de solidarité, on était comme des frères. Quand les calorifugeurs arrivaient pour floquer les compartiments, une partie du produit retombait : il neigeait de l’amiante ! Si on en avait plein le nez, on se mouchait un coup et on continuait. Le soir, au vestiaire, on secouait nos bleus pour ne pas ramener trop de poussière chez nous. » Sans autre forme de mise en garde. « Vous croyez franchement que, si on avait su, mon mari aurait rapporté une plaque d’amiante à la maison pour que je pose le pot à frites dessus ? » s’indigne Bernadette, à Grand-Fort-Philippe, au sud de Dunkerque. De sa passion des voyages, partagée avec ce mari dont le portrait en jeune marin trône sur le buffet, il ne reste que les souvenirs et des photos. Daniel est mort en 2017, à 72 ans, d’un cancer du poumon lié à l’amiante, après une carrière d’ajusteur à l’usine sidérurgique Sollac Lorraine (ArcelorMittal), à Grande-Synthe, et trois ans de maladie.

L’amiante : mortel « miracle »

Comment savoir, alors que l’amiante (ou asbeste) était glorifié par l’industrie mondiale depuis la fin du XIXe  siècle et la révolution industrielle ? Il avait carrément été baptisé minéral miracle ou or blanc. Pas chères, ces fibres blanches cristallisées par certains minerais rocheux offraient une résistance incroyable à la chaleur. En 1997, on recense 3 000 produits courants qui en contiennent. On s’en sert partout : dans la sidérurgie, la construction navale, ferroviaire et automobile ; pour garnir les plaquettes de frein, les faux plafonds ou les portes coupe-feu ; pour isoler les installations électriques, les fours, chaudières, chauffe-eau… et même les grille-pain. On le file, on le tisse, on l’incorpore dans des colles, des peintures et le fameux Fibrociment, qui recouvre garages et abris de jardin. Pour éviter l’effet « tour infernale » en cas d’incendie, de nombreux bâtiments scolaires, universitaires et des bureaux sont floqués à l’amiante. Et on en importe à tour de bras : jusqu’à 178 000 tonnes en 1974. En 1991, la France en est encore le premier importateur mondial, et 70 % de tout cet amiante débarque… au port de Dunkerque. Mortel miracle ! 400 à 2 000 fois plus fines qu’un cheveu, ses fibres s’envolent comme un rien dans l’air ambiant et s’engouffrent dans les voies respiratoires. Les experts sont aujourd’hui formels : quel que soit le seuil d’exposition à ces fibres, leur accumulation dans les alvéoles pulmonaires laisse des traces. Irréversibles, sournoises. Marjorie l’a douloureusement éprouvé. Le mésothéliome a emporté son mari en 2007 : « Je pense qu’il a été touché très tôt. En 1981, il s’était mis à tousser anormalement. Beaucoup, sans fièvre, mais à en avoir des haut-le-cœur. On ne comprenait pas pourquoi. On lui a donné de la pénicilline, et ça a finalement disparu. à la fin de 2003, alors qu’il était un grand sportif et qu’il n’avait jamais souffert de bronchites, il a commencé à être très fatigué. Pendant des mois, il a souffert le martyre, mais les radios ne montraient rien. En fait, il avait déjà de l’eau dans la plèvre… »

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En vingt-cinq ans d’existence, l’Ardeva a fait l’objet de quantité d’articles de presse. Ils relatent les différentes actions de cette association de victimes de l’amiante pour obtenir que soient enfin jugés ceux qui laissaient travailler Jean Loyer et tant d’autres dans des nuages d’amiante qu’ils savaient mortels.

