Tout commence en 2020. Une équipe de chercheurs australiens publie dans la prestigieuse revue scientifique Nature Precision Oncology une découverte étonnante : le venin d’abeille – plus précisément l’un de ses composants, la melittine – est capable de détruire les cellules cancéreuses cultivées en laboratoire. L’intégralité des cellules tumorales est éliminée en seulement 60 minutes, alors que les cellules saines demeurent intactes. Les résultats sont d’autant plus source d’espoir que la molécule est efficace sur un type de cancer du sein particulièrement agressif et difficile à traiter : le cancer du sein triple négatif.
Il n’en faut pas plus aux réseaux sociaux pour s’emballer. Ce qui n’est qu’une piste de recherche est déformé en une conclusion simpliste, fallacieuse et virale : le venin d’abeille guérit le cancer du sein en une heure seulement.
Exemples de posts Instagram.
Le venin d’abeille, un espoir vieux de 30 ans
L’efficacité du venin d’abeille est avérée dans des tubes à essai, certes. Pour autant, elle reste à prouver dans un organisme humain. Les chercheurs planchent pourtant sur la question depuis plus de 30 ans. Des études similaires ont été conduites dans le mélanome, le glioblastome, la leucémie, le cancer du pancréas… À ce jour, aucun traitement reposant sur la mélittine n’est sur le marché.
Pourquoi ? Non pas « car il y a trop de risques de perte financière pour eux (les laboratoires pharmaceutiques, ndlr) qui préfèrent entretenir les maladies pour pouvoir vendre leurs produits au détriment de la santé des gens » comme on peut le lire en commentaire de certains posts. Mais parce que, si le venin d’abeille épargne les cellules saines cultivées en laboratoire, il s’avère hautement toxique pour les globules rouges humains.
Des recherches qui peuvent encore prendre plusieurs années
Pour contourner ce frein majeur à l’utilisation clinique du venin d’abeille, des chercheurs développent actuellement des moyens de l’encapsuler. L’objectif est double : l’isoler des cellules saines tout en l’acheminant au coeur de la tumeur.
Un travail qui peut encore prendre plusieurs années. En attendant, le Dr Mahasta Sagatchian, oncologue spécialiste du cancer du sein à l’hôpital américain de Neuilly, alerte les patientes : « Restez prudentes face à d’éventuels charlatans qui voudraient s’appuyer sur ces résultats préliminaires pour commercialiser des produits « naturels » pouvant en réalité être dangereux ».

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