Valérie Hinaux, « victime collatérale » du Covid-19, est morte

On parle beaucoup des "victimes collatérales" du covid. Pour RoseUp, ce ne sont pas que des mots. Ce sont des prénoms, des visages. Notre amie Valérie Hinaux vient de mourir. Touchée par un cancer métastatique qui était sous contrôle en mars, son traitement a été transformé en chimiothérapie orale pendant le confinement. Une descente aux enfers. Et selon sa fille, Juliette, qui témoigne, "un abandon".

Valérie Hinaux était une amie. Femme formidable, entrepreneuse infatigable, elle a été une des premières compagnes de route de RoseUp. En 2013, son projet d’Intermède cancer, un site de vente en ligne, a reçu notre prix Rose de l’entrepreneuse. Valérie est morte samedi de son cancer.

Un premier cancer à 39 ans

En 2007, quand on lui découvre son premier cancer, Valérie a 39 ans. Cette « force de la nature », comme la définit sa fille Juliette, est directrice de 3 entreprises et continue à travailler pendant le protocole de soins. Pourtant, en 2008, elle est licenciée par ses employeurs qui lui reprochent de ne pas avoir été « à 100% » pendant ses chimiothérapies. Elle n’attend pas longtemps pour rebondir. Durant les traitements, elle avait remarqué à quel point il était difficile de trouver un endroit « centralisé » pour acheter perruques, soutiens-gorge adaptés, produits cosmétiques, prothèse etc… En 2009, elle crée le site Intermède cancer, avec le succès qu’on connait.

Un cancer métastatique et l’épidémie de covid-19

En 2016, on lui diagnostique un nouveau cancer. Métastatique. Valérie ne baisse pas les bras, elle enchaine les chimios et, en 2018, va s’installer sur la côte d’azur avec sa famille. Et continue à se soigner au rythme d’une chimiothérapie par semaine. En mars dernier, l’espoir de bénéficier d’une chirurgie innovante au laser pour se débarrasser des métastases lui « redonne de l’air ».

Cancer métastatique-Jerome Meyer Bish-roseupassociation face aux cancers osons la vie
Illustration Jérôme Meyer-Bish

LIRE AUSSI : Notre dossier complet sur le cancer du sein métastatique

 

« En mars, elle allait bien », soupire sa fille Juliette. Jusqu’à l’appel téléphonique de son oncologue. « Au premier jour du confinement, on reçoit dans l’après-midi un appel, raconte Juliette. Son cancérologue nous place devant un lourd choix :  soit continuer la chimio hebdomadaire (qui fonctionnait bien) à l’hôpital où, selon lui, elle risquait de contracter le Covid (dans une région épargnée pas la 1er vague, ndlr). Soit accepter une chimio orale « plus légère » mais que l’on pouvait recevoir à la maison. Et il fallait qu’on donne notre réponse dans la soirée ».

La descente aux enfers

Dans la sidération de ce début de confinement et sans plus d’accompagnement, Valérie, son mari et ses enfants optent pour la chimiothérapie orale. « Ça a été le début de la descente aux enfers, se désole Juliette. Maman souffrait le martyre, elle vomissait sans cesse, elle avait des douleurs insupportables, elle s’évanouissait, perdait l’équilibre. Elle était de plus en plus malade.  On a informé l’équipe médicale qu’elle ne supportait pas cette chimio, mais ils n’ont pas réagi. Pourtant, toutes les semaines on recevait l’appel d’une infirmière de coordination et on s’alarmait de l’état catastrophique de maman. Jamais le cancérologue ne nous a rappelé, jamais on ne nous a proposé la moindre imagerie pour voir si le traitement fonctionnait ou pas. Pendant le confinement, on a été abandonnés».

« Jamais le cancérologue ne nous a rappelés, jamais on ne nous a proposé la moindre imagerie pour voir si le traitement fonctionnait ou pas. Pendant le confinement, on a été abandonnés »

L’annonce de la condamnation au téléphone. En deux minutes.

Au déconfinement, Valérie va enfin faire un Petscan. Dans l’espoir de pouvoir, ensuite, bénéficier de la chirurgie au laser évoquée en mars. « Mais là, le ciel nous tombe sur la tête : le radiologue nous dit que cette chirurgie aurait sans doute était possible deux mois plus tôt – mais que là c’était déjà trop tard. A l’imagerie, des métastases apparaissaient sur les os, sur le foie…». Quelques semaines plus tard, le jour de la fête des mères, Valérie tombe raide, comme foudroyée dans la rue, et devient complétement aphasique. La famille l’accompagne aux urgences de l’hôpital. « Le soir, on reçoit un appel téléphonique de l’oncologue. Qui nous dit texto que maman « n’a plus que 5 à 8 mois à vivre ». Qu’il n’y avait plus de traitement. C’est tout. Ça n’a pas duré deux minutes. Il savait qu’on était tous en pleurs autour du téléphone. Et il a raccroché ».

Témoigner des pertes de chances liées au confinement

A la fin du mois d’octobre, notre amie Valérie a perdu l’usage de ses membres, de ses mains et n’avait que quelques minutes de conscience par jour. Assez pour demander à sa fille Juliette de joindre RoseUp et de témoigner.

Juliette qui, comme son frère, a arrêté ses études pour accompagner Valérie vers la mort, est dévastée. « Aujourd’hui je me dis que maman est dans cet état aussi peut-être parce que, moi, j’ai fait les mauvais choix. On aurait dû refuser cette chimio orale et l’emmener à l’hôpital où, de toutes façons, il n’y avait pas de Covid. On savait bien que la « petite » chimio orale n’était pas aussi adaptée que son traitement habituel. Ce qui est horrible c’est de nous avoir laissé choisir. Nous donner à mon frère et moi, à 23 et 25 ans, à mon papa, cette responsabilité qui va nous hanter pendant le reste de notre vie. On a été abandonnés ».

Céline Lis-Raoux