J’ai toujours été une bonne vivante et j’aime les dîners entre amis. Mais, peu à peu, j’ai commencé à mal supporter les dîners copieux. Dès que je mangeais trop gras, trop arrosé, trop sucré, j’avais mal au ventre le lendemain.
Cela pouvait aller jusqu’à des crises de vomissements. Pendant des années, je mets ça sur le compte de la crise de foie, en me disant : « J’ai dû abuser hier, je n’aurais pas dû reprendre du gâteau ! » Mais ça s’intensifie…
« C’est dans votre tête«
Alors j’en parle à mon médecin traitant. Il me dit de faire attention, d’arrêter de fumer, de faire du sport. C’est vrai que je suis très sédentaire. Et je m’approche aussi de l’âge de la ménopause, je me dis que certains abus ne passent plus… Je revois quand même mon généraliste, je fais une prise de sang et une écho, qui reviennent parfaitement normales. Il me dit : « C’est le stress, c’est dans votre tête. »
J’en parle à mon gynécologue, qui me prescrit une IRM pour vérifier qu’il n’y a pas d’endométriose. Mais, comme je porte un stérilet hormonal et que je n’ai pas de cycles, ça me semble étrange… L’IRM ne révèle rien. Je ne veux pas me montrer trop insistante, je ne vais pas plus loin.
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Un réveil brutal : le diagnostic d’un cancer du côlon
Puis, après une fête pour les 50 ans d’une amie, qui est infirmière en bloc opératoire, je subis une nouvelle crise. C’est la première fois que mon amie me voit dans cet état et elle trouve ça vraiment très bizarre. Elle me dit : « On n’a pas abusé hier soir, ce n’est pas normal. »
Sa réaction me donne l’énergie d’insister auprès de mon médecin, à qui je dis : « Maintenant, je veux voir un gastro-entérologue et je veux qu’on explore toutes les possibilités. » Mon médecin m’écoute enfin, et un gastro-entérologue me prescrit une coloscopie et une fibroscopie.
Le réveil est brutal : tumeur de stade 3+ dans le côlon. Après deux opérations et une chimio, je suis aujourd’hui sous surveillance.
S’engager pour que le message passe enfin
Je pense que le fait que je sois jeune a joué dans le retard de diagnostic. Et en tant que femme on a aussi tendance à moins s’écouter. J’ai longtemps fait passer ma famille avant tout, même avant mes douleurs.
Aujourd’hui, je veux que le message du dépistage passe auprès de tous. C’est la raison de mon engagement dans Mon réseau cancer colorectal, au sein de l’association Patients en réseau. Pour moi, c’est essentiel.
Propos recueillis par Cécile Blaize et Laure Marsecaux
Retrouvez cet article dans Rose magazine n°28