Les ravages de l’amiante progressent lentement. Les premières lésions, des plaques pleurales, le plus souvent asymptomatiques, n’apparaissent pas avant quinze ans en général. L’asbestose, une fibrose qui rend les poumons moins élastiques et provoque un essoufflement croissant, peut se déclarer au bout de dix à quinze ans. L’exposition à l’amiante augmente par cinq le risque de développer un cancer du poumon jusqu’à trente ou quarante ans après. Même délai pour le mésothéliome. Forme fulgurante d’atteinte de la membrane qui entoure les poumons (la plèvre), c’est le cancer de l’amiante. Chaque année, 1 100 cas sont diagnostiqués chez les hommes. Dans neuf cas sur dix, on retrouve une exposition professionnelle à l’amiante, relevait en 2019 un rapport de Santé publique France. Sa toxicité n’était pourtant pas un mystère.

Le lien entre amiante et surmortalité pulmonaire a été souligné dès le début du XXe  siècle. Au fil des connaissances médicales, il est devenu si évident que le Circ (Centre international de recherche sur le cancer) – agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – a classé l’amiante comme cancérogène avéré, en 1973. Les prémices d’un scandale sanitaire ont émergé peu après, quand Henri Pézerat, docteur en physique au CNRS à la faculté de Jussieu, à Paris, s’est penché sur la poussière blanche qui tombait du plafond dans son laboratoire. Il identifie de l’amiante, comprend sa toxicité en épluchant la littérature scientifique et découvre que sa fac et les usines en sont truffées, dans une indifférence générale. Révolté, il met en garde le comité intersyndical local, et publie un premier livre, Danger ! Amiante, qui alerte sur l’hécatombe à venir. On est en 1977. Il faudra pourtant attendre vingt ans et les révélations d’un rapport d’expertise de l’Inserm, qui prédit au moins 100 000 morts à l’horizon 2025-2030, pour que la France se décide enfin à emboîter le pas à sept autres pays européens et interdise toute utilisation d’amiante.

Un silence généralisé

Pendant toutes ces années, les industriels ont déployé leur énergie à minimiser le danger, pour empêcher qu’on les prive de leur or blanc. Ils ont même financé une organisation informelle pour ça : de sa création, en 1982, à sa dissolution par le gouvernement français, en 1995, le Comité permanent amiante (CPA) promeut un « usage raisonné » de l’amiante, au nom de la préservation de l’emploi. « Un modèle de lobbying, de communication et de manipulation », jugera une mission du Sénat en 2005. Pendant tout ce temps, « tout le monde s’est tu, syndicats compris », gronde Marjorie. « Les médecins du travail savaient », sourit tristement Pierre Pluta, devant la façade de briques de son ancien atelier, transformé en complexe sportif, dans un quartier où les vestiges du chantier laissent place à des résidences. « Les premiers documents du comité d’hygiène et de sécurité mentionnant les risques de l’amiante, précisant que tous ceux qui étaient en contact devaient passer des visites médicales, datent de 1970 ! En fouillant, on a retrouvé la trace de comptes rendus, et même un répertoire de primes d’insalubrité, qui incluaient l’amiante. On nous a laissés travailler là-dedans, sachant qu’on allait en crever ! »

Les veuves de l'amiante se battent pour obtenir la vérité - roseupassociation - rosemagazineLe faire reconnaître se révèle un combat interminable. Un cauchemar « de paperasses qui ajoutent de la souffrance à la souffrance », souffle Bernadette devant ses 30 cm de boîtes de classement. Pour que la Sécurité sociale reconnaisse la maladie professionnelle et pouvoir réclamer une indemnité du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), instauré en 2001, il faut à chaque fois fournir des liasses de documents. Des certificats de travail, mais aussi toutes sortes d’attestations : « de la part d’anciens collègues qui travaillaient au même endroit ; de copains de club de foot, pour prouver que votre mari était bien sportif ; et même des enfants, pour raconter comme ils l’ont vu souffrir ! » s’indigne Yvette. « C’est comme si on voulait nous mettre des bâtons dans les roues », juge Marjorie. Il y a cinq ans, elle s’est aussi mise à tousser subitement : « Je me suis dit, ça y est, je prends le même chemin… » Soumise, depuis, à des scanners de surveillance réguliers, elle pourrait demander aux tribunaux à être indemnisée d’un préjudice d’anxiété. Elle en soupire d’avance : « Il va encore falloir un tas de pièces justificatives. On nous demanderait presque de prouver à quelle heure, à quel endroit et devant quels témoins on a sniffé de l’amiante ! »

