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Droguées aux UV ? Voici comment bronzer sans risquer votre peau

{{ config.mag.article.published }} 11 mai 2012

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Vingt ans de politique de prévention n’y ont rien changé. Les Français veulent bronzer à tout prix ! Les conséquences sont pourtant lourdes... ce que d'autres pays ont parfaitement compris.

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Marie, 55 ans, dont 40 de bronzage intensif, a acheté un appartement face à la mer. Non pour la vue imprenable sur le phare de Cordouan mais pour son exposition plein sud, histoire de ne pas perdre un seul rayon de soleil. Son opération d’un second mélanome l’année dernière n’a rien changé: elle continue de s’exposer entre 14 et 16 heures et de programmer ses courses au supermarché quand il pleut.

« Elle est accro aux UV », constate le Dr Patrick Moureaux, dermatologue à Vannes et membre du réseau Mélanome Ouest, regroupant des professionnels de santé prenant en charge les cancers de la peau. Pour se sentir bien, il lui faut sa « dose » !

Cette addiction au bronzage, décrite dans les années 2000 par le Dr Carolyn J. Heckman, dermatologue en Floride, porte le nom de « tanorexie ». Un comportement quasi suicidaire compte tenu de la multiplication des campagnes de prévention, martelant depuis vingt ans que le soleil est une véritable bombe à retardement. Ainsi, selon l’enquête menée en 2008 par l’association Sécurité solaire* sur dix plages landaises photographiées entre 9 heures et 18 heures, c’est entre 14 et 16 heures que la « toast attitude » est à son zénith !

Interrogés sur l’utilisation qu’ils font de leur crème solaire, les vacanciers n’hésitent pas à mentir. Ils affirment se tartiner d’indice 50 (alors qu’ils prennent du 15, voire du Monoï !) et jurent se crémer « toutes les deux heures » (alors qu’ils se contentent de sortir le tube en arrivant). Enfin, ils en appliquent la valeur d’une cerise (quand il faudrait utiliser l’équivalent d’une balle de golf). Non sans oublier de protéger certaines zones de leur corps.

Miser sur un petit passage en cabine UV ou l’utilisation d’une lampe à UV avant le départ en vacances pour s’afficher déjà bronzé à la plage est également déconseillé. Les UV utilisés par ces dispositifs, désignés sous le nom de UVA par opposition aux UVB responsables des coups de soleil, ont longtemps été considérés comme relativement bénins. « Ils sont en réalité bel et bien cancérigènes », martèle Caroline Robert, chef du service de dermatologie à l’institut Gustave Roussy. Attention donc également à ne pas se croire entièrement protégé lorsque l’on est séparé du soleil par une vitre : si les UVB ne les traversent pas, les UVA, eux, passent à travers.

En France, la mortalité par mélanome ne cesse de grimper, et ce sont aujourd’hui 1 600 personnes qui en meurent chaque année…Sans oublier les carcinomes « moins graves que les mélanomes, mais beaucoup plus fréquents », alerte encore Caroline Robert. « Les carcinomes basocellulaires, les plus fréquents, ne donnent pas de métastases, mais les carcinomes épidermoïdes, eux, peuvent en donner. »

Comment lutter contre les UV : priorité aux enfants

De quoi motiver davantage encore tous ceux qui ont fait de la lutte contre les UV une véritable croisade. Pierre Cesarini, président de l’association Sécurité solaire, est de ceux-là. Discours offensifs, images choc, prévention scolaire… Il offre même un kit de prévention solaire aux écoles pour sensibiliser les enfants aux dangers du soleil: à l’aide de papier révélateur d’UV, les petites mains testent les crèmes solaires, constatant de leurs yeux la supériorité de la protection vestimentaire.

