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Cancer du poumon : existe-t-il des spécificités féminines?

Et si le cancer du poumon chez la femme suivait ses règles propres ? Une question au cœur de la recherche, qui pourrait faire évoluer la prise en charge de la maladie, réputée quasi incurable.

Jusqu’à présent, on savait qu’il n’y avait pas « un » cancer du poumon, mais « des » cancers du poumon, se différenciant par leur aspect microscopique – on distingue les cancers bronchiques à petites cellules des cancers bronchiques non à petites cellules (85 % des cas) – et par leur « signature moléculaire », autrement dit les anomalies génétiques responsables de l’apparition de la maladie.

Ce que l’on ignorait, c’est qu’il existe des spécificités du cancer bronchique chez la femme. Un aspect d’autant plus crucial que si l’incidence de ces cancers tend à stagner chez les hommes, elle explose ces dernières années chez les femmes, à un rythme de 5,3% par an en moyenne entre 1990 et 2018. Le détail de ces particularités ? « Présentation radioclinique, type anatomo-pathologique, meilleure réponse aux traitements et meilleure survie des femmes quand elles sont diagnostiquées en stade précoce », indique le Pr Julien Mazières, pneumologue au CHU Larrey, à Toulouse. « Les adénocarcinomes sont plus fréquents chez les femmes atteintes d’un cancer du poumon que chez les hommes » , relève le Pr Alexis Courtot, pneumo-oncologue au CHRU de Lille.

Autre spécificité, un grand pourcentage de patientes, allant de 30 % dans les pays occidentaux à 80 % dans les pays asiatiques, « développe des adénocarcinomes bronchiques alors qu’elles ne fument pas. »

Cancer du poumon : la piste génétique

Des mutations de l’EGFR (récepteur du facteur de croissance épidermique) sont retrouvées chez près de la moitié des malades non fumeuses. C’est une bonne nouvelle, car elles peuvent orienter vers des traitements ciblés, plus efficaces que les chimiothérapies habituelles.

D’autres marqueurs moléculaires (HER2, ALK, ROS1, par exemple) sont aussi plus souvent retrouvés chez les femmes non fumeuses et peuvent guider vers des traitements personnalisés.

La piste hormonale

Difficiles à expliquer, ces spécificités donnent lieu à diverses hypothèses. Les différences subsistant face au tabagisme (consommation demeurant malgré l’évolution des comportements souvent moindre et moins longue chez les femmes) rendent difficile l’exploration d’autres facteurs. Bien connues pour leur rôle dans les cancers du sein, les hormones pourraient aussi être impliquées dans le développement de nombreux adénocarcinomes.

La présence et l’activation de récepteurs hormonaux dans les tissus pulmonaires plaide en faveur du caractère hormonodépendant de certains cancers bronchiques.

Si ces cancers bronchiques sont pour l’instant considérés comme les équivalents des cancers masculins et pris en charge de la même façon, ces découvertes pourraient peut-être un jour changer la donne.

Article mis à jour le 12 juillet 2019

Céline Dufranc

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