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Vous avez été diagnostiquée d’un cancer et, depuis que vous avez commencé les traitements, vos règles sont chaotiques voire absentes ? Vous avez des bouffées de chaleur ? Votre libido est en berne ? Vous souffrez peut-être de ménopause précoce induite.
Avant de se pencher sur la cause de ces perturbations, revenons rapidement sur ce qui se joue dans le corps quand l’heure de la ménopause approche.
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La ménopause : un épuisement du stock folliculaire
La réserve folliculaire
Les femmes viennent au monde avec, au sein de leurs ovaires, un nombre déterminé et limité de follicules. Ce sont ces follicules qui renferment les ovocytes (ovules immatures).
Le nombre initial de follicules varie d’une femme à l’autre. C’est ce qu’on appelle la réserve ovarienne. Contrairement aux hommes qui produisent des spermatozoïdes toute leur vie, ce stock ne se renouvelle pas. Au contraire, il se réduit au cours du temps.
Le cycle menstruel, une dégradation progressive des follicules
Au début de chaque cycle menstruel, une vingtaine de follicules se développent et se mettent à produire des oestrogènes. Parmi ces follicules, un seul – appelé follicule de De Graaf – va jusqu’au bout de sa maturation et libère un ovule. Il démarre alors la production de progestérone. Les autres follicules se dégradent.
En parallèle, sous l’action des oestrogènes et de la progestérone, la muqueuse utérine (ou endomètre) s’épaissit pour se préparer à accueillir l’ovule s’il y a fécondation. Si cette dernière ne se produit pas, l’endomètre est éliminé sous la forme de règles.
La ménopause naturelle et induite
Quand le stock de follicules est épuisé, la production d’hormones chute, les règles s’arrêtent. Quand cet arrêt se prolonge pendant 12 mois consécutifs, on parle officiellement de ménopause.
Habituellement, la ménopause survient entre 45 et 54 ans. Toutefois, les traitements du cancer peuvent :
- avancer l’âge auquel elle aurait démarré naturellement en réduisant le stock folliculaire ;
- mimer ses effets en bloquant les hormones.
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Les traitements du cancer qui réduisent le stock folliculaire
La chimiothérapie
La chimiothérapie agit en détruisant les cellules qui se divisent. Les follicules sont donc particulièrement sensibles à ce traitement lors de leur phase de croissance.
Certaines chimiothérapies sont toutefois plus toxiques que d’autres pour les ovaires. C’est le cas par exemple des agents alkylants comme les cyclophosphamides, l’oxaliplatine ou le cisplatine.
La radiothérapie pelvienne
Lorsque la radiothérapie cible la zone du bassin, les ovaires peuvent se retrouver dans la trajectoire des rayons et être endommagés.
L’impact de la radiothérapie sur le stock folliculaire dépend de la dose délivrée mais aussi de votre âge : plus vous êtes jeune, mieux vos ovaires résisteront aux rayons.
La chirurgie ovarienne
Bien évidemment, la chirurgie, lorsqu’elle concerne les ovaires, réduit considérablement le nombre de follicules restants. Le stock folliculaire sera divisé par 2 en cas d’ovariectomie unilatérale, c’est-à-dire si un seul ovaire est retiré. Il sera totalement détruit si les 2 ovaires sont retirés.
Les traitements du cancer qui bloquent les hormones sexuelles
Les hormonothérapies sont des traitements qui neutralisent l’action des oestrogènes. Ces traitements n’ont pas d’impact sur le stock folliculaire et donc, sur l’âge de survenue de la ménopause. En revanche, ils en miment les effets.
Il existe plusieurs classes d’hormonothérapies. Elles diffèrent par leur mécanisme d’action sur les hormones.
Le tamoxifène
Cette hormonothérapie empêche les oestrogènes de se fixer sur leurs récepteurs. Sous tamoxifène, les ovaires continuent donc de produire des oestrogènes mais ces hormones sont incapables de délivrer leur message.
Les anti-aromatases
Ces hormonothérapies empêchent la production d’oestrogènes par les tissus périphériques. C’est le cas du létrozole, de l’anastrozole et de l’exémestane.
Les analogues de la LH-RH
Ces hormonothérapies bloquent la production d’oestrogènes par les ovaires. C’est le cas de la goséréline, de la leuproréline et de la triptoréline.
Les dégradeurs des récepteurs aux oestrogènes (SERD et PROTAC)
Ces hormonothérapies détruisent les récepteurs aux oestrogènes. Comme sous tamoxifène, les hormones continuent donc de circuler mais ne sont pas en mesure d’assurer leurs fonctions.
Ménopause induite par les traitements : réversible ou définitive ?
La ménopause induite peut n’être que transitoire : les cycles menstruels sont suspendus le temps des traitements et reprennent une fois ceux-ci terminés, dans un délai plus ou moins long. Dans certains cas, la ménopause est toutefois définitive.
Plusieurs facteurs entrent en jeu : le mécanisme d’action du traitement mais aussi votre âge à l’arrêt du traitement.
Cas des traitements qui réduisent le stock folliculaire
Nous l’avons vu, le stock folliculaire ne se renouvelle pas. Si le traitement a endommagé la totalité de vos follicules restants, la ménopause sera définitive.
En revanche, s’il vous reste des follicules à l’issue de votre protocole de soins, vos cycles reprendront. Selon la toxicité du traitement, mais aussi la capacité de vos follicules à redémarrer leur développement, vos règles peuvent revenir dans un délai de 4 mois à plusieurs années.
Cas des traitements qui miment l’effet de la ménopause
Les hormonothérapies masquent les effets des cycles menstruels puisqu’en général, elles sont accompagnées d’un arrêt des règles. Elles n’arrêtent toutefois pas le temps : durant toute la durée du traitement, vos follicules continuent de se dégrader normalement.
La réversibilité de leur effet va donc dépendre de votre réserve ovarienne au moment du début des traitements.
Prenons 2 exemples :
- Si vous démarrez votre hormonothérapie à 30 ans et que celle-ci vous est prescrite pour 5 ans, il est probable que vous retrouviez un cycle quand vous aurez fini votre traitement, en général un mois après.
- En revanche, si votre cancer a été diagnostiqué alors que vous aviez 42 ans et que votre protocole prévoit 7 ans d’hormonothérapie, il est possible que vous soyez ménopausée lorsque vous l’arrêterez à 49 ans.
À VOIR AUSSI : Vous voulez en savoir plus sur la ménopause induite par les traitements du cancer ? Regardez le replay de notre webinaire animé par le Dr Christine Rousset-Jablonski, gynécologue au Centre Léon Bérard, spécialiste de la ménopause, de la sexualité pendant et après cancer et de la fertilité.