Cancer de la vessie : une immunothérapie améliore notablement la survie des patients métastatiques

Une étude présentée cette année à l'ASCO démontre que l'immunothérapie réduit considérablement le risque de décès des malades atteints par un cancer de la vessie métastatique. Ces résultats sans précédent devraient rapidement changer les pratiques.

La thermochimiothérapie permet d'éviter l'ablation de la vessie dans les cancers de la vessie non infiltrants - roseup association

On en parle peu, il tue pourtant 5000 personnes en France par an. Le cancer de la vessie a fait cette année l’objet d’une annonce importante lors du congrès de l’ASCO1 (qui s’est tenu virtuellement, pandémie oblige). Pour la première fois, une étude menée sur des patients en condition métastatique montre une diminution significative du risque de décès grâce à une immunothérapie : l’avélumab.

Des patients fragiles

Le cancer de la vessie est le plus souvent diagnostiqué quand la tumeur est encore localisée. Il est alors traité par chirurgie et par chimiothérapie intravésicale. Malgré cela, il n’est hélas pas rare que ce cancer récidive, voire métastase. Le malade est donc habituellement surveillé pour guetter toute reprogression de la tumeur.

Le Dr Loriot a mené une étude importante sur le cancer de la vessie présentée lors de l'ASCO2020 - roseupassociation
Dr Loriot, oncologue à Gustave Roussy

« Si le malade rechute, on peut traiter le patient avec une immunothérapie. Le problème c’est que, dans les deux tiers des cas, ce cancer touche des fumeurs et s’accompagne de comorbidités liées au tabac : maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale, diabète… Les malades atteints par un cancer de la vessie sont fragiles. Il arrive donc qu’on ne puisse pas leur proposer d’immunothérapie parce que leur état est trop dégradé. Concrètement, parmi 100 patients traités par chimiothérapie, 90 vont rechuter dans les premières années et on ne pourra finalement en traiter que la moitié » explique le Dr Yohann Loriot, oncologue à Gustave Roussy et co-auteur de l’étude présentée à l’ASCO.

Changement de stratégie : traiter avant la rechute

Dans l’essai clinique de phase III Javelin, les chercheurs ont donc employé une stratégie différente. « Au lieu d’attendre que le patient ne rechute pour le traiter, nous avons voulu déterminer s’il était possible de maintenir l’efficacité de la chimiothérapie en administrant une immunothérapie en traitement d’entretien » détaille le Dr Loriot.

Les 700 malades incluent dans cette étude étaient, pour la plupart, des patients qui avaient été pris en charge initialement pour un cancer de la vessie localisé et qui avaient développé des métastases au cours de la surveillance. Ces patients ont été traités par chimiothérapie puis, la moitié a fait l’objet d’une surveillance habituelle, l’autre a reçu toutes les 2 semaines une injection intraveineuse en hôpital de jour d’avélumab. Cet anticorps cible le PDL1 exprimé à la surface des cellules cancéreuses.

Une réduction de 30% à 44% du risque de décès

Les patients ont été suivis pendant au moins 19 mois. L’immunothérapie par avélumab a permis de réduire le risque de décès de 30% par rapport à une surveillance classique. « Chez les patients dont la tumeur exprimait le PDL1, soit la moitié des patients de notre étude, le bénéfice est encore plus important : on diminue le risque de décès de 44% » précise le Dr Loriot. Du jamais vu.

Les résultats de l'étude Javelin montre une réduction importante du risque de décès avec l'azelumab - roseupassociation
Résultats sur la survie globale de l’étude Javelin. En bleu, le groupe traité par l’avélumab. En rouge, le groupe sous surveillance standard.

Des résultats qui vont changer les pratiques

« C’est la première fois que l’on obtient des médianes de survie aussi longues dans le cancer de la vessie » s’enthousiasme l’oncologue qui ne doute pas que les sociétés savantes émettront bientôt de nouvelles recommandations pour que l’avélumab devienne le nouveau standard pour les malades en situation métastatique. Il faudra toutefois attendre le feu vert des autorités de santé pour que les oncologues puissent le prescrire en routine. « Pour le pembrolizumab (autre immunothérapie indiquée comme traitement de seconde intention dans le cancer de la vessie métastatique, ndlr), on a attendu 2 ans et demi après les résultats de l’étude prouvant son efficacité pour obtenir l’autorisation de l’utiliser et son remboursement. J’espère que cette fois cela va aller plus vite. En tout cas, on espère obtenir une autorisation temporaire d’utilisation rapidement. »

L’immunothérapie fait à présent partie de l’arsenal des oncologues pour le traitement du cancer de la vessie. De nombreuses études sont actuellement menées pour tester son efficacité chez des patients ne présentant pas de métastases, avant ou après la chirurgie, ou, dans des stades plus précoces, en combinaison avec des instillations de BCG.

Emilie Groyer

1. American society of clinical oncology, plus important congrès de cancérologie au monde