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Cancer : reprendre confiance avec l’équithérapie

Cet art de se soigner au contact des chevaux, aide les femmes touchées par le cancer à retrouver de la confiance et à reprendre les rênes de leur vie.

Au château de Neydens, à Saint-Cergues, en Haute-Savoie, les écuries sont régulièrement le théâtre de belles métamorphoses. On y voit de petits visages tristes y entrer, et les mêmes en ressortir éclairés d’un sourire radieux. Ce tour de magie se répète à l’envi depuis que l’association Hope y a élu domicile. Créée par Annabel Brourhant, elle offre l’occasion à des femmes atteintes du cancer de vivre un moment de douceur et de communion avec des chevaux.

Tout commence en 2014, année où Annabel réalise son rêve d’enfant en montant ici une écurie. Mais elle se découvre aussi un cancer du sein. Un temps désarçonnée, cette cavalière au sang chaud se reprend vite, et face à son oncologue qui hésite à lui enlever le sein elle piaffe et s’impatiente : « Mon sein je m’en fiche, lui lance-t-elle. Faites ce que vous voulez, moi dans un mois je veux être à cheval. » Et c’est ce qu’il s’est passé. « Mes chevaux m’ont aidée à me reconstruire, j’ai eu envie de partager ça. » Nicolas Chopin, son oncologue, la suit dans cette aventure. C’est ainsi que Hope (« espoir ») démarre en 2017.

Plusieurs fois par an, le collectif propose des stages d’équithérapie de quatre jours aux femmes atteintes d’un cancer du sein, pendant ou après les traitements. Le travail ne se fait pas sur le cheval, mais à son contact. Au fil de nombreux exercices, les patientes apprennent à entrer en communion avec lui. Les gestes, la respiration, les attitudes : tout est interprété par l’animal. « Le cheval est un miroir, une éponge émotionnelle. Il ne juge pas et réagit en fonction de l’état psychique de la personne qu’il côtoie, décrypte Dorothée Dumoulin, équithérapeute depuis 2010. Mon rôle de thérapeute est d’interpréter les réactions des chevaux pour comprendre ce que les femmes ressentent, ce qu’elles ont besoin de sortir. Ensuite, tout un travail se met en place. Le cheval devient un médiateur, un outil symbolique pour retracer un parcours de vie, franchir des barrières émotionnelles, des peurs, se libérer de certains poids. » Un avis partagé par Nicolas Chopin : « Après un cancer, on se remet beaucoup en question. Pour certains, il y a une réelle nécessité d’avancer, de rebondir. La rencontre avec le cheval permet de prendre conscience de beaucoup de choses… »

Vivre l’instant présent

equitherapie-rose-magazine-18-rose-up-associationTout cavalier le sait : pour guider un cheval, il faut des gestes francs et efficaces. « Si tu veux que ton cheval te suive, ne le regarde pas. Avance, occupe-toi de toi, il suivra, souligne encore Sylvie Lahlou, psychologue et bénévole de l’association. Dans la vie, c’est la même chose, il faut savoir ce que l’on veut et où l’on va, et arrêter de s’occuper tout le temps des autres. Le cheval aide à avancer sur ces thématiques en vivant les situations mises en place. »

Ce travail, essentiel, permet aux participantes de reprendre confiance, de savoir ce qu’elles veulent, et de l’exprimer. Florence fait partie de celles qui, après un cancer (du sein), ont poussé les portes de Hope. « J’avais peur des chevaux, se souvient-elle. Petit à petit, ils sont venus vers moi. Je les trouve toujours aussi grands et impressionnants, mais maintenant j’arrive à les approcher. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais il y a un truc, c’est certain. »

Depuis la création de Hope, toutes les participantes à ces stages en sont sorties conquises. Annabel s’émerveille toujours de la façon dont cet animal se comporte face à des êtres blessés dans leur corps, dans leur tête. « En présence de femmes qui ne vont pas bien, des chevaux caractériels deviennent très calmes, et bienveillants. C’est très émouvant. » Émouvant aussi ce moment où les femmes, les yeux bandés, prennent le temps de redécouvrir leurs sens, voire leur propre sensualité. « Une fois la maladie diagnostiquée, le corps devient un objet de douleur et de soin, explique Dorothée Dumoulin. Caresser le cheval éveille un plaisir doux, chaud, vivant, jusque-là oublié. Ce “peau contre peau” permet de retrouver la confiance en ce corps que beaucoup de patientes, notamment après une mastectomie, ont du mal à regarder, à toucher. » Seul compte l’instant présent, qu’elles peuvent vivre sans tricher, sans se cacher. Après un intense travail dans le manège, femmes et chevaux retrouvent le paddock. Une dernière caresse, un dernier regard… Une complicité s’est créée, et déjà certaines plaies se font moins douloureuses.

Une imagination… débridée

equitherapie-rose-magazine-18-rose-up-association-Annabel Brourhant Hope est une association qui ne manque ni d’idées ni d’imagination pour aider les femmes à retrouver une belle énergie pendant ou après leur cancer. Outre l’équithérapie, l’association propose aussi  de l’art-thérapie et de la danse-thérapie. Leurs deux dernières trouvailles ?  La réalisation d’un clip sur une chanson de leur composition, Si, ainsi que
la mise en place d’une exposition photographique intitulée « Cicatrices ».
Les membres de l’association s’y dévoilent en noir et blanc, souvent seins nus.
Annabel Brourhant, la fondatrice, en tête. L’idée est de « montrer que l’on peut être belle même après toutes ces épreuves ».

À découvrir à la mairie d’Annemasse (Haute-Savoie) lors d’Octobre rose 2020.

Photos et textes Méryll Boulangeat

Retrouvez cet article dans Rose Magazine (Numéro 18, p. 116)

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