Nursing touch : deux doigts de magie

Ambiance feutrée, lumière tamisée… Sous les doigts d’Isabelle, dans le salon de beauté de la maison Rose, à Bordeaux, Patricia découvre le nursing touch. Doux comme une caresse.

Patricia soulage les patientes atteintes de cancer par la caresse
Photo : Quentin Salinier

«Êtes-vous bien confortable ? », demande Isabelle Linol, praticienne en santé naturelle, après avoir recouvert Patricia d’une couverture moelleuse. La jeune femme tente de tourner la page d’un cancer du sein. « Quand on me l’a découvert, l’an dernier, la Maison Rose venait d’ouvrir », raconte-t-elle. Aujourd’hui en rémission, elle multiplie les occasions de se faire du bien. Allongée sur le ventre, elle ferme les yeux pendant qu’Isabelle saupoudre ses mains de talc, puis les passe et les repasse sur l’arrière de ses jambes, en les effleurant très lentement. « L’important, ce n’est pas ce que font mes mains sur votre corps, c’est ce que vous ressentez », murmure la praticienne, bénévole à la Maison Rose. « Chaque mouvement est répété trois fois selon une trame précise, explique-t-elle. La première correspond à une phase d’alerte, la deuxième à une phase d’acceptation et la troisième à une phase de relâchement. Le rythme, toujours le même, berce physiquement et mentalement. »

« J’ai la sensation de retrouver mon âme d’enfant, à travers les caresses d’une maman »

Isabelle a fait de l’accompagnement par le toucher son sujet de mémoire de fin de formation à l’École internationale de santé bien-être (EIBE) de Toulouse.
Ce « toucher plaisir » a été mis au point en 2009 par Wendy Belcour, directrice de l’EIBE : « Je cherchais alors une technique d’accompagnement par le toucher qui soit facile, qui puisse être pratiquée en quelques minutes si nécessaire, qui traiterait le patient avec énormément de respect et de bienveillance. Après plusieurs formations dans des hôpitaux d’Angleterre, j’ai découvert des massages vraiment adaptés au milieu hospitalier. Avec un collègue toulousain, j’ai ensuite ajouté à mes nouvelles connaissances l’étude de la prise en charge de la douleur par effleurage de l’épiderme, le long des méridiens : c’est ainsi qu’est né le Nursing Touch, dont la marque est déposée. »

Bercée par les mains d’Isabelle, Patricia se relâche. Ses muscles, tendus, se dénouent peu à peu, un petit sourire flotte sur son visage… « J’ai la sensation de retrouver mon âme d’enfant, à travers les caresses d’une maman », murmure-t-elle. Si la technique est relativement simple, c’est la qualité de la relation et l’attention portée à la personne qui font la force du Nursing Touch. « La douceur du toucher, la faible intensité de la pression font qu’il n’y a aucune contre-indication, sauf lésion cutanée ou allergie au talc, précise Isabelle. On peut le pratiquer sur des enfants, des femmes enceintes, des personnes hospitalisées, des personnes âgées, des malades… Selon le contexte, on peut aussi n’effleurer qu’un bras, un dos, un visage, une main… »

Moment de partage

Seule l’EIBE enseigne le Nursing Touch. À ce jour, 500 personnes ont été formées, des personnels soignants (aides-soignants, infirmiers, kinés…) ainsi que des praticiens en santé naturelle, des naturopathes, des éducateurs spécialisés…

Aujourd’hui utilisée dans les Ephad et les maisons de retraite, la technique a d’abord intégré les services d’oncologie et de soins palliatifs de l’oncopôle de Toulouse et le service de soins palliatifs de l’hôpital Joseph-Ducuing, à Toulouse également. Pour Gaëtan Vilfrid, praticien en santé naturelle, « si ce soin s’adresse à tous, et particulièrement aux personnes atteintes de maladie chronique (fibromyalgie, cancer, Alzheimer…), c’est un outil extraordinaire en soins palliatifs. Il répond au besoin de “faire quelque chose” quand il est trop difficile d’être “simplement présent”. C’est une réponse partielle au sentiment d’impuissance dont souffrent les familles et qui permet de se dire des choses, sans forcément les prononcer. C’est pourquoi la pratique du Nursing peut être aisément transmise aux aidants familiaux, qui peuvent ainsi prendre part à l’accompagnement ».

« Ce moment de bien-être, d’échange et de partage entre celui qui donne le soin et celui qui le reçoit peut ensuite être rangé dans une boîte à secrets »

Anne-Sophie Dehove, diplômée de l’EIBE depuis mars 2015, en a fait l’expérience auprès de son père, atteint d’un cancer. « En plus de soulager sa douleur, cela lui apportait une formidable détente, raconte-t-elle. Il se sentait flotter, avait le sentiment, me disait-il, de déconnecter du monde. Cela m’a permis de partager des moments privilégiés avec lui. » Depuis son décès, c’est tout naturellement qu’Anne-Sophie s’est tournée vers le centre Ressource de Montauban, pour « soulager d’autres patients ». Nul besoin d’être un professionnel du bien-être pour se lancer. À la Maison Rose, Isabelle propose d’initier les couples et les aidants au Nursing Touch. « Ce moment de bien-être, d’échange et de partage entre celui qui donne le soin et celui qui le reçoit peut ensuite être rangé dans une boîte à secrets. De ceux que l’on sort quand on traverse un moment difficile. » Isabelle l’appelle aussi le « toucher magique ».

Céline Dufranc