Pour toutes ces veuves, la reconnaissance par la Sécurité sociale du lien entre le décès de leurs maris et la maladie professionnelle, qui ouvre le droit à une rente et au Fiva, ne suffit pas : « On a été indemnisées, c’est vrai. Mais, cet argent, je le rends tout de suite si on me rend mon mari. Je ne veux pas de compassion, mais la vérité », insiste Yvette. Comme toutes les autres femmes, sœurs ou filles des victimes, elle attend un procès pénal. Qui ne vient pas… Les premières plaintes – contre X pour empoisonnement, blessures involontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et abstention délictueuse d’obligations de sécurité – ont été déposées en 1997. Depuis, les familles n’ont pas cessé de réclamer « le jugement des empoisonneurs », en manifestant jusqu’à Paris, et plus d’une fois.

Pas question de lâcher

Durant une année, en 2004, elles ont défilé chaque semaine autour du palais de justice de Dunkerque : « 140 veuves en tête de cortège, et parfois des enfants », se souvient Pierre. Pour montrer que le drame ce sont les vraies vies envolées en poussière, elles brandissaient des pancartes avec des photos de leurs maris. « Je ne sais plus combien il y en a eu de ces marches, mais je les ai toutes faites, en pleurant, cachée derrière la photo de Lucien », murmure Ginette. Les veuves plus « récentes » ont rejoint de nouveaux cortèges en 2009, puis en 2017, comme Yvette. Depuis, les pancartes rangées au sous-sol de l’Ardeva ressortent au moins une fois par an, pour être dressées devant la stèle érigée en hommage aux victimes de l’amiante par la Ville, près de l’ancien chantier naval. Mais rien n’y fait. Depuis 1996, le volet judiciaire du scandale de l’amiante, morcelé en plusieurs dossiers instruits au pôle de santé publique du tribunal de Paris, se résume à une procédure à rebondissements et sans succès. Aucun épisode de cet interminable feuilleton n’a permis d’aboutir à un procès.

Le dernier non-lieu a été rendu en avril  2021, dans le dossier de la Normed. Les juges d’instruction ont estimé qu’il n’était pas possible d’établir l’existence d’une faute des responsables mis en examen. Les yeux bleus de Pierre Pluta lancent des éclairs : « Comment comprendre ce “pas de faute” ? Que c’est la nôtre peut-être ? Moi j’ai la chance d’être encore en vie, mais cette notion de “pas de coupable” est insupportable pour celles qui ont vu leur mari souffrir. » Blessées, elles sont aussi épuisées. Dans la salle de l’association, où elles se retrouvent chaque mois, sous une immense photo en noir et blanc du chantier naval à son apogée, les veuves partagent le café, et même des éclats de rire pour se soutenir, mais aussi leur peur : voir le combat mourir… faute de combattants. Tous ceux qui peuvent être mis en cause, localement comme dans les hautes sphères de l’ex-Comité permanent amiante, vieillissent, et elles aussi : Georgette, pilier de la première heure, vient d’avoir 90 ans et ne se déplace plus en ville.

Leur ultime espoir pour forcer la justice à bouger : la citation directe. Cette procédure permet de convoquer directement devant un tribunal correctionnel l’auteur présumé d’un délit dont on s’estime la victime, en enquêtant soi-même pour récolter et fournir toutes les preuves. Même si cela réveille encore leur douleur, elles l’ont fait : l’Ardeva a rassemblé 2 478 plaintes par citation directe, des victimes et de leurs familles pour en saisir directement la justice. « On ne lâchera pas », jurent les veuves. « Un procès ne fera revenir personne. Mais on veut entendre les responsables nous dire : “oui il y avait de l’amiante, oui on savait”, et nous demander pardon, résume Marjorie. C’est aussi pour l’avenir : pour que tout le monde sache qu’on ne peut pas répandre des cochonneries sans en être puni. »

Claudine Proust

Photos : Anne-Charlotte Compan