Le mélanome uvéal est une forme rare de cancer de l’oeil, difficile à traiter, qui deviendra métastatique dans un tiers des cas. « Les métastases se localisent la plupart du temps dans le foie, sans qu’on sache vraiment pourquoi » complète le Dr Rodrigues.
Les patients sont alors traités avec du tebentafusp (Kimmtrak®), un anticorps bispécifique, capable de se fixer sur 2 cibles à la fois : sur le CD3 exprimé par les lymphocytes, et sur le gp100 exprimé par les mélanomes. Cet anticorps rapproche les cellules du système immunitaire des cellules tumorales, facilitant ainsi leur action.
Ce traitement, qui a révolutionné la prise en charge du mélanome uvéal il y a quelques années, n’est toutefois efficace que chez 2/3 des patients présentant un HLA particulier.
Modifier les cellules du système immunitaire pour les rendre plus efficaces
Cette année à l’ESMO, une nouvelle technologie a été présentée : celle des TCR T-cells. « Il s’agit de prélever les cellules immunitaires du patient, de modifier génétiquement les récepteurs à leur surface pour qu’ils reconnaissent la tumeur, avant de les lui réinjecter » explique le Dr Rodrigues.
Encore préliminaires, les résultats d’une étude testant IMA203, un TCR T-cells capable de reconnaitre la protéine PRAME exprimée à la surface des mélanomes, ont montré que ce traitement était capable de réduire significativement la taille de la tumeur chez plus de la moitié des patients.
« Il s’agit maintenant de déterminer si cette réponse est durable. Les TCR T-cells sont des traitements complexes qui coutent chers » précise le Dr Rodrigues.
D’autres traitements prometteurs
Le Dr Rodrigues a également présenté les résultats de l’essai PLUME dans lequel une combinaison entre une immunothérapie anti-PD1 et une thérapie ciblée était testée : le pembrolizumab (Keytruda®) et le lenvatinib (Lenvima®). « Les résultats sont encore préliminaires mais ils sont encourageants, surtout chez les patients préalablement traités par tebentafusp » commente le Dr Rodrigues.
L’étude CHOPIN quant à elle, a choisi de combiner 2 approches : l’une systémique, l’autre locale. La première a consisté à réveiller le système immunitaire grâce à une double immunothérapie : le nivolumab (Opdivo®) ciblant PD1 et l’ipilimumab (Yervoy
®) ciblant CTLA-4. La seconde, à traiter les métastases hépatiques en injectant une chimiothérapie directement dans le foie. « Habituellement, l’immunothérapie seule ne fonctionne pas bien. Le fait de « taper » en même temps sur le foie semble mieux fonctionner » observe le Dr Rodrigues.
« Toutes ces pistes doivent encore être confirmées mais il s’agit d’avancées majeures dans une maladie pour laquelle nous avions peu de traitements jusque-là » conclut l’oncologue.
À REGARDER : Retrouvez le décryptage du Dr Rodrigues en direct de l’ESMO