Six femmes se glissent dans des chefs d’oeuvre de la peinture

Qu’est-ce qu’être belle ? Six femmes malades se glissent au cœur de chefs-d’œuvre de la peinture. Et deviennent, avec leur histoire, leurs blessures, les nouveaux visages de la beauté.

Du cancer à l'œuvre © François Rousseau

Mélanie Thobois, 41 ans –  La Jeune fille à la perle, de Johannes Vermeer

La Jeune à la perle ©François Rousseau

« J’ai accepté cette séance photo pour mes enfants, pour qu’ils soient fiers de moi! Lorsque j’ai commencé les traitements, j’ai dû arrêter de travailler. Depuis, je reste chez moi et j’avoue que j’ai été assez heureuse d’en sortir, de participer à un projet dont j’étais actrice. Lorsque mes enfants ont su que j’avais été choisie par Rose Magazine pour participer à une aventure photographique, ils étaient aussi heureux et émus que moi! Cela signifiait que je m’extrayais de la maladie. La Jeune Fille à la perle est une œuvre qui me « parle »: elle est douce et pose un regard apaisé sur la vie. Cela me va bien: je m’accepte telle que je suis, sans cils ni sourcils – même si leur perte a été plus difficile que celle des cheveux, finalement. C’est mon visage de transition. »

Sandrine l’Ara, 47 ans – La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix

La Liberté guidant le peuple ©François Rousseau

« Ce shooting a été un vrai défi ! Pour moi qui suis très pudique et qui ai toujours, dans ma carrière d’actrice, refusé de me montrer nue, il s’agit d’un engagement fort. Je l’ai avant tout fait pour Rose Magazine, qui a été un soutien important dès l’annonce de mon cancer et dans les années qui ont suivi. Cette photo me permet aussi de montrer que certaines femmes refusent la reconstruction mammaire et s’assument ainsi. C’est mon cas. Je suis fatiguée des hôpitaux, des opérations et j’ai choisi de vivre désormais sans sein… Incarner la pasionaria de La Liberté guidant le peuple m’a tout de suite emballée: ce tableau illustre à la fois ma liberté, mon choix de rester une « amazone » et aussi le combat de tous les malades contre le cancer. C’est un symbole très fort. »

Delphine Molès, 38 ans – La Joconde, de Léonard de Vinci

La Joconde ©François Rousseau

« Quand j’ai accepté la séance photo, c’était avant tout pour envoyer un message positif aux lectrices du magazine: malade, chauve ou fatiguée, nous restons des femmes et nous ne devons pas avoir honte de notre image. Rose Magazine a été pour moi une bouffée d’oxygène pendant les traitements et je veux participer à ce journal qui m’a fait tant de bien à un moment particulièrement difficile! Cette photo illustre aussi cette période de ma vie, une épreuve qui me changera pour toujours. Lorsque le projet nous a été dévoilé, mon mari m’a dit en plaisantant: « Tu vas être La Joconde! » Il avait raison. Je me trouve belle sur cette image. Aujourd’hui, je peux me regarder plus sereinement dans un miroir. »

Découvrez le portrait de Delphine, notre Joconde, en vidéo :

Magali Legleye, 38 ans – Le Violon d’Ingres, de Man Ray

Le Violon d’Ingres ©François Rousseau

« À travers ce shooting, je voulais montrer que l’on peut faire de belles photographies, être un « modèle » artistique, même lorsqu’on souffre – ou que l’on a souffert – d’un cancer. Aujourd’hui, je peux affirmer que je suis fière de mes cicatrices de reconstruction: elles me font souffrir encore physiquement mais elles représentent ma victoire sur la maladie. Personnellement, je n’ai pas peur de regarder – ni de montrer – ces cicatrices. D’ailleurs, mon mari, qui adore la photographie en général et Man Ray en particulier, était aussi enthousiaste que moi ! »

Anne-Sophie, 34 ans (à gauche) et Anne-Cécile, 35 ans (à droite) – Gabrielle d’Estrées et sa soeur, peinture anonyme

Anne-Sophie : « J’ai accepté de poser pour Rose Magazine car je veux aider les autres femmes atteintes de cancer en donnant à voir ce qu’est une reconstruction mammaire. J’ai aussi envie de montrer qui je suis vraiment: nombreux sont ceux dans mon entourage qui ignorent que je porte une prothèse. Et même si désormais je me considère comme guérie, je garde encore des douleurs et des séquelles du cancer. Aujourd’hui, à travers cette photo, j’assume aux yeux de tous la maladie. J’assume les marques qu’elle a laissées sur mon corps. C’est une nouvelle étape de ma vie. Je suis fière d’en être capable. »

Anne-Cécile : « Figurer dans ce sujet photo est un immense défi pour moi. J’ai beaucoup de mal à accepter mon corps dépourvu de sein. J’ai longtemps pensé que cet état ne serait pas définitif et que je bénéficierais d’une reconstruction. Hélas, j’ai appris il y a quelques mois que je resterais sous chimio, probablement à vie. Et qu’il n’y aurait sans doute pas de reconstruction possible. Pour cette photo, il a fallu que je trouve le courage de me mettre à nu, de montrer un corps que je ne reconnais plus. Mais j’ai besoin d’avancer. Et cette image m’y aide. Prochaine étape: me mettre en maillot de bain. 2014 va être l’année de tous les changements ! »

Photo :  François Rousseau
Réalisation : Camille Jourdan