Mais qui est vraiment Suzette Delaloge ?

Cheffe du service de pathologie mammaire à l’institut Gustave-Roussy, cette cancérologue anticonventionnelle revendique sa sensibilité. Et le droit de soigner chacune de ses patientes comme sa sœur ou sa mère.

Suzette Delaloge -roseup association - rosemagazine - face aux cancers osons la vie
Photo : P.E. Rastoin

Yeux

Noyés de larmes (parfois). « Il m’arrive de pleurer avec mes patientes. Parfois plus qu’elles. J’ai des relations humaines de grande proximité avec les femmes que je soigne. La souffrance, le désespoir, cela reste pour moi insupportable. » 

Cerveau

Matinal. «  Je me réveille à 5 h 30. Mon cerveau marche mieux le matin. J’ai plein d’idées sous la douche : je trouve des solutions scientifiques, je réévalue un traitement pour une patiente, j’imagine une nouvelle voie… Du coup, je peux passer pas mal de temps dans ma salle de bains !  »

Oreille

Aux aguets. Suzette écoute beaucoup : « Toutes les histoires que me racontent mes patientes m’intéressent. Confrontées au cancer, elles vivent tout plus intensément. La maladie nous rapproche de l’essentiel. Le sens de la vie. Les priorités. Il est rare d’échanger des banalités avec un malade. » 

Main droite

Greffée à un clavier. À Gustave-Roussy, où elle pratique comme cancérologue depuis vingt ans, c’est devenu un gag entre médecins : on entend Suzette frapper ses comptes rendus de l’autre côté du couloir tant elle y met d’énergie. Elle continue d’ailleurs souvent dans le RER – sous l’œil étonné des autres voyageurs. 

Poitrine

Décorée. De la Légion d’honneur. Rarement aussi justement portée.

Cœur

Lent. 45 battements/minute. « Je crois que j’ai des bêtabloquants naturels. Cela me permet de supporter des émotions fortes sans sourciller. On se prend tant de choses dans la tête : la souffrance, la peur, le refus. Je dois tout entendre, tout porter. Avec le temps, chez moi, l’empathie pour mes patientes ne fait que croître.

Pieds

Entraînés. Adepte de randonnée durant ses loisirs, elle marche environ 60 km par semaine pour se rendre à l’IGR chaque jour. Une respiration indispensable, l’occasion de réfléchir, au rythme de son pas.

Céline Lis-Raoux