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Cancer du poumon : les nouveaux traitements présentés au congrès de l’ASCO 2026

{{ config.mag.article.published }} 8 juin 2026

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@Shutterstock/Jo Panuwat D

Contrôler la maladie pendant des années, atteindre des patients jusque-là sans option, combiner les mécanismes d'action pour gagner en efficacité : tels sont les espoirs nourris par les résultats présentés au congrès international de cancérologie l'ASCO 2026 pour le cancer du poumon. Tour d'horizon des avancées qui pourraient prochainement changer la vie des patients. 

Il y a deux décennies, la médecine ne disposait que d’un seul traitement systémique pour lutter contre le cancer du poumon : la chimiothérapie. Une option qui pesait lourd sur la qualité de vie des patients sans pouvoir toujours contrôler durablement la maladie.

Si ce traitement n’est pas complètement abandonné, l’identification des mécanismes responsables du développement de la tumeur et la mise au point des thérapies capables de les bloquer (les thérapies ciblées), ont profondément changé la prise en charge de ces cancers. Dorénavant, le profil moléculaire de la tumeur est systématiquement analysé à la recherche d’altérations (comme des mutations) touchant les gènes de l’EGFR (10-15% des cas), ALK (5% des cas) ou encore RET (moins de 2% des cas). Et si aucune altération n’est trouvée, on tentera alors de renforcer le système immunitaire du patient grâce à l’immunothérapie.

Le Pr Benjamin Besse, oncologue médical spécialiste de la prise en charge des cancers thoraciques à Gustave Roussy, le confirme : « L’arrivée des premières thérapies ciblées dans les années 2000, puis de l’immunothérapie 10 ans après, a été une vraie révolution. Les résultats présentés en 2026 à l’ASCO montrent que ces révolutions sont toujours en marche »

Voici ce qu’il faut retenir des principales annonces.

Vers une utilisation plus précoce des anti-RET

Réservées pendant longtemps aux formes avancées et métastatiques, les thérapies ciblées confirment leur intérêt plus tôt dans la maladie. La démonstration avait déjà été faite avec les anti-EGFR et les anti-ALK, c’est désormais le cas pour les anti-RET.

Une nouvelle étude montre en effet que le selpercatinib1, jusqu’ici indiqué en première ligne métastatique, est également efficace quand le cancer est encore localisé.

Cet inhibiteur de RET, quand il est administré après la chirurgie, permet de diminuer considérablement le risque de progression de la maladie, commente le Pr Besse. Reste à savoir si cela se traduira en années de vie gagnées. Car in fine, ce que l’on vise c’est de guérir davantage de patients.

ALK : un contrôle de la maladie à long terme

Dans les cancers métastatiques présentant une altération du gène ALK (aussi appelés cancers du poumon ALK+), le lorlatinib2, un inhibiteur de ALK de 3ème génération, a livré des résultats sans précédent : après 7 ans de suivi, plus de la moitié des patients ne présentaient aucun signe de progression de leur maladie. 

Il faudra sans doute attendre encore quelques années avant d’avoir les résultats sur l’espérance de vie tant les rechutes surviennent tardivement” observe le Pr Besse. Une attente qui, dans ce contexte, est plutôt une bonne nouvelle.

Du côté des nouvelles molécules, le neladalkib3 montre des résultats encourageants chez les patients déjà traités par anti-ALK, élargissant ainsi les options en cas d’échec thérapeutique.

La fin des cibles uniques avec la découverte de la mutation transversale MTAP

Historiquement, on considérait les mutations responsables du cancer du poumon comme mutuellement exclusives : soit la tumeur présente une altération de l’EGFR, soit de ALK, soit de RET. Cette vision est bousculée par la découverte d’une mutation entraînant la perte du gène MTAP4. Présente dans environ 20 % des cancers du poumon, cette mutation peut en effet “co-exister” avec l’une des 3 autres. Ainsi, environ 40 % des cancers ALK+ présentent également une perte de MTAP.

Fait notable : il ne s’agit pas d’une mutation de résistance. En d’autres termes, ce n’est pas une mutation que la tumeur acquiert à force d’être exposée à un traitement pour lui échapper (comme une bactérie peut développer une résistance à un antibiotique). Cette mutation est totalement indépendante des autres. Cette découverte ouvre donc la voie à de nouvelles associations thérapeutiques. “Elle force aussi les oncologues à “dézoomer” et à ne plus se focaliser exclusivement sur les mutations de résistance historiques” commente le Pr Besse.

Les inhibiteurs de PRMT5 et de MAT2A, qui ciblent spécifiquement cette délétion de MTAP, donnent des résultats préliminaires prometteurs. 

EGFR : les mutations rares enfin ciblées

Les mutations touchant le gène de l’EGFR se localisent dans 4 zones : les exons 18, 19, 20 et 21. Pour les mutations de l’exon 19 et 21 (les plus fréquentes), les oncologues disposent déjà d’inhibiteurs de 3ème génération comme l’osimertinib.

En revanche, les patients porteurs d’une mutation de l’exon 20 (1 % des cas de cancers du poumon) n’avaient jusqu’ici que la chimiothérapie comme option thérapeutique, faute de thérapie ciblée à la fois efficace et tolérable. Le sunvozertinib 5, un inhibiteur spécifique de cette altération, pourrait bien changer la donne. Supérieur à la chimiothérapie selon les données présentées à l’ASCO 2026, il ouvre enfin à ces patients l’ère des thérapies ciblées. “L’avancée que l’on avait obtenue il y a 17 ans pour les patients porteurs des mutations fréquentes bénéficie enfin aux patients avec une mutation rare”, conclut le Pr Besse.

Redécouverte des antiangiogéniques grâce aux anticorps bispécifiques

La place de l’immunothérapie dans le cancer du poumon est aujourd’hui centrale. Mais les résultats présentés cette année à l’ASCO suggèrent que l’on pourrait faire mieux en bloquant simultanément l’angiogenèse : ce processus par lequel la tumeur attire à elle de nouveaux vaisseaux sanguins pour se nourrir.

Comment ? Grâce à des anticorps bispécifiques. Dotés de 2 bras, ils parviennent à bloquer à la fois le PD-L1 (responsable du frein exercé par la tumeur sur le système immunitaire) et le VEGF (à l’origine de la formation des vaisseaux sanguins). L’ivonescimab6 en est l’exemple le plus avancé.

On connaît depuis très longtemps le rôle du VEGF dans le cancer du poumon, précise le Pr Besse. Nous disposons d’ailleurs depuis 20 ans d’un traitement, le bevacizumab ou Avastin©. Mais ce traitement ne peut pas être administré aux patients avec un cancer du poumon épidermoïde (sous catégorie de cancer du poumon, fortement liée au tabac, qui se développe au niveau des cellules qui tapissent l’intérieur des grosses bronches, ndlr) en raison du risque de saignement.” Ce frein a été levé par l’ivonescimab.

Obtenus sur une population chinoise, ces résultats demanderont toutefois à être confirmés sur une population caucasienne.

 

Merci au Pr Benjamin Besse pour sa collaboration dans l’écriture de cet article.

 


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Emilie Groyer

Rédactrice en chef du site web de Rose magazine. Titulaire d'un doctorat en biologie, Emilie a travaillé 10 ans dans le domaine des brevets en biotechnologie avant d'opérer une reconversion dans le journalisme. Elle intègre la rédaction de Rose magazine en 2018. Sa spécialité : vulgariser des sujets scientifiques pointus pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

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