Le cancer du pancréas est l’un des cancers les plus redoutables. La faute, en partie, à un diagnostic souvent tardif : plus de la moitié des patients apprennent leur maladie au stade métastatique, lorsque des cellules cancéreuses se sont déjà disséminées dans d’autres organes.
Des mutations KRAS réputées impossibles à bloquer
Les options thérapeutiques se résumaient jusqu’alors à la chimiothérapie. Un traitement lourd qui ne permet pas de contrôler durablement la maladie. Les thérapies ciblées tenaient une place marginale parmi les options thérapeutiques, réservées à moins de 10% des patients présentant des mutations rares.
Il existe pourtant bien un gène muté chez la grande majorité des personnes touchées par un cancer du pancréas : KRAS. Pendant 30 ans, les chercheurs ont tenté de bloquer ses différentes altérations. Sans succès. “On commençait à perdre espoir. On avait fini par penser que les mutations de KRAS étaient impossibles à cibler dans le cancer du pancréas”, commente la Pr Cindy Neuzillet, hépato-gastroentérologue spécialiste des cancers digestifs à l’Hôpital Paul Brousse (AP-HP, Villejuif).
Des résultats « jamais vus, même en première ligne »
Jusqu’à l’arrivée du daraxonrasib dont les résultats de la première étude de phase III ont été présentés en 2026 au congrès international de l’ASCO. “Cette thérapie ciblée présente pour particularité de bloquer l’ensemble des formes mutées de KRAS”, explique l’oncologue. Dans l’étude RASolute 3021, son efficacité a été comparée à celle de la chimiothérapie chez des patients avec un cancer métastatique ayant progressé malgré une première ligne de chimiothérapie.
“Le daraxonrasib a permis de retarder la progression de la maladie et de doubler l’espérance de vie des patients. Par ailleurs, le taux de réponse (le pourcentage de patients dont la tumeur a régressé, ndlr) est 3 fois plus important qu’avec la chimiothérapie. On n’a jamais vu de tels résultats, même avec un traitement de première ligne”, s’enthousiasme la Pr Neuzillet.
Revers de la médaille, le traitement provoque des éruptions cutanées chez la majorité des patients, obligeant environ 15% d’entre eux à suspendre temporairement leur traitement. “Il peut également provoquer des inflammations de la bouche, des nausées et des vomissements, ajoute l’oncologue. Mais la tolérance reste favorable par rapport à une chimiothérapie.”
Les essais cliniques : une opportunité pour les malades
Fort de ces résultats, d’autres essais cliniques sont en cours pour évaluer son efficacité plus tôt dans la prise en charge : en adjuvant après une chirurgie, en première ligne de traitement, seul ou en combinaison avec la chimiothérapie.
« Ces essais cliniques sont une formidable opportunité pour les patients d’avoir accès à ce traitement avant sa mise sur le marché », indique la Pr Neuzillet.
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Les traitements du cancer du pancréas enfin dans l’ère de la médecine de précision
Au-delà de KRAS, d’autres cibles émergent également dans le cancer du pancréas. La délétion du gène MTAP ouvre la voie à une nouvelle classe de médicaments : les inhibiteurs de PRMT5. Les anticorps conjugués à un médicament (ADC), qui permettent de délivrer une chimiothérapie directement au cœur de la tumeur, avec diverses cibles, suscitent eux aussi un intérêt croissant pour des sous-groupes de patients présentant certaines altérations génétiques.
Après des décennies de stagnation thérapeutique, le cancer du pancréas bénéficie donc enfin des avancées de la médecine de précision .« C’est une nouvelle ère pour nos traitements », conclut la Pr Neuzillet.
Merci au Pr Cindy Neuzillet pour sa collaboration dans l’écriture de cet article.
1. Wolpin BM et al. Daraxonrasib or Chemotherapy in Previously Treated Metastatic Pancreatic Cancer. RASolute 302, phase 3 trial. New England Journal of Medicine, May 31, 2026.