Cancer et coronavirus : « J’ai fini mes traitements, suis-je à risque ? »

Le Pr Saghatchian, oncologue à Gustave Roussy et à l'hôpital américain, répond à vos questions sur le coronavirus. Aujourd'hui, Emmanuelle se demande si elle est encore à risque maintenant que son cancer est en rémission.

Emmanuelle, atteinte d’un cancer du sein diagnostiqué en octobre 2018, a terminé ses traitements (chimiothérapie et thérapie ciblée) en janvier dernier. Elle se demande si elle est plus à risque face au coronavirus. Le Pr Saghatchian, oncologue à Gustave Roussy et à l’hôpital américain, lui répond.

« Plus on est à distance du cancer moins on est à risque« 

« On se base beaucoup sur les données chinoises et italiennes et l’analyse des données sur les sous-groupes de patients avec des antécédents de cancer. Ce qui se profile c’est que le fait d’avoir eu un cancer semble augmenter les risques d’infection et d’infection un peu plus sévère. Il est clair que c’est plutôt les malades en cours de traitement qui sont concernés. Donc plus on est à distance du cancer moins on est à risque.

« D’autres facteurs peuvent intervenir« 

Globalement, dans le cancer du sein, les chimiothérapies adjuvantes n’engendrent pas d’immunodépression à long terme. Si on a fini la chimiothérapie et la radiothérapie, même si on est sous hormonothérapie, le risque est à peu près le même que la population générale.

Mais d’autres facteurs peuvent intervenir. Le cancer du sein est un cancer qui concerne des tranches d’âge très larges. La moyenne d’âge est de 60 ans à peu près. Et on sait que l’âge est un facteur de risque de complications au coronavirus au-delà de 65 ans. Les maladies cardiovasculaires le sont aussi. Or, certaines chimiothérapies et certaines thérapies ciblées (anti-HER2, herceptine) peuvent entraîner des complications cardiovasculaires ce qui, par conséquent, peut augmenter les risques. Mais ce sera des cas pour lesquels on sait qu’il a eu une toxicité cardiovasculaire.

En résumé, une patiente qui a eu un cancer du sein et qui a fini ses traitements – qu’elle soit ou non sous hormonothérapie – a probablement les mêmes risques que la population générale.

« Les séquelles des traitements peuvent être des facteurs de risques« 

C’est un peu différent pour d’autres cancers. Pour les lymphomes par exemple, les chimiothérapies, une fois terminées, demandent un ou 2 mois avant de retrouver des défenses immunitaires normales. Il peut aussi arriver que les traitements laissent des séquelles – par exemple, des anomalies persistantes sur la prise de sang avec baisse des globules blancs, des problèmes cardiovasculaires, diabète ou une toxicité pulmonaire des traitements – qui vont être les facteurs de risques principaux. »

Retrouvez l’ensemble des Questions/Réponses sur le coronavirus

Propos recueillis par Emilie Groyer