Cancer du poumon non à petites cellules : les anticorps bispécifiques, plus efficaces qu’une immunothérapie simple
Les traitements actuels
Les cancers du poumon non à petites cellules, la forme la plus répandue des cancers bronchiques, sont traités actuellement par de la chimiothérapie. Elle associée à une immunothérapie par anti-PD1, un anticorps capable de se fixer au marqueur tumoral PD1, rendant ainsi la cellule cancéreuse visible aux yeux du système immunitaire.
Deux cibles plutôt qu’une
Dans l’étude chinoise HARMONi-6, présentée cette année à l’ESMO, l’immunothérapie par anti-PD1 a été remplacée par l’ivonescimab un anticorps capable de se fixer non pas sur une, mais sur 2 cibles.
« Il s’agit d’une nouvelle classe de médicament : les anticorps bispécifiques. L’ivonescimab, en l’occurence, se fixe à la fois sur le PD1, comme une immunothérapie classique. Mais aussi sur le VEGF, un facteur de croissance qui permet à la tumeur de construire de nouveaux vaisseaux autour d’elle pour se nourrir et se développer« , explique le Pr Nicolas Girard, chef du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie (Paris).

Les anticorps bispécifiques, efficaces aussi chez patients moins sensibles à l’immunothérapie
Résultat : la durée d’efficacité du traitement est doublée par rapport à une immunothérapie simple, uniquement dirigé contre le PD1. « Ce qui est intéressant, c’est que cet anticorps bispécifique est également efficace sur des tumeurs moins sensibles à l’immunothérapie simple, c’est-à-dire celles qui n’expriment pas le PD1 » complète le Pr Girard.
Cette étude chinoise est en train d’être répliquée au niveau européen, et notamment en France, pour démontrer que ces résultats sont transposables sur une population caucasienne.
Cancer du poumon à petites cellules : enfin des nouveaux traitements !
Les traitements actuels
Les cancers du poumon à petites cellules sont des formes de cancers bronchiques particulièrement agressifs que l’on prend actuellement en charge avec une combinaison de chimiothérapie et une immunothérapie par anticorps anti-PD1 qui vise à activer le système immunitaire.
Son efficacité est toutefois modeste. « Le problème c’est que les cancers du poumon à petites cellules sont des déserts immunitaires : il y a peu de cellules immunitaires qui parviennent à l’infiltrer » précise le Pr Girard.
Les anticorps bispécifiques, un nouvel espoir
L’idée de l’étude chinoise DeLLphi-303 a donc été d’ajouter aux traitements actuels un anticorps bispécifique, le tarlatamab (Imdelltra®).
« Cette fois, il s’agit d’un anticorps bispécifique qui va aller attraper les cellules cancéreuses en se fixant sur leur marqueur DLL3, et de l’autre côté, il va aller attraper les cellules du système immunitaire en se fixant sur leur marqueur CD3, explique le Pr Girard. En les rapprochant, on espère être plus efficace qu’une immunothérapie simple. »

Et ça marche : « Le tarlatamab a déjà montré son efficacité en 2ème ligne de traitement, là où habituellement l’impact des traitements est très limité. Dans cette étude, on montre qu’en l’ajoutant aux traitements actuels, il peut également améliorer les chances de survie dès la première ligne de traitement. »
Le cancer du poumon a petites cellules n’avait pas profité de l’avancée de nouveaux traitements depuis 25 ans.
À regarder : Retrouvez le décryptage du Pr Girard en direct de l’ESMO