Cancers hormonodépendants : quelle contraception choisir ?

Parce que leur cancer s'alimente des hormones sexuelles, la pilule est contre-indiquée pour les patientes touchées par un cancer hormonodépendant. Quelles options leur reste-t-il alors ? Une question sensible dont la réponse les engage pour toute la durée des traitements. Et bien au-delà.

Surtout ne pas tomber enceinte, c’est la première mise en garde faite aux femmes qui vont devoir suivre un traitement de radiothérapie et/ou de chimiothérapie. Parce que les risques mutagènes pour le bébé sont très importants, dès le début du traitement et quel que soit le cancer, une contraception s’impose. Si le cancer n’est pas hormono-dépendant, et sous réserve de l’examen clinique et des antécédents personnels et familiaux (tabac, diabète, phlébite, cholestérol, risques vasculaires…), toutes les contraceptions sont autorisées, de la pilule au patch, en passant par l’implant ou encore le stérilet, qu’il soit hormonal ou au cuivre. Mais quid des cancers hormono-dépendants, qui concernent pas moins de 60 à 70 % des cancers du sein et, dans une moindre mesure, certains cancers ovariens ou de l’endomètre ? Pour ces patientes, le choix s’avère plus contraint.

LES MÉTHODES « BARRIÈRES »
Le préservatif masculin : En latex ou en polyuréthane, il retient le sperme et doit être changé à chaque rapport sexuel.
Le préservatif féminin : En nitrile ou en polyuréthane, il est muni d’un anneau souple à chaque extrémité et se place dans le vagin. Il peut être mis en place plusieurs heures avant le rapport sexuel et doit être changé à chaque rapport.
Les spermicides : Crèmes, gels, ovules, mousses, tampons, éponges… Les spermicides sont des contraceptifs sans hormones qui rendent les spermatozoïdes inactifs. Pour être protégée plus efficacement, il est fortement recommandé de les utiliser en complément d’un préservatif, d’un diaphragme ou encore d’une cape cervicale.
Le diaphragme* : Il se présente sous la forme d’une coupelle en silicone que l’on place soi-même dans le vagin, et doit être associé à un spermicide.
La cape cervicale* : Ce dôme très fin, en silicone, fait barrière aux spermatozoïdes en venant recouvrir le col de l’utérus. À associer à un spermicide.

* On peut poser ces dispositifs au moment du rapport sexuel, ou plusieurs heures avant. Important : à garder pendant huit heures après le rapport. Les deux
sont réutilisables.

AU-DELÀ DE 40 ANS…
Vous pouvez utiliser les méthodes dites barrières (comme le préservatif, la cape cervicale, le diaphragme), mais soyez prudentes, car elles présentent 20 % d’échec. Quant aux méthodes « naturelles » (retrait, méthode liée à l’observation
du cycle…), elles ne sont pas recommandées dans ce contexte où les cycles
sont plus irréguliers.

Ces cancers, dont les cellules possèdent des récepteurs hormonaux (récepteurs des œstrogènes et/ou de la progestérone), utilisent les hormones comme un carburant pour accélérer leur croissance, et proliférer. L’idée est donc d’éviter les contraceptifs susceptibles d’interagir avec la maladie ou son traitement. Problème : la contraception – comme, d’ailleurs, les questions liées à la sexualité en général – reste peu, voire pas, abordée lors des consultations d’annonce. Souvent, les patientes s’entendent tout simplement dire d’arrêter la pilule, ou de faire retirer leur stérilet hormonal, sans que l’oncologue prenne le temps de « discuter des méthodes envisageables », reconnaît Marc Espié, responsable du Sénopôle, à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Or les alternatives existent et le choix est large. Les réponses tiendront compte « du type de cancer, des contre-indications et du contexte clinique et personnel de chaque patiente », souligne le Dr Brigitte Letombe, gynécologue à l’hôpital Jeanne-de-Flandre, à Lille. Mais toutes ne sont pas toujours efficaces pour prévenir une grossesse. Votre traitement va bientôt débuter ? N’hésitez pas à en parler ! Il existe forcément une solution adaptée à votre cas.

Comment faire le bon choix ?