Résultat ? À 10 ans, ils savent ce qu’ils risquent et font la leçon à leurs parents. Seul bémol: les instituteurs agissent sur la base du volontariat. L’opération ne touche donc pas tous les enfants. C’est pourquoi Olivia Ribardière, cadre de santé à l’institut Gustave-Roussy, consacre une partie de son temps infirmier à rappeler aux élèves des écoles du Val-de-Marne que les coups de soleil, responsables des mélanomes, sont souvent pris dans l’enfance, au printemps, ou sous un ciel nuageux. « Pour leurs parents, hélas, c’est un peu tard. »

Anti-UV : jouer sur l’esthétique

Patrick Moureaux, croisé de la bataille anti-UV, n’hésite pas à « appuyer là où ça fait mal », suggérant à ses patientes de regarder leurs photos d’il y a cinq, dix ans. L’examen de conscience se fait tout seul: rides, taches pigmentées… vous avez dit « vieille peau » ?

« Le soleil est à la peau ce que le tabac est au poumon, rappelle-t-il. Et il a un effet turbo sur le vieillissement cutané. » Si cela ne suffit pas, il en rajoute une couche en montrant des photos de cicatrices d’opération de cancer de la peau. Choc garanti.

Qui évidemment fait réfléchir… « Vous pouvez vous faire plaisir sans flétrir et surtout sans périr », affirme-t-il dans son livre, Le Soleil dans la peau (Robert Laffont).  Sa stratégie ? L’écologie médicale comportementale. « Pas question de vous cloîtrer, mais revoir vos habitudes en modifiant la chronologie habituelle de la journée, en trouvant des alternatives agréables au transat ou à la plage, en utilisant des crèmes ou des douches autobronzantes, garantie d’un bronzage sans UV. »

Arsenal anti-UV : l’Australie a vingt ans d’avance

Exactement ce que font les Australiens, pour qui se protéger relève désormais du mode de vie. « Ils ont vingt ans d’avance, constate Jérôme Nyssen, chargé du développement des vêtements anti-UV chez Tribord. Là-bas, les boutiques anti-UV, c’est un sacré marché ! » Coque à poser sur le nez, tente anti-UV (exit le parasol), chapeau à large bord (et non casquette, qui ne protège que devant et laisse nos oreilles brûler), tee-shirt et combi anti-UV, crème solaire vendue en bidons d’un litre, l’arsenal anti-rayons est complet.

Au pays des kangourous – où seuls les touristes s’exposent aux heures critiques ! –, une révolution s’est opérée dans les mentalités. Dès qu’ils sortent de la maison, les enfants australiens se crèment, enfilent chaussures ET chapeau, même si le ciel est couvert. À l’école, les parasols quadrillent les cours de récré et les aires de jeux. Puis les moniteurs des écoles de surf prennent le relais, camouflés sous une épaisse couche de crème solaire à base de zinc et coiffés de chapeaux de paille à large bord.

À 5 ans, c’est en combinaison de martien vert fluo, casquette saharienne assortie, que les mini-surfeurs s’adonnent à leur passion.

Une politique de prévention poussée à l’extrême qui commence à porter ses fruits. Pour ces enfants qui craignent le mélanome comme la peste, le bronzage est un vilain défaut ! Comme au Japon ou en Chine, où l’incidence des cancers cutanés est bien moindre qu’en France.

En attendant qu’un vaccin contre le mélanome puisse peut-être voir le jour, pourquoi ne pas s’en inspirer ? La mode du monokini est définitivement has been. Prenons l’habitude de nous protéger grâce à nos vêtements, anti-UV ou bien simplement suffisamment couvrants, en remisant pour d’autres circonstances les tissus ultrafins et les jolies dentelles. Et bien sûr sans oublier de craquer pour un joli chapeau pour protéger son cuir chevelu, surtout en cas d’alopécie post-traitement. Vous trouvez tristounette la perspective de plages où les peaux ne se dévoileraient plus ? Souvenez-vous qu’à l’époque des premiers bains de mer, rien n’était plus glamour que de se baigner habillée de pied en cap, une ombrelle à la main…

Article mis à jour le 8 juillet 2019

 

INFO +

L’association Sécurité solaire : www.soleil.in


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Céline Dufranc

Journaliste

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