Dépistage : le pif des chiens, c’est pas gadget!

A l'heure des nanotechnologies, l’idée prête à sourire… Pourtant, Thor, malinois éduqué par les experts cynophiles a prouvé sa capacité à détecte des cancers du sein !

les chiens renifleurs de tumeurs RoseUp Association Face aux cancers osons la vie

L’idée d’utiliser le flair des chiens pour dépister des cancers du sein est né dans l’esprit d’Isabelle Fromantin. Cette infirmière à Curie,  titulaire d’une thèse de doctorat sur les odeurs des plaies tumorales, obtenue à l’École supérieure de physique et de chimie de Paris (ESPCI), a cherché à déceler l’odeur des cancers:  «Je me suis documentée sur les publications ayant trait aux ”composés volatils marqueurs du cancer du sein”. J’ai constaté qu’une dizaine d’équipes dans le monde travaillaient à des ”nez électroniques” capables de détecter des cancers à l’odeur. »

Plutôt que développer des techniques chères, pourquoi ne pas s’appuyer sur la finesse exceptionnelle du nez canin, se dit-elle… D’autant que des chiens « reniflent » déjà dans certains pays (États-Unis, Italie) les cancers de la prostate. « L’objectif de ce projet KDOG est de lancer une campagne de recherche clinique visant à créer un label scientifique pour les chiens renifleurs, précise Isabelle. Si leur sensibilité est avérée, ils deviendront outils de diagnostic : il suffira à une femme de porter un linge sur son sein puis de l’envoyer à un laboratoire. Cette technique ouvre des perspectives aux pays pauvres, où de nombreux cancers du sein ne peuvent pas être détectés. »

Un projet financé grâce à Ulule

Après avoir levé 100 000 euros grâce à une campagne de financement participatif sur internet et le test grandeur nature (cinq mois de travail) achevé, Thor et Hunter ont été recrutés. Ces deux bergers malinois élevés par l’armée de l’air pour détecter la présence de stupéfiants ou d’explosifs, ont donc reniflé des échantillons de lingettes contenant – ou non- des extraits de tumeur du sein. Tandis que le premier chien se concentre sur la transpiration, l’autre se concentre sur le tissu contenant la tumeur. À l’issue de ces premiers tests, les chiens ont interverti leur rôle. Cette seconde étape vise à confirmer la présence des mêmes « composés volatiles du cancer du sein » (des odeurs quoi !) dans la sueur ou les tumeurs, en quantité différente mais toujours détectable par l’odorat du chien.

Piloté par l’expert cynophile Jacky Experton, le projet s’appuie sur des sessions filmées et des tests en aveugle. L’Institut Curie a ensuite envoyé à l’expert des tissus tests numérotés dont certains seront portés par des femmes en bonne santé et d’autres atteintes de cancer du sein. Les chiens devaient déterminer s’il s’agit de patientes malades ou indemnes. Les résultats de cette étude préliminaire ont été présentés à l’Académie de médecine, avec un taux de 100 % de réussite pour les deux malinois. Des résultats encourageants qui devront être confirmés par une étude clinique en cours. 

Céline Dufranc