Sous chimiothérapie, les cycles peuvent s’arrêter. Mais plus de règles, même sur une longue période, ne signifie pas pour autant ménopause. Une activité ovarienne demeure possible, donc une contraception doit absolument être maintenue. Plusieurs critères doivent être pris en compte, en premier lieu la fréquence des rapports sexuels. Le contraceptif le plus indiqué pour celles qui ont une activité sexuelle régulière est sans doute le stérilet ou DIU (pour dispositif intra-utérin) au cuivre. Placé dans l’utérus par un médecin ou une sage-femme, il peut être enlevé quand on le souhaite. Efficace de quatre à dix ans selon le modèle, il convient aussi aux femmes qui n’ont pas encore eu d’enfant. Sa longue durée d’action permet ainsi d’avoir l’esprit tranquille…

Pour celles qui ont des rapports peu fréquents, on recommandera plutôt une méthode contraceptive dite barrière. Préservatif (masculin ou féminin), cape cervicale, diaphragme, etc. Les options sont variées et pertinentes quel que soit le moment du cycle. Mais attention à bien respecter les conditions d’usage et d’utilisation. Faire le bon choix nécessite d’être au clair avec sa capacité à gérer soi-même la manipulation de ces dispositifs. Certains sont délicats à placer ou à retirer. Pour d’autres, il ne faudra pas oublier de leur associer un produit spermicide. Enfin, solution radicale : la stérilisation. À envisager si l’on est sûre de ne plus vouloir d’enfant. La contraception définitive par ligature des trompes ou stérilisation tubaire consiste à oblitérer un segment de chacune des deux trompes par cœlioscopie sous anesthésie générale. Vu son caractère irréversible, cette méthode impose un délai de réflexion d’au moins quatre mois entre la consultation d’information et le geste chirurgical. Il est également possible d’envisager la vasectomie pour le partenaire.

Sous hormonothérapie : vigilance !

Dans nombre de cancers hormono-dépendants, une hormonothérapie est préconisée. En général, les patientes sont placées sous Tamoxifène, un traitement qui modifie très souvent les cycles, jusqu’à les faire disparaître parfois totalement. Des bouffées de chaleur se manifestent, pouvant laisser penser à une ménopause.

Définition hormonothérapie - Qu'est-ce que l'hormonothérapie ?LIRE AUSSI : Notre dossier Hormonothérapie

 

Pourtant, des ovulations restent possibles, donc là encore il faut maintenir une contraception. La durée de ce type de traitement, de cinq à dix ans, a longtemps obligé de nombreuses femmes à faire le deuil de toute maternité. Surtout ces dernières années, où l’âge moyen d’une première grossesse n’a cessé de reculer*. Une situation qui est en train de changer notamment grâce à l’étude « Big time for baby » menée par le Pr Martine Piccart, à Bruxelles. Celle-ci a  montré qu’il est possible d’interrompre son hormonothérapie pendant deux ans pour concevoir un enfant, et, depuis son démarrage, 101 bébés sont déjà nés.

Dernière précision : une maternité après un cancer n’augmente pas le risque de rechute. Il convient cependant de respecter un certain délai après les traitements avant de l’envisager. Les oncologues conseillent d’attendre deux à trois ans. Le « feu vert » sera donné à l’issue d’une série de bilans.

FAUT-IL AVOIR PEUR DE LA PILULE ?

En 2005, le Centre international de recherche sur le cancer a classé les contraceptifs œstroprogestatifs parmi les cancérogènes avérés (groupe 1). Depuis, la pilule a
du mal à passer chez nombre de femmes. Sans compter qu’elle divise la communauté scientifique et médicale. La gynécologue Bérengère Arnal fait partie des médecins qui préconisent d’appliquer le principe de précaution en prescrivant « d’abord une contraception non hormonale, comme le stérilet au cuivre. Sinon, choisir une pilule peu dosée en œstrogènes, demander un test de dépistage du risque thromboembolique, et ne pas prendre la pilule plus de dix ans, en respectant un examen clinique mammaire et gynécologique annuel ».

De son côté, le Dr Brigitte Letombe, gynécologue à l’hôpital Jeanne-de-Flandre, à Lille, se veut plus rassurante : « La balance bénéfices-risques de la pilule reste très favorable chez l’immense majorité des femmes. Si l’on s’intéresse à l’effet global de la contraception orale, les grandes études n’ont pas retrouvé d’augmentation de l’incidence ou de la mortalité par cancer (tout confondu) chez les utilisatrices. » Et de souligner que « la pilule réduirait la probabilité de cancer de l’endomètre et de l’ovaire de 30 à 50 %, et celle du cancer du côlon de 20 %, avec un effet protecteur dans le temps* ».

*Cibula D. et al., « Hormonal Contraception and Risks of Cancer », ESHRE Journals,
Oxford University Press, 2010.

Céline Dufranc

* En France, en 2019, l’âge moyen des femmes lors du premier accouchement est de 30,6 ans selon le dernier bilan démographique de l’Insee.

Retrouvez cet article dans Rose Magazine (Numéro 18, p. 38)