Diététique : On peut manger quoi quand on a un cancer ?

Mangez équilibré pour rester en bonne santé ! Le message est martelé à tout-va. Mais ça veut dire quoi au juste ? Certains aliments sont-ils à éviter quand on est touché par un cancer ? Notre diététicienne, Virginie Boumendil, répond à vos interrogations.

Bien s’alimenter = moins de chimie dans l’assiette ! @Bien s’alimenter = moins de chimie dans l’assiette !

Depuis quelques années, l’alimentation est au centre de toutes les attentions. Au point de tourner à l’obsession. Le sucre, les produits laitiers, la viande sont pointés du doigt. On nous enjoint de manger varié et équilibré. Entre les « nutriscores », les applications pour scanner les produits et les informations qui circulent sur internet, il est parfois difficile de s’y retrouver. Mais que disent vraiment les recommandations officielles ? On fait le point avec Virginie Boumendil, diététicienne à l’hôpital européen Georges-Pompidou, spécialisée en oncologie, pour que le moment du repas ne soit pas une source supplémentaire de stress et reste un plaisir.

La viande, le poisson et œufs

Sources de protéines, il est recommandé d’en manger 2 fois par jour (soit de la viande, soit du poisson, soit de l’œuf). Concernant la viande, on limitera toutefois sa consommation de viande rouge à 500 g par semaine.

La charcuterie

Considérée différemment de la viande non « transformée », il est préconisé de ne pas en manger plus de 150 g par semaine et on privilégiera le jambon blanc, moins gras.

Les féculents

Pâte, riz, pommes de terre, semoule, pain… Il en faut à chaque repas. Concernant la quantité : à vous de voir. Cela dépend des besoins de chacun. On préfèrera les féculents complets, moins raffinés et plus riches en fibres.

Les légumineuses

Lentilles, pois, fèves, haricots, pois chiches… Aussi appelés légumes secs, ils peuvent remplacer les féculents. S’il faut en manger toutes les semaines, la fréquence de leur consommation est laissée à l’appréciation de chacun : leur digestion peut en effet être difficile en raison de leur richesse en fibres.

Les fruits et légumes

À manger à volonté ! On veillera toutefois à ne pas abuser des fruits, riches en fructose donc en sucre. Attention également aux interactions médicamenteuses. Le pamplemousse par exemple est à éviter pendant la chimiothérapie.

Concernant le soja, il ne semblerait pas être contre-indiqué lorsqu’il est consommé dans l’alimentation sous forme de haricot, yaourt, tofu, lait, … à condition de ne pas dépasser 2 produits par jour. En revanche, il est déconseillé sous forme de complément alimentaire en cas de cancer hormonodépendant et de traitement par hormonothérapie car il contient de fortes concentrations de phyto-oestrogènes.

Les produits laitiers

Que ce soit sous la forme de yaourt, fromage blanc ou fromage, il est recommandé d’en manger 2 parts (soit 2 fois 30 g) par jour pour couvrir les besoins en calcium. Ils sont très importants pendant la ménopause ou en cas de traitement par hormonothérapie pour prévenir la perte osseuse. On évitera toutefois les double ou triple crèmes, comme la mascarpone, très riches en graisse. En revanche, pas de différence entre le lait de vache ou de chèvre : faites en fonction de vos préférences gustatives.

Les matières grasses

On préférera l’huile d’olive, de noix ou de colza, riches en acides gras essentiels (c’est-à-dire en acides gras que notre corps n’est pas capable de produire lui-même et qu’il faut lui apporter via l’alimentation). On peut aussi se passer d’ajout de matière grasse en utilisant la graisse naturellement présente dans la viande, en conservant la peau du poulet par exemple ou en ne dégraissant pas complètement sa pièce de bœuf ou de porc.

Le sucre

C’est comme tout, il ne faut pas en abuser. Mais il ne faut pas pour autant le supprimer : nos cellules en ont besoin pour fonctionner et s’en priver risquerait de provoquer des carences délétères. On privilégiera toutefois le sucre roux, moins raffiné que le blanc.

La phytothérapie

La phytothérapie, quoique naturelle, n’est pas toujours sans risque. Il existe souvent des interactions plus ou moins délétères avec les traitements spécifiques du cancer. Il est donc primordial, lors de la consommation de plantes – sous n’importe quelle forme : gélule, huile, tisane, poudre… – d’en informer son médecin référent qui veillera à ce que les indications et contre-indications soient évaluées.

Le soja, par exemple, utilisé pour lutter contre les bouffées de chaleur et l’ostéoporose, réduit l’action du tamoxifène et des anti-aromatases. L’utilisation des plantes doit être encadrée afin de n’en tirer que les bénéfices.

Et les écarts ?

Ils sont autorisés ! Il ne faut pas culpabiliser de ne pas respecter de temps en temps les recommandations, de ne pas avoir cuisiné « maison », d’avoir opté pour un plat « tout prêt ». Mangez ce dont vous avez envie, dans la limite du raisonnable !

INFOS + : ACCOMPAGNEMENT EN CAS DE PRISE DE POIDS

En cas de prise de poids pendant le traitement, n’hésitez pas à vous faire accompagner par une diététicienne spécifiquement formée à l’oncologie. Il existe de nombreux réseaux régionaux comme Oncodiet, Onco94, Osmose

La pratique d’une activité physique adaptée est aussi essentielle (une demi-heure par jour).

Propos recueillis par Emilie Groyer