Si les progrès réalisés au cours des 20 dernières années ont considérablement amélioré les taux de guérison des cancers du sein, des formes restent encore difficiles à traiter, notamment les cancers du sein triple négatifs métastatiques, ou certains cancers hormonodépendants résistants aux traitements existants. L’édition 2026 du congrès international d’oncologie de l’ASCO (Chicago) a apporté son lot d’espoirs sur ces fronts. Elle a également proposé des solutions de désescalade pour améliorer la qualité de vie des patientes. Voici ce qu’il faut retenir.
Cancers triple négatifs métastatiques : un nouveau traitement à la triple action
Les cancers du sein triples négatifs sont réputés difficiles à traiter, particulièrement quand ils deviennent métastatiques.

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La solution ne serait-elle pas d’attaquer ces tumeurs sur plusieurs fronts ? C’est le pari de l’izalontamab brengitecan (iza-bren©). Pour cela, ce traitement innovant combine deux technologies bien connues en oncologie :
- les anticorps conjugués (ADC), qui acheminent la chimiothérapie au cœur de la tumeur, et
- les anticorps bispécifiques, capables de se fixer sur 2 cibles simultanément.
Cet ADC bispécifique a ainsi une triple action :
- bloquer l’EGFR et le HER3 : deux récepteurs situés à la surface de la tumeur qui lui transmettent le signal de se multiplier ;
- détruire la tumeur de l’intérieur avec la chimiothérapie.
Testé chez des patientes1 dont le cancer métastatique a progressé après une première ligne de traitements, l’iza-bren a permis de retarder la progression de leur maladie et d’augmenter leur espérance de vie.
Cette étude devra toutefois être répliquée pour vérifier que ces résultats, obtenus sur une population chinoise, sont transposables à une population caucasienne. Par ailleurs, l’efficacité de l’iza-bren a été comparée à celle de la chimiothérapie alors que, dans la même situation, les patientes françaises auraient eu accès à un autre ADC, le Trodelvy. Il sera donc également nécessaire de démontrer que l’iza-bren fait mieux que le traitement actuel.
Cancers hormonodépendants métastatiques : une nouvelle thérapie ciblée avec moins d’effets secondaires
Environ 40 % des cancers hormonodépendants sont porteurs de mutations qui activent en permanence un signal qui les pousse à se multiplier. Ce signal est émis par ce qu’on appelle la voie PAM, du nom de 3 protéines qui se relaient le message : PI3K, Akt et mTOR.
Pour bloquer ce signal, les oncologues disposent de l’alpélisib (Piqray®), une thérapie ciblée visant spécifiquement l’un des messagers : la PI3K. Ce traitement est administré lorsque le cancer est métastatique et qu’il a progressé malgré un premier traitement. Bien qu’efficace, il entraîne de l’hyperglycémie, des éruptions cutanées, ou encore des diarrhées. Ces effets secondaires sont souvent difficiles à tolérer pour les patientes et peuvent contraindre à réduire les doses, voire à arrêter le traitement.
Le gedatolisib pourrait présenter une alternative pour ces patientes. En plus de bloquer la PI3K, cette thérapie ciblée bloque un autre messager de la voie PAM : mTOR. Les résultats2, présentés à l’ASCO 2026, montrent qu’il retarde considérablement la progression de la maladie. Le principal effet secondaire lié à ce traitement est une inflammation de la bouche, facilement gérable. Il n’entraîne en revanche pas de toxicité métabolique majeure comme l’alpélisib.
Métastases osseuses : un traitement 3 fois moins fréquent et tout aussi efficace
Le dénosumab (Xgeva®) est un médicament couramment utilisé chez les patientes atteintes d’un cancer du sein dont la tumeur s’est propagée dans les os. Il prévient les complications squelettiques : fractures, compressions de la moelle épinière, douleurs invalidantes. Jusqu’ici, ce traitement était administré par injection sous-cutanée tous les mois, une contrainte lourde pour des patientes déjà soumises à de nombreux rendez-vous médicaux.
L’essai REDUSE3, présenté à l’ASCO 2026, a posé une question simple : peut-on espacer ces injections sans perdre en efficacité ? Pour y répondre, l’étude a comparé le schéma thérapeutique habituel à une administration plus espacée, au rythme d’une injection tous les 3 mois. Verdict : cette prise en charge allégée s’avère tout aussi efficace pour prévenir les complications osseuses. Mieux : ce nouveau protocole permet de réduire les hypocalcémies (baisse du calcium dans le sang), ainsi que les nécroses de l’os de la mâchoire, une complication douloureuse et difficile à traiter.
Un résultat qui change d’ores et déjà le quotidien des patientes : “Dès la fin de la présentation des résultats, j’ai envoyé un mail à mes équipes pour appliquer ce nouveau protocole”, confirme le Pr Pistilli.
Le curage axillaire inutile si moins de 2 ganglions sont atteints
Lorsqu’un cancer du sein est diagnostiqué, le chirurgien prélève des ganglions au creux de l’aisselle pour y rechercher des cellules cancéreuses. Si leur présence est confirmée, cela suggère qu’elles ont commencé à s’échapper du sein. Afin d’éviter qu’elles ne se propagent dans le reste du corps, un curage axillaire peut alors être envisagé pour retirer l’ensemble de la chaîne ganglionnaire. Un geste chirurgical lourd, associé à des séquelles parfois invalidantes comme le lymphœdème.
Des études précédentes avaient déjà suggéré que ce curage pouvait être évité sans risque chez les patientes traitées par tumorectomie si seulement un ou 2 ganglions étaient atteints. Un doute persistait cependant quand la tumeur était trop volumineuse et que les femmes devaient subir une ablation complète du sein. L’étude SENOMAC4, présentée en séance plénière à l’ASCO 2026, a mis fin à cette incertitude en démontrant que le curage axillaire n’améliore pas non plus les chances de survie dans cette situation.
En revanche, l’impact sur la qualité de vie est très net : les patientes qui n’ont pas subi de curage signalent moins de douleurs, une meilleure mobilité du bras et moins de lymphœdème.
“En France, cette pratique est déjà largement répandue mais ces résultats viennent la conforter”, commente le Pr Barbara Pistilli, oncologue spécialiste du cancer du sein à Gustave Roussy.
Merci au Pr Barbara Pistilli, oncologue spécialiste du cancer du sein à Gustave Roussy, pour son aide dans l’écriture de cet article.
1. PANKU-Breast02. Wu J et al. Phase 3 PANKU-Breast02 trial of izalontamab brengitecan vs chemotherapy in pretreated metastatic TNBC. J Clin Oncol 2026 ; 44(suppl) : LBA1003.
2. VIKTORIA-1. A randomized, open-label, phase 3 study of gedatolisib + fulvestrant ± palbociclib vs standard of care in HR+/HER2−/PIK3CA-mutant advanced breast cancer (VIKTORIA-1 Study 2). J Clin Oncol 2026.
3. REDUSE. Müller A et al. Prevalence of symptomatic skeletal events with reduced denosumab dose density (every 12 weeks versus every 4 weeks): SAKK 96/12 REDUSE. J Clin Oncol 2026 ; 44(suppl 16) : 1004.
4. SENOMAC. De Boniface J et al. Omission of completion axillary dissection in patients with breast cancer and sentinel lymph node macrometastases: overall survival and patient-reported arm morbidity from the randomized SENOMAC trial. J Clin Oncol 2026 ; 44(suppl 17) : LBA503.