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Un ADC, c’est quoi ?
Un ADC est un médicament hybride composé de 3 parties :
– un anticorps capable de se fixer à une protéine présente à la surface de la tumeur,
– une chimiothérapie destinée à détruire la tumeur de l’intérieur,
– un lien chimique (aussi appelé linker) qui relie la chimiothérapie à l’anticorps.
À LIRE AUSI : Les anticorps, dans le domaine du cancer, on en entend parler à tout va. Mais qu’est ce que c’est et quelle est leur utilité en oncologie ? Voici 3 applications de ces molécules dans le traitement du cancer.
Comment ça marche ?
La destruction de la cellule tumorale par un ADC se fait par étapes :
- Le ciblage : l’ADC s’ancre sur la cellule cancéreuse grâce à son anticorps.
- L’internalisation : l’ADC pénètre dans la cellule (par un mécanisme appelé endocytose).
- La libération : à l’intérieur de la cellule, le lien entre l’anticorps et la chimiothérapie est coupé.
- La destruction : la chimiothérapie ainsi libérée détruit la cellule.
- La diffusion : la chimiothérapie sort de la cellule cancéreuse et se diffuse dans les cellules cancéreuses voisines. Cet effet, appelé bystander, est observé avec certains ADC. Il permet d’élargir le champ d’action de l’ADC à des cellules qui n’expriment pas la cible de l’anticorps.

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En quoi les ADC sont-ils différents d’une chimiothérapie classique ?
Une chimiothérapie classique circule librement dans tout l’organisme. Elle s’attaque aux cellules qui se divisent rapidement – qu’elles soient cancéreuses ou non – d’où des effets secondaires bien connus comme la chute des cheveux, les nausées ou la fatigue.
Avec un ADC, la chimiothérapie est comme verrouillée par l’anticorps. C’est uniquement lorsque celui-ci atteint sa cible et pénètre dans la cellule cancéreuse que la chimiothérapie est libérée. Ce mécanisme permet, en théorie, d’utiliser des molécules de chimiothérapie beaucoup plus puissantes que celles employées classiquement, tout en épargnant davantage les tissus sains.
Cette précision n’élimine toutefois pas tous les effets secondaires.
Pourquoi provoquent-ils quand même des effets secondaires ?
La réponse tient à plusieurs mécanismes, liés à la fois à la chimiothérapie embarquée et à la cible visée par l’anticorps.
L’instabilité du lien chimique
Bien que le lien entre la chimiothérapie et l’anticorps soit conçu pour se rompre uniquement à l’intérieur de la cellule cible, il arrive que la chimiothérapie se détache prématurément, alors que l’ADC est encore dans la circulation sanguine. Les effets secondaires qu’il provoque dépendent alors du type de chimiothérapie qu’il transporte, comme nous le verrons plus loin.
L’effet « bystander »
Comme évoqué plus haut, certains ADC libèrent leur chimiothérapie de façon à atteindre les cellules cancéreuses voisines, même si elles n’expriment pas la cible. Ce mécanisme peut aussi conduire la chimio à toucher des cellules saines situées à proximité de la tumeur.
La spécificité de la cible
Bien que la protéine ciblée par l’anticorps soit particulièrement abondante à la surface des cellules cancéreuses, elle peut aussi se trouver sur des cellules saines. Les effets secondaires sont alors liés à la cible de l’anticorps, comme nous le verrons plus loin.
L’élimination de la chimiothérapie par l’organisme
Une fois détachée de l’anticorps, la chimiothérapie est métabolisée et évacuée, le plus souvent par le foie ou les reins. C’est pourquoi certains ADC, peuvent entraîner une toxicité hépatique, alors même que le foie n’est pas la cible du traitement.
L’enjeu de la recherche actuelle est donc d’améliorer la stabilité du lien chimique et d’affiner les cibles pour limiter encore ces effets indésirables.
Quels sont les effets secondaires des ADC ?
Effets secondaires liés à la chimiothérapie
Ils dépendent du type de chimiothérapie transportée par l’ADC. Par exemple :
- La DXd – véhiculée dans l’Enhertu® ou le SN-38 dans le Trodelvy® – provoquent essentiellement des troubles digestifs (nausées, diarrhées), une chute des globules blancs qui peut exposer à des infections, ou une perte de cheveux.
- Le DM1 – porté par le Kadcyla® ou le DM4 dans l’Elahere® – peuvent impacter le foie, les plaquettes sanguines. Ils sont aussi responsables de neuropathies périphériques.
- Le MMAE – utilisé dans le Padcev® – cause fréquemment des neuropathies périphériques et une fatigue marquée.
Effets secondaires liés à l’anticorps
Ils dépendent de la cible de l’anticorps. Par exemple :
- Les ADC qui visent la nectine-4 , comme le PADCev®, peuvent provoquer des éruptions et de la sécheresse cutanée sévère car cette cible est présente dans la peau et les glandes sudoripares
- Le HER2 est une protéine exprimée par le cœur. L’Enhertu® et le KADCyla®, qui sont dirigés contre cette protéine, peuvent donc causer des atteintes cardiaques.
- Le récepteur des folates, ciblé par l’Elahere®, est lui présent sur certaines cellules de l’œil, c’est pourquoi ce traitement présente une toxicité oculaire.
Ces effets secondaires sont bien connus de vos équipes soignantes. Elles mettront en place une surveillance adaptée à votre traitement et ajusteront, si besoin, les doses ou le rythme de vos cures.
Comment est administré un ADC ?
Comme une chimiothérapie classique, l’ADC s’administre le plus souvent par perfusion intraveineuse, en hôpital de jour, selon un calendrier propre à chaque molécule (toutes les deux ou trois semaines en général). Un bilan sanguin précède généralement chaque cure pour vérifier que votre corps est en mesure de recevoir le traitement.
Plus récemment, de nouveaux ADC sont proposés par injection sous la peau (voie sous-cutanée). Cette formulation permet de raccourcir le temps d’administration à quelques minutes et d’envisager une prise en charge à domicile.
Les ADC sont-ils efficaces contre tous les cancers ?
Pour qu’un ADC soit efficace, la cible de son anticorps doit se trouver à la surface de la tumeur. C’est pourquoi une analyse, généralement réalisée à partir d’une biopsie, est systématiquement effectuée en amont du traitement afin de vérifier et de quantifier sa présence.
L’utilisation d’un ADC n’est donc pas conditionnée à l’organe où le cancer s’est initialement développé (le sein, le poumon, la vessie…), mais aux marqueurs de la cellule tumorale. Dès lors qu’une tumeur exprime une cible précise, elle peut potentiellement être traitée par l’ADC correspondant, quel que soit l’organe d’origine. C’est ce que l’on appelle un traitement agnostique.