Une étude va évaluer un dépistage du cancer du sein personnalisé, fondé sur le risque de chacune

Parce que la moitié des femmes de 50 à 74 ans invitées à se faire dépister ne le font finalement pas, MyPebs, une grande étude européenne, s’apprête à évaluer un programme alternatif de dépistage, fondé sur le risque de chacune de développer un cancer du sein dans les 5 ans à venir. 85000 volontaires vont être recrutées à partir du 1er décembre. Dont 20000 en France.

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En Europe aujourd’hui, les programmes de dépistage organisé du cancer du sein sélectionnent les femmes sur un seul critère : l’âge. A partir de 50 ans et jusqu’à 69 ou 74 ans selon les pays, toutes celles qui le désirent bénéficient d’une mammographie à intervalles réguliers (de un à trois ans selon les pays). Or il apparaît que ces seuls éléments – âge et mammographies à intervalles fixes – ne suffisent pas à assurer un dépistage optimal. En France, non seulement la moitié des femmes invitées à participer au programme de dépistage ne poussent pas la porte du cabinet de radiologie, mais 20% des cancers du sein surviennent avant l’âge de 50 ans. De plus, « 15 à 17% des cancers du sein sont diagnostiqués dans l’intervalle entre deux mammographies », précise le Dr Suzette Delaloge, oncologue à Gustave Roussy et présidente du French Breast cancer Intergroup chez Unicancer, qui ajoute : « Des cancers sont encore dépistés à un stade avancé. Et il y a aussi des faux positifs, ainsi que du surdiagnostic », autrement dit des diagnostics de lésions à évolution lente qui n’auraient pas mis en danger la vie de la patiente.

Pour tenter d’améliorer le système, une étude européenne associant la France, l’Italie, la Belgique, la Grande-Bretagne et Israël, et coordonnée par le Dr Delaloge, s’apprête à recruter 85000 femmes de 40 à 70 ans inclus, à compter du 1er décembre 2018. Son nom : MyPebs (Personalising Breast screening). Et son objectif : mettre en place un programme personnalisé, dans lequel la fréquence des mammographies sera adaptée au risque individuel de chaque femme. Les femmes seront recrutées sur deux ans, puis suivies pendant quatre ans. Au total, l’étude durera donc six ans.

Deux « bras » : « pratique actuelle » et « personnalisé »

Les 85000 participantes seront aléatoirement réparties en deux « bras ». Dans le premier, « pratique actuelle », celles de 40 à 50 ans intègreront le protocole standard de leur pays. Elles n’auront donc pas de mammographies avant 50 ans, puis en auront une tous les un, deux ou trois ans, selon leur pays. Dans le bras « personnalisé » en revanche, le dépistage commencera à 40 ans. Toutes les participantes feront un test ADN (à partir d’un échantillon de salive) qui étudiera 313 variations modifiant le risque de développer un cancer du sein. De plus, elles renseigneront leur profil personnel (âge, antécédents familiaux de cancers du sein), leur statut hormonal (dont âge des premières règles), leur densité mammaire. Une fois combinés, ces éléments détermineront un niveau de risques.

Quatre niveaux de risques

Les femmes présentant un risque bas (inférieur à 1%) de développer un cancer du sein dans les cinq à venir se verront proposer une mammographie tous les quatre ans et seront sensibilisées aux symptômes à surveiller.

Dans le groupe à risque moyen (entre 1% et 1,66% à 5 ans), la fréquence de dépistage restera à deux ans. Les femmes présentant un haut risque (de 1,67% à 6%) auront une mammographie tous les ans. Enfin, pour le groupe à très haut risque, une IRM sera ajoutée à la mammographie. Par ailleurs, les femmes ayant des seins denses auront systématiquement une échographie en plus de leur mammographie.

Les chercheurs attendent de l’étude qu’elle améliore le score de détection des cancers chez celles qui courent le plus de risques en augmentant et en affinant les examens. Mais ils souhaitent aussi épargner des mammographies inutiles et stressantes, voire nocives, à celles (maximum 30% des femmes, d’après le Dr Delaloge) qui n’en ont pas besoin. En adaptant ainsi le système aux besoins de chacune, il espèrent améliorer le taux de participation général au programme dépistage.

En France, 30 départements participent à MyPebs* et toutes les résidentes de 40 à 70 ans recevront dans leur boîte aux lettres une invitation à s’engager dans l’étude, avec toutes les informations nécessaires.

Béatrice Lorant

*Les 8 départements d’Ile-de-France ; les 5 départements des Hauts-de-France ; la Seine-Maritime, la Moselle, le Morbihan, la Loire-Atlantique, la Vienne, la Charente, la Gironde, la Haute-Garonne, le Puy-de-Dôme, le Cantal, la Haute-Loire, la Lozère, le Gard, le Vaucluse, l’Isère, le Rhône, l’Ain.

PLUS D’INFO : mypebs